Manifestations

Bangladesh: heurts entre la police et des ouvriers du textile réclamant des hausses de salaire

  • PubliĂ© le 31 octobre 2023 Ă  13:31
  • ActualisĂ© le 31 octobre 2023 Ă  13:41
Des dégùts à Gazipur, au Bangladesh, en marge de manifestations de travailleurs du secteur du textile pour demander des hausses de salaires, le 31 octobre 2023

De nouveaux heurts ont éclaté mardi au Bangladesh entre la police et des milliers d'ouvriers réclamant des hausses de salaires dans l'industrie textile qui fournit de grandes marques occidentales, au lendemain de manifestations ayant fait au moins deux morts.

"Les ouvriers sont descendus dans la rue car leurs salaires ne peuvent plus couvrir la hausse des dépenses alimentaires", a déclaré à l'AFP Al Kamran, un haut responsable syndical du secteur textile à Ashulia (centre).

Selon la police, des dizaines de milliers d'ouvriers travaillant dans des dizaines d'usines ont lancé des grÚves sauvages à Ashulia et Gazipur, la principale ville industrielle du pays.

"Quelque 15.000 ouvriers ont participé à des manifestations en faveur d'une augmentation des salaires à différents endroits d'Ashulia", a déclaré à l'AFP Mahmud Naser, chef adjoint de la police de la zone industrielle de cette ville.

Un chiffre contesté par le dirigeant syndical Al Kamran selon lequel quelque 50.000 ouvriers ont cessé le travail dans la seule zone d'Ashulia.

Selon le responsable policier, les manifestants ont incendiĂ© mardi des pneus, vandalisĂ© des usines en brisant des fenĂȘtres et bloquĂ© une autoroute importante reliant la zone industrielle Ă  la capitale Dacca, incitant les forces de l'ordre Ă  faire usage "de gaz lacrymogĂšnes et Ă  tirer des balles en caoutchouc". Aucun blessĂ© n'a Ă©tĂ© signalĂ©, selon lui.

Toujours selon la police, des milliers d'ouvriers ont aussi abandonnĂ© leur poste et vandalisĂ© plusieurs usines Ă  Mouchak et Bhograr More Ă  Gazipur, oĂč se trouvent plus d'un millier d'usines qui fabriquent des vĂȘtements pour des marques telles que Adidas, H&M et Gap.

Le Bangladesh est l'un des plus grands exportateurs de vĂȘtements au monde, l'industrie reprĂ©sentant 85% des 55 milliards de dollars d'exportations annuelles de ce pays d'Asie du Sud.

- 70 euros par mois -

Selon les syndicats, les conditions de salaires et de travail sont désastreuses pour une grande part des quatre millions de travailleurs du secteur.

La flambée des prix des denrées alimentaires est l'une des principales raisons à ce mouvement, certains produits alimentaires de base ayant vu leur prix doubler par rapport à l'année derniÚre.

"Aujourd'hui, le kilo de pommes de terre se vend 70 takas (0,59 euro, ndlr) et un kilo d'oignons vaut 130 takas", contre respectivement 30 et 50 à 60 takas l'an dernier, a précisé Al Kamran.

"Les loyers ont également augmenté. La seule chose qui n'a pas augmenté, c'est le salaire", a-t-il ajouté.

De grandes marques, dont Adidas, Hugo Boss, Levi Strauss et Puma, ont écrit au début du mois à la PremiÚre ministre Sheikh Hasina, ayant "remarqué" que les salaires nets mensuels moyens n'avaient "pas été ajustés depuis 2019 alors que l'inflation a considérablement augmenté au cours de cette période".

Les marques ont ajouté qu'elles continuaient "de recommander que le gouvernement du Bangladesh adopte un mécanisme de révision annuelle du salaire minimum pour suivre l'évolution des facteurs macroéconomiques".

Selon Taslima Akter, présidente du syndicat Garment Sramik Samhati, la rémunération actuelle est "inférieure à celle qu'un ouvrier percevait en 2017", une fois prise en compte l'inflation et la dépréciation monétaire.

Aujourd'hui, le salaire mensuel minimum des ouvriers n'excĂšde pas les 8.300 takas (70 euros).

Selon les syndicats, la colÚre des ouvriers a explosé quand la puissante association des fabricants a proposé une augmentation de 25%, ignorant leur demande d'un salaire mensuel minimum à 23.000 takas (190 euros), soit prÚs de trois fois plus.

Les manifestations ont commencĂ© au dĂ©but de la semaine derniĂšre, mais la contestation a tournĂ© Ă  la violence lundi avec le dĂ©brayage de dizaines de milliers d'ouvriers Ă  Gazipur oĂč une usine de six Ă©tages a Ă©tĂ© incendiĂ©e, entraĂźnant la mort d'un ouvrier.

Au moins un deuxiÚme ouvrier a été tué, mortellement blessé dans des heurts entre la police et les manifestants et décédé alors qu'il était transporté à l'hÎpital.

AFP

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