Joe Biden retrouve mardi les chefs de l'UE à Bruxelles pour relancer un partenariat malmené par les années Trump et mesurer leur soutien face à la Chine, Paris et Berlin refusant de s'aligner totalement sur Washington.
Le sommet permettra de voir ce qu'il y a derriÚre le slogan "America is back", aprÚs l'euphorie suscitée par l'élection de Joe Biden. AprÚs la crise de la relation sous Donald Trump, qui avait qualifié l'UE d'"ennemi" et ne cachait pas son peu de goût pour le projet européen, Joe Biden arrive avec un discours radicalement différent. "Je pense que l'Union européenne est une entité extraordinairement forte et dynamique", a-t-il lancé lors du G7 en Cornouailles, une formule totalement inimaginable durant le mandat de son tempétueux prédécesseur.
Le président américain rencontrera à la mi-journée le chef du Conseil européen Charles Michel, représentant des Vingt-Sept, et la présidente de la Commission Ursula von der Leyen. Cette premiÚre rencontre UE/Etats-Unis à Bruxelles depuis 2017 "ne va pas tout régler mais la diplomatie est de retour", a souligné lundi un haut responsable européen. Les premiers dossiers sur la table sont les contentieux commerciaux avec des taxes punitives de part et d'autre.
Une trĂȘve a Ă©tĂ© dĂ©crĂ©tĂ©e dans le conflit vieux de 17 ans sur Airbus et Boeing mais celle-ci prendra fin le 11 juillet. Sur celui des exportations d'acier et d'aluminium europĂ©ens, l'UE souhaite un rĂšglement d'ici dĂ©cembre. AprĂšs avoir renoncĂ© Ă relever les taxes imposĂ©es aux produits amĂ©ricains, elle estime que la balle est dans le camp de Washington.113organisations amĂ©ricaines et europĂ©ennes reprĂ©sentant les secteurs du vin, des spiritueux, des motos ou de l'habillement ont appelĂ© Ă supprimer "de façon dĂ©finitive" les surtaxes sur leurs produits.
Joe Biden veut "désamorcer les contentieux afin de se concentrer sur sa priorité, la Chine", souligne Eric Maurice de la fondation Schuman.
Quant aux EuropĂ©ens, "ils vont chercher Ă savoir quelle est leur marge de manĆuvre dans cette alliance contre PĂ©kin. Il y a un accord entre eux pour ne pas s'aligner totalement, pour des raisons gĂ©opolitiques cĂŽtĂ© français et Ă©conomiques cĂŽtĂ© allemand", ajoute-t-il.
Si l'Europe s'efforce de protéger son grand marché de la concurrence déloyale des entreprises chinoises, elle doit aussi ménager une puissance devenue son premier partenaire commercial.
Bruxelles n'a pas renoncé à l'accord controversé conclu en décembre avec Pékin visant à ouvrir aux investisseurs européens des secteurs dont l'accÚs est fermé ou restreint. Il est actuellement gelé aprÚs des sanctions de l'UE contre les violations des droits des Ouïghours, suivies de contre-sanctions de Pékin.
- "Premier reset" -
MĂȘme si le Vieux continent n'est plus la prioritĂ© des AmĂ©ricains depuis leur basculement vers l'Indo-Pacifique sous Barack Obama, Joe Biden veut montrer Ă la Chine et Ă Vladimir Poutine, qu'il verra mercredi, "que les Etats-Unis et l'Europe sont soudĂ©s".
"L'unité transatlantique est essentielle pour que la pression soit maximale" sur Moscou, a reconnu le responsable européen, alors que l'UE s'inquiÚte des tentatives de déstabilisation russes en Ukraine et en Géorgie, deux pays de son voisinage, tentés par un rapprochement avec les Européens.
AmĂ©ricains et EuropĂ©ens se disent "prĂȘts Ă rĂ©pondre fermement Ă la rĂ©pĂ©tition de comportements nĂ©gatifs et d'activitĂ©s nocives" de Moscou, selon le projet de dĂ©claration commune.
Concernant la Chine, ils s'engagent à "coopérer étroitement" tout en respectant "leurs approches respectives" et expriment leurs "inquiétudes communes" sur les violations des droits, notamment au Xinjiang, les atteintes à la démocratie à Hong Kong et les ambitions de Pékin en mer de Chine.
Etats-Unis et UE souhaitent faire front commun sur les technologies et le commerce. Face au géant asiatique qui menace la suprématie américaine dans l'économie numérique et les normes éthiques des Occidentaux (surveillance, confidentialité des données...), ils veulent des nouvelles technologies basées sur leurs "valeurs démocratiques partagées".
Un Conseil commun du commerce et de la technologie sera créé pour travailler à des normes communes, pour, selon la Maison Blanche, ne "pas laisser la main aux autocraties".
Sur le front de la pandémie, une "task force" conjointe sera officialisée pour augmenter la production mondiale de vaccins, notamment par des transferts de technologie. Bruxelles et Washington, critiqué pour son retard à partager ses vaccins, espÚrent qu'"au moins deux tiers de la population mondiale soient vaccinés d'ici fin 2022".
La réunion d'une durée de deux heures et sans conférence de presse commune, est "un premier reset de la relation", estime Ricardo Borges de Castro de l'EPC (European policy centre).
Mais "les Européens doivent profiter de cette opportunité car personne ne sait ce qui se passera à l'élection américaine de 2024", avertit l'expert.
AFP



