Aprùs le coup d'État

Birmanie : ouverture du premier procĂšs contre Aung San Suu Kyi

  • PubliĂ© le 14 juin 2021 Ă  06:20
  • ActualisĂ© le 14 juin 2021 Ă  06:54
L'ex-dirigeante birmane Aung San Suu Kyi et l'ancien président Win Myint, le 24 mai 2021 lors de leur premiÚre audition devant un tribunal à Naypyidaw

Le premier procÚs contre l'ex-dirigeante birmane Aung San Suu Kyi, renversée par un coup d'Etat militaire et inculpée à de multiples reprises par la junte, s'ouvre ce lundi, les observateurs dénonçant "une procédure spectacle uniquement motivée par des raisons politiques".

Un tribunal, étroitement gardé, a été spécialement mis en place à cet effet dans la capitale Naypyidaw, construite au coeur de la jungle dans les années 90 par l'ancien régime militaire. Interpellée au matin du 1er février et assignée depuis à résidence, la lauréate du prix Nobel de la paix 1991 - "en bonne santé", selon ses avocats, malgré les semaines passées à l'isolement - fait face à des poursuites judiciaires hétéroclites.

Ce lundi, elle doit ĂȘtre jugĂ©e pour importation illĂ©gale de talkies-walkies, non-respect des restrictions liĂ©es au coronavirus et violation d'une loi sur les tĂ©lĂ©communications. "Le tribunal va entendre les tĂ©moins de l'accusation. Aung San Suu Kyi ne s'exprimera pas aujourd'hui" (lundi), a prĂ©cisĂ© Ă  l'AFP l'un de ses avocats, Khin Maung Zaw. Dans une deuxiĂšme procĂ©dure, elle comparaĂźtra Ă  partir de mardi pour sĂ©dition aux cĂŽtĂ©s de l'ex-prĂ©sident de la RĂ©publique Win Myint.

L'ex-cheffe de facto du gouvernement, ùgée de 75 ans, est également inculpée pour avoir violé une loi sur les secrets d'Etat datant de l'époque coloniale et pour corruption, accusée d'avoir perçu plus d'un demi-million de dollars et une dizaine de kilos d'or de pots-de-vin. Aucune date de procÚs n'a été avancée à ce stade pour ces deux charges, les plus lourdes à son encontre.

- Longues années de prison -

Aung San Suu Kyi encourt de longues années de prison si elle est reconnue coupable. Le chef de la junte "Min Aung Hlaing est déterminé à l'enfermer pour le reste de sa vie", a déploré à l'AFP Debbie Stothard, coordinatrice du réseau Alternative ASEAN. "On va assister à une procédure spectacle uniquement motivée par des raisons politiques".

L'ex-dirigeante n'a été autorisée à rencontrer que deux fois l'équipe juridique chargée de la défendre. Chaque réunion n'a pas pu dépasser une trentaine de minutes. "On se prépare au pire", a commenté Khin Maung Zaw, qui dénonce des accusations "absurdes" montées de toute piÚce dans le but de "la tenir à l'écart de la scÚne (politique) du pays et de salir son image". Pour justifier son passage en force, l'armée a allégué des fraudes "énormes" aux législatives de novembre 2020, remportées massivement par la Ligue nationale pour la démocratie (LND) d'Aung San Suu Kyi.

Les généraux birmans menacent de dissoudre cette formation et ont indiqué vouloir organiser de nouvelles élections dans les deux ans. Manifestations quasi-quotidiennes, économie paralysée par des grÚves massives, recrudescence des affrontements entre armée et factions ethniques rebelles: la Birmanie est en ébullition depuis le putsch qui a mis fin à une parenthÚse démocratique de 10 ans.

Le mouvement de contestation est réprimé dans le sang par les forces de sécurité qui ont tué ces derniers mois plus de 860 civils, dont des femmes et des enfants, selon l'Association d'assistance aux prisonniers politiques (AAPP).

PrÚs de 5.000 personnes ont été placées en détention, des ONG dénonçant des cas d'exécutions extra-judiciaires, de tortures ou de violences envers les femmes.
La responsable des droits humains aux Nations unies, Michelle Bachelet, a déploré vendredi l'intensification des violences, ajoutant que la junte était "entiÚrement responsable de cette crise".

Les exactions ont poussé de nombreux opposants à la junte à former une "Force de défense du peuple" (PDF), composée de civils qui ripostent aux forces de sécurité avec des armes artisanales. Mais ces milices citoyennes ont du mal à rivaliser avec l'armée, dotée de moyens trÚs importants.

Aung San Suu Kyi a dĂ©jĂ  passĂ© plus de 15 ans en rĂ©sidence surveillĂ©e sous les prĂ©cĂ©dentes dictatures militaires, avant d'ĂȘtre libĂ©rĂ©e en 2010 et de prendre cinq ans plus tard la tĂȘte du pays. Longtemps icĂŽne de la dĂ©mocratie comparĂ©e Ă  Nelson Mandela, Gandhi ou Martin Luther King, son image s'est considĂ©rablement ternie ces derniĂšres annĂ©es Ă  la suite du drame des musulmans rohingyas qui ont fui en 2017 par centaines de milliers les exactions de l'armĂ©e pour se rĂ©fugier au Bangladesh voisin. Le fait qu'elle soit redevenue une prisonniĂšre politique et les procĂšs qui l'attendent pourraient de nouveau changer la donne.

AFP

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