Méthodes traditionnelles

Avec furets et filets, un Irlandais perpétue la tradition de la chasse au lapin

  • PubliĂ© le 21 aoĂ»t 2020 Ă  12:37
  • ActualisĂ© le 21 aoĂ»t 2020 Ă  15:37
Steven McGonigal, considéré comme le dernier chasseur de lapins professionnel aux méthodes traditionnelles en Irlande, pose un émetteur GPS sur son furet, le 18 août 2020 à Donegal

Armé de furets et de filets, Steven McGonigal traverse un champ, précédé de son chien qui passe de terrier en terrier, la truffe à l'affût. Cet ancien comptable est considéré comme le dernier chasseur de lapins aux méthodes traditionnelles en Irlande.

DirigĂ© par son chien Fudge, il recouvre les trous jonchant la terre de filets puis sort un furet de sa boĂźte en bois et le libĂšre dans l'un d'eux pour dĂ©loger les occupants. Pendant cinq minutes, le petit animal parcourt les tunnels, son museau Ă©mergeant rĂ©guliĂšrement des trous. Soudain, une boule de fourrure grise apparaĂźt, prise dans un filet. Steven McGonigal se prĂ©cipite pour l'attraper par les pattes avant de lui tordre le cou d'un geste prĂ©cis pour le tuer. "C'est la maniĂšre traditionnelle de le faire", explique le chasseur de 37 ans, bĂ©ret vert sur la tĂȘte, rencontrĂ© par l'AFP dans un champ prĂšs de la ville de Carndonagh, Ă  l'extrĂȘme nord de l'Irlande. "Nous n'abĂźmons pas le sol, nous n'utilisons pas de poison, nous donnons au lapin une mort rapide et propre, c'est ce qui compte le plus".

Steven McGonigal est considéré comme le dernier chasseur de lapins professionnel aux méthodes traditionnelles en Irlande. Aux armes à feu et poisons utilisés désormais pour se débarrasser de ces mammifÚres, il préfÚre des furets, un chien et des filets.

Si les lapins sont souvent vus de nos jours comme de mignons animaux domestiques, ils sont considérés à la campagne comme des nuisibles. Ils s'attaquent à la végétation, leurs terriers peuvent fragiliser les constructions et leur reproduction peut vite devenir incontrÎlable.

Parmi les clients de Steven McGonigal figurent des jardiniers et des agriculteurs mais aussi des écoles, des terrains de golf et des raffineries de pétrole.
A le voir passer ses journées dans les landes irlandaises, difficile d'imaginer que le chasseur était autrefois comptable.

Il ne regrette pas son ancienne profession. "J'en Ă©tais arrivĂ© Ă  un point oĂč j'Ă©tais impatient de sortir du bureau et j'apprĂ©hendais de revenir", se souvient-il.
AprĂšs une enfance passĂ©e Ă  chasser, pĂȘcher et Ă  possĂ©der des furets, l'idĂ©e de se consacrer Ă  sa profession actuelle lui est venue naturellement et il a franchi le pas en 2013.

- Méthodes plus radicales -

Il reconnaßt que son métier, qui exige de tuer des lapins à main nue, n'est pas pour tout le monde: "Cela n'attire pas grand monde". Mais il assure que cette pratique constitue le seul moyen de contrÎler le nombre d'animaux en liberté. La pratique de la chasse aux lapins à l'aide de furets remonte à plusieurs siÚcles. Dans une illustration d'un manuscrit du 14e siÚcle, les Heures Taymouth, une femme envoie un chien et un furet dans un terrier pour déloger un lapin.

"De nos jours, le problĂšme c'est que les gens construisent des maisons de plus en plus loin et gagnent chaque jour un peu de terrain sur la campagne", estime Steven McGonigal.

Face à l'avancée des humains sur les terres occupées jusqu'alors par des animaux, les méthodes sont devenues de plus en plus radicales pour chasser les nuisibles.

Le plomb des balles peut contaminer le sol et l'usage des poisons peut conduire Ă  tuer des animaux qui restent en sous-sol sans que l'on sache comment ils sont morts.

La méthode de Steven McGonigal ne laisse pas de trace et lui permet de mesurer exactement le nombre de lapins attrapés. "Personne n'aime les lapins plus que moi", assure-t-il. "Mais il faut maintenir l'équilibre. La campagne, c'est toujours une question d'équilibre."

AFP

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