Le géant informatique américain Apple a fait appel de la décision de la Commission européenne lui imposant de rembourser 13 milliards d'euros d'avantages fiscaux indus à l'Irlande, a annoncé lundi un porte-parole de l'entreprise à l'AFP.
Apple avait déjà fait connaßtre son intention de faire appel dÚs la publication de la décision le 30 août.
"Apple est le plus grand contribuable dans le monde, aux Etats-Unis et en Irlande avec un taux d'imposition global d'environ 26%", souligne l'entreprise de Cupertino dans un communiqué.
"Comme nos produits et services sont créés et conçus aux Etats-Unis, c'est lĂ oĂč nous payons le plus d'impĂŽts", est-il ajoutĂ©.
Selon Apple, la Commission européenne a "entrepris une action unilatérale et changé les rÚgles de maniÚre rétroactive, au mépris de décennies de droit fiscal irlandais, de droit fiscal américain, et du consensus mondial en matiÚre de politique fiscale".
L'Irlande, qui a fait appel le 10 novembre, a pour sa part reproché lundi à la Commission de violer sa souveraineté en matiÚre fiscale.
"La Commission a outrepassé ses pouvoirs et violé la souveraineté" de l'Irlande concernant l'impÎt sur les sociétés, a estimé le ministÚre irlandais des Finances dans un texte de présentation de ses arguments dans cette affaire.
"La Commission n'a pas la compĂ©tence, selon les rĂšgles en matiĂšre d'aide publique, Ă substituer unilatĂ©ralement son propre point de vue concernant l'Ă©tendue gĂ©ographique de la politique fiscale d'un Etat membre Ă celui de l'Etat membre lui-mĂȘme", souligne le texte.
Le pays dispose d'un taux d'impÎt sur les sociétés particuliÚrement bas, à 12,5%.
- EnquĂȘte publiĂ©e -
Selon le ministÚre des Finances, la Commission a estimé à tort qu'Apple avait bénéficié d'avantages fiscaux.
"La Commission tente de réécrire la lĂ©gislation irlandaise concernant l'impĂŽt sur les sociĂ©tĂ©s", a dĂ©plorĂ© le ministĂšre, affirmant en outre que l'enquĂȘte de l'exĂ©cutif europĂ©en, qui avait Ă©tĂ© lancĂ©e en 2014, avait Ă©tĂ© marquĂ©e par des erreurs de procĂ©dure.
L'UE "dĂ©fendra sa position devant la cour", a rĂ©pondu lundi un porte-parole de la Commission, qui a publiĂ© lundi l'enquĂȘte dĂ©taillĂ©e l'ayant amenĂ©e Ă imposer Ă Apple le remboursement 13 milliards d'euros.
Dans ce document de 130 pages, la Commission détaille le montage financier qui à selon elle permis à Apple d'échapper en grande partie à l'impÎt sur ses bénéfices en Europe, en Afrique, au Moyen-Orient et en Inde.
Sa technique: enregistrer en Irlande l'ensemble des bénéfices réalisés sur ces territoires, puis s'arranger avec Dublin pour ne soumettre à l'impÎt qu'une infime partie de ce montant via un accord (ou "rescrit") fiscal.
L'écrasante majorité des bénéfices était, selon la Commission, placée dans un "siÚge" situé hors du pays, une sorte de siÚge fantÎme sur lequel l'Etat irlandais se refusait à avoir un droit de regard.
Grùce à ce montage, "le taux effectif d'imposition d'Apple" est tombé jusqu'à 0,005% en 2014, "ce qui signifie moins de 50 euros d'impÎt pour chaque million d'euros de bénéfices", avait souligné le 30 août, jour de la décision, la commissaire européenne à la Concurrence, Margrethe Vestager.
Les 13 milliards d'euros à rembourser, considérés comme des aides d'Etat, concernent la période 2003-2014, l'accord passé par Apple avec Dublin ne s'appliquant plus depuis 2015.
"C'est de la foutaise politique", avait réagi le patron d'Apple, Tim Cook.
Par Coralie FEBVRE - © 2016 AFP
0 Commentaires

