Elle gagne en popularité au sein de la gauche américaine

Aux Etats-Unis, l'idée d'une couverture maladie universelle revient en vogue

  • PubliĂ© le 14 septembre 2017 Ă  00:06
  • ActualisĂ© le 14 septembre 2017 Ă  06:21
Le sénateur américain Bernie Sanders à Covington (Kentucky), aux Etats-Unis, le 10 juillet 2017

Le sénateur progressiste Bernie Sanders a présenté mercredi une proposition de couverture maladie universelle publique, une idée autrefois jugée utopique mais qui gagne en popularité au sein de la gauche américaine... notamment chez les possibles futurs candidats démocrates à la Maison Blanche.


"Aujourd'hui, nous lançons la lutte longue et ardue pour mettre fin à une honte internationale, le fait que les Etats-Unis soient le seul grand pays à ne pas garantir l'accÚs aux soins à ses citoyens", a déclaré Bernie Sanders, entouré de parlementaires, de médecins et de militants associatifs dans une salle du Sénat.

L'ancien rival d'Hillary Clinton aux primaires prĂ©sidentielles dĂ©mocrates en 2016, en avait fait le coeur de son projet de "rĂ©volution". Hillary Clinton avait rĂ©torquĂ© qu'une nationalisation du financement du systĂšme d'assurance santĂ© Ă©tait irrĂ©aliste, elle-mĂȘme prĂ©fĂ©rant promouvoir une rĂ©forme graduelle du systĂšme actuel, enchevĂȘtrement de responsabilitĂ©s privĂ©es et publiques.

Un an aprÚs, face aux problÚmes d'Obamacare, la réforme démocrate adoptée en 2010, l'idée d'une remise à plat a séduit une partie de la nouvelle garde démocrate, ces sénatrices et sénateurs qui réfléchissent à se présenter à la présidentielle de 2020: Kamala Harris, Cory Booker, Kirsten Gillibrand... auxquels s'ajoute Elizabeth Warren, vénérable sénatrice du Massachusetts, idole de la gauche de la gauche.

Ils ont cosignĂ© la proposition de loi que Bernie Sanders, un indĂ©pendant "socialiste" apparentĂ© au groupe dĂ©mocrate, a dĂ©voilĂ©e mercredi. Elle n'a aucune chance d'ĂȘtre adoptĂ©e, ni mĂȘme dĂ©battue, dans un CongrĂšs contrĂŽlĂ© par les rĂ©publicains. Mais les dĂ©mocrates prĂ©parent ainsi le terrain idĂ©ologique, dans l'optique d'une alternance en 2020.

"Si des millions de gens s'expriment et s'impliquent, je n'ai aucun doute que ce pays adoptera, plus tÎt qu'on ne le croit, un systÚme de couverture universelle publique, et la santé deviendra enfin un droit aux Etats-Unis", a lancé le sénateur Sanders. Pas moins de 17 des 48 sénateurs du groupe démocrate soutiennent l'initiative, considérée comme si radicale au moment des débats sur Obamacare, en 2009, qu'elle avait été rapidement marginalisée par la majorité alors démocrate.

- Questions sur le coût -

Les Américains sont couverts pour les risques maladie par des assurances privées, souvent via leurs employeurs, ou par l'Etat fédéral pour les plus modestes (programme Medicaid) ou les plus de 65 ans (Medicare). C'est justement Medicare, institution sacrée en Amérique, que Bernie Sanders propose d'élargir à toute la population, ce qu'il appelle un "Medicare pour tous". Les soins resteraient assurés par le privé en majorité, mais cotisations et remboursements passeraient par le public, comme dans de nombreux pays européens.

Obamacare, loi emblématique de l'Úre Obama, n'a pas remis en cause l'architecture du systÚme mais augmenté les aides publiques et renforcé les protections, faisant progressivement baisser le nombre d'Américains sans assurance à environ 10% des moins de 65 ans.
La majorité a tenté cette année d'abroger Obamacare, en vain, échouant en raison de l'opposition de républicains modérés.... et déclenchant la colÚre de Donald Trump.

Mercredi, un groupe de sénateurs républicains a d'ailleurs lancé une ultime tentative pour tenir cette promesse de campagne, sans grand espoir.
Les dĂ©mocrates, cependant, s'inquiĂštent de voir Obamacare sabotĂ©e par l'administration Trump. Les chefs de l'opposition gardent leurs distances avec Bernie Sanders, pour des raisons politiques. Ils entendent reconquĂ©rir la Chambre aux lĂ©gislatives de novembre 2018, ce qui passe par la reconquĂȘte de circonscriptions qui ont majoritairement votĂ© en faveur de Donald Trump l'an dernier. Dans celles-ci, mieux vaut ĂȘtre perçu comme un dĂ©mocrate modĂ©rĂ© que comme un lieutenant de "Bernie".

"Ils sont en train de commettre la plus grave erreur de leur vie", analyse l'élu républicain Tom Cole. "Mais j'ai l'impression que leur parti va dans cette direction". Quant à Hillary Clinton, elle n'a pas changé d'avis. En pleine promotion de son livre sur sa défaite, elle a redit que la proposition Sanders ne serait pas crédible tant qu'elle ne serait pas chiffrée.

Justement, le sĂ©nateur du Vermont a publiĂ© plusieurs options de financement de son "Medicare pour tous": par les entreprises, les mĂ©nages, ou les seuls mĂ©nages les plus aisĂ©s. Pour les rĂ©publicains, quelle que soit l'option choisie, le rĂ©sultat est le mĂȘme: "Excessivement cher pour tout le monde", a rĂ©sumĂ© l'Ă©lu John Barrasso.

AFP

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