EcosystĂšme

Bien choisir son poisson, un geste efficace contre la surpĂȘche

  • PubliĂ© le 4 fĂ©vrier 2020 Ă  18:36
  • ActualisĂ© le 4 fĂ©vrier 2020 Ă  21:11
PĂȘche au filet pĂ©lagique en boeuf, dans le Golfe de Gascogne, le 8 janvier 2020

Saumon sauvage ou d'Ă©levage ? Bar de ligne ou de chalut ? Avec ou sans label ? Pour le consommateur, acheter du poisson peut tourner au casse-tĂȘte, mais faire les bons choix permet de lutter contre la surpĂȘche, insistent scientifiques et ONG.

"La pĂȘche est le principal facteur d'impact sur les Ă©cosystĂšmes marins", explique Didier Gascuel, professeur en Ă©cologie marine. A l'Ă©chelle mondiale, 33% des ressources en poissons sont surexploitĂ©es. La pression est notamment trĂšs forte en MĂ©diterranĂ©e, selon l'Agence des Nations Unies pour l'agriculture et l'alimentation (FAO).

Pour lutter contre la surpĂȘche, le consommateur a son rĂŽle Ă  jouer. "Nous avons droit Ă  8 kilos de poisson de pĂȘche par personne et par an", en prenant en compte la population Ă  nourrir et le respect d'une pĂȘche durable, calcule Didier Gascuel.

En moyenne, les Français en consomment 24 kg. Il faudrait donc "consommer moins de poissons, considĂ©rer que c'est une fĂȘte". Moins, mais mieux? Il existe diffĂ©rentes qualitĂ©s de poissons, estime Benjamin Hennequin, acheteur dans l'entreprise familiale Mareyage Hennequin qui sĂ©lectionne les poissons sur des criĂ©es de la cĂŽte atlantique pour approvisionner restaurants et poissonneries.

Avec dans l'ordre, Ă  ses yeux, le poisson pĂȘchĂ© Ă  la ligne, "exceptionnel", celui pĂȘchĂ© au filet Ă  la journĂ©e puis ceux pĂȘchĂ©s par des navires pouvant passer plusieurs jours en mer. Ce mareyeur recommande d'acheter des poissons de saison, "comme pour les fruits et lĂ©gumes", et de se tourner vers des espĂšces mĂ©connues, comme le maigre, non sur-pĂȘchĂ©es et moins chĂšres.

- "En petite quantité" -

L'entreprise Poiscaille, elle, propose une vente directe de 80 pĂȘcheurs français Ă  4.000 clients partout en France. Pour son cofondateur Charles Guirriec, la vente en circuit court promeut une pĂȘche durable et permet de mieux rĂ©munĂ©rer les pĂȘcheurs sur la base de prix fixes. Ils peuvent ainsi "prendre plus de jours de repos et donc moins pĂȘcher", fait valoir l'ingĂ©nieur.

Sandrine Thomas et Florence Bernard, pĂȘcheuses artisanales basĂ©es Ă  Royan, vendent leurs produits Ă  la criĂ©e ou Ă  Poiscaille. La premiĂšre est spĂ©cialisĂ©e dans le bar de ligne. "On met nos hameçons Ă  l'eau pendant quatre ou cinq heures et on remonte les poissons un Ă  un, vivants", ce qui Ă©vite les rejets de poissons morts, explique-t-elle.

Avec son bateau de moins de 12 mÚtres, elle ne peut sortir que 200 jours par an en mer en moyenne, peu en hiver "à cause des intempéries". "On respecte le repos biologique des poissons, il est imposé par la nature".

Florence Bernard, qui travaille au casier et au petit filet, "pĂȘche de tout en petite quantitĂ©": daurade, bar, merlu, sole... Ses filets restent deux heures dans l'eau. Si des poissons trop petits ou des espĂšces protĂ©gĂ©es s'y prennent, elle les remet Ă  l'eau, vivants.

- Manger local et de saison -

Le consommateur, lui, est invitĂ© Ă  vĂ©rifier les mĂ©thodes de pĂȘche sur les Ă©tiquettes chez son poissonnier. Les casiers et les lignes sont plus sĂ©lectifs que les chaluts. ONG et scientifiques conseillent aussi de manger local. Les zones de pĂȘche doivent aussi ĂȘtre indiquĂ©es sur les Ă©tals des poissonneries.

En France, 43% des poissons débarqués dans des ports proviennent de populations de poissons en bon état, selon l'Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer (Ifremer). "On peut consommer les yeux fermés des merlus, des baudroies", conseille Alain Biseau, coordinateur halieutique de l'Ifremer, ou encore des anchois et des coquilles Saint-Jacques.

Mieux vaut en revanche Ă©viter l'aquaculture, qui contribue Ă  la surpĂȘche. Des poissons d'Ă©levage comme le saumon consomme des farines de poissons. L'Ă©levage des crevettes peut dĂ©truire des mangroves.

Les labels peuvent aussi aiguiller l'acheteur. Le plus connu est MSC. "C'est le label le plus robuste mais nous ne le soutenons pas sur l'ensemble des pĂȘcheries", indique Ludovic FrĂšre Escoffier du WWF. WWF propose un guide actualisĂ© pour Ă©clairer le consommateur qui peut aussi tenir compte des campagnes lancĂ©es par des ONG contre des mĂ©thodes de pĂȘche, comme Bloom avec la pĂȘche Ă©lectrique.

AFP

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