AprÚs l'attentat sur un marché de Noël

Berlin: Anis Amri, délinquant tunisien devenu tueur jihadiste

  • PubliĂ© le 23 dĂ©cembre 2016 Ă  14:59
Montage de photos du Tunisien Anis Amri, suspectĂ© d'ĂȘtre l'auteur de l'attentat au camion-bĂ©lier Ă  Berlin, le 19 dĂ©cembre 2016

Le suspect tunisien de l'attentat au camion-bélier de Berlin a connu un parcours chaotique classique qui l'a mené au jihadisme: petit délinquant et immigré clandestin, il s'est probablement radicalisé en prison avant de faire de l'Allemagne sa cible.

Anis Amri, qui a fĂȘtĂ© ses 24 ans le 22 dĂ©cembre et dont l'attaque a Ă©tĂ© revendiquĂ©e par le groupe État islamique, a Ă©tĂ© abattu en Italie par la police vendredi aprĂšs plus de trois jours de cavale.

Quand la rĂ©volution tunisienne Ă©clate et renverse en janvier 2011 le dictateur Zine el-Abidine Ben Ali, Anis a tout juste 18 ans. Sous le coup d'une condamnation par contumace de quatre ans de prison pour vol et cambriolage, il profite du dĂ©sordre ambiant, comme des milliers de ses compatriotes, pour prendre la mer en mars et rejoindre la petite Ăźle italienne de Lampedusa. Il ment alors sur son Ăąge pour ĂȘtre considĂ©rĂ© comme mineur non accompagnĂ© et est transfĂ©rĂ© en Sicile.

Outre sa condamnation, "Anis est aussi parti pour fuir la misÚre. Il n'avait aucun avenir en Tunisie et il voulait à tout prix améliorer la situation financiÚre de notre famille qui vit en-dessous du seuil de pauvreté comme la majorité des habitants de Oueslatia" dans le centre de la Tunisie, raconte Abdelkader, son frÚre interrogé par l'AFP.

- 'Individu dangereux' -

Mais en Italie, il bascule de nouveau dans la dĂ©linquance. ArrĂȘtĂ© avec des amis pour avoir incendiĂ© une Ă©cole, il Ă©cope de quatre ans de prison et loin d'ĂȘtre un dĂ©tenu modĂšle, il ne bĂ©nĂ©ficie d'aucune remise de peine. C'est sans doute dans l'un des pĂ©nitenciers par lequel il est passĂ© qu'il s'est radicalisĂ©, selon la presse italienne, un phĂ©nomĂšne classique en Europe.

A sa libĂ©ration, la Tunisie refusant de le reprendre, l'Italie lui ordonne de quitter le territoire et il rejoint en juillet 2015 l'Allemagne qui est alors au dĂ©but du pic de la crise migratoire et verra arriver prĂšs de 900.000 demandeurs d'asile fuyant la guerre et la misĂšre. TrĂšs rapidement, policiers et procureurs remarquent cet homme de 1,78 m et 75 kilos qui gravite autour de militants jihadistes notoires. Lui-mĂȘme se retrouve classĂ© "individu dangereux" par les services spĂ©cialisĂ©s de la rĂ©gion de RhĂ©nanie du Nord-Westphalie (ouest).

Il est notamment en contact avec un ressortissant irakien de 32 ans, identifié comme Ahmad Abdulaziz Abdullah A. alias "Abou Walaa" et considéré par les autorités comme un prédicateur lié au groupe Etat islamique de la mosquée de Hildesheim, bastion pour les salafistes.
Ce dernier a Ă©tĂ© arrĂȘtĂ© en novembre avec quatre complices pour avoir montĂ© un rĂ©seau de recrutement pour le compte de l'EI, selon le parquet fĂ©dĂ©ral.

Le jeune Tunisien a aussi Ă©tĂ© observĂ© par la police Ă  plusieurs reprises, notamment le soir de l'attentat et quelques jours plus tĂŽt, entrant et sortant d'une mosquĂ©e radicale du quartier de Alt-Moabit de Berlin, selon des mĂ©dias. Anis Amri a aussi Ă©tĂ© de mars Ă  septembre l'objet d'une enquĂȘte confiĂ©e au parquet de Berlin pour "prĂ©paration d'un acte criminel grave reprĂ©sentant un danger pour l'Etat".

ConcrÚtement, il était soupçonné de préparer un braquage pour acheter des "armes automatiques et probablement ensuite, avec l'aide de complices qu'il voulait trouver, de commettre un attentat". Les autorités savaient aussi qu'il disposait d'au moins une demi-douzaine d'identités et qu'il circulait librement avec elles en Allemagne.

- Petit dealer et bagarreur -

Malgré les filatures de la police, les investigations n'ont pas "pu confirmer les soupçons initiaux". L'affaire fut donc classée faute d'éléments suffisants et la surveillance de Anis Amri a cessé en septembre. Selon le parquet de Berlin, rien ne permettait de croire aprÚs ces mois de surveillance constante qu'il préparait un attentat. Il considérait plutÎt avoir à faire à un adepte de la bagarre et à un petit dealer du Görlitzer Park de Berlin, un espace vert connu des consommateurs de drogues cherchant à s'approvisionner.

Mais en novembre la Rhénanie recroise son chemin et le signale de nouveau au centre antiterroriste fédéral. Peu aprÚs, il disparaßt. Jusqu'au soir du 19 décembre lorsque, selon la police, au volant d'un camion polonais volé il fonce dans un marché de Noël du centre de Berlin, écrasant onze personnes et abattant le conducteur attitré du poids lourd.

Une partie de sa famille refuse de croire à cette dérive. "Il vivait comme tous les jeunes, il buvait (de l'alcool) (...) il ne faisait ni priÚre, ni rien du tout", dit Walid, un autre frÚre de cette famille nombreuse. "On a jamais eu l'impression qu'il avait quelque chose d'anormal. Il nous contactait via Facebook et il était toujours souriant et joyeux!", a affirmé de son cÎté sa soeur Najoua à l'AFP.

AFP

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