Rébellion

Bolivie: mutineries dans la police, Morales convoque une réunion d'urgence

  • PubliĂ© le 9 novembre 2019 Ă  06:17
  • ActualisĂ© le 9 novembre 2019 Ă  06:28
Le président bolivien s'exprime lors d'une conférence de presse à La Paz, le 24 octobre 2019

Le président bolivien Evo Morales a convoqué une réunion d'urgence vendredi soir avec plusieurs ministres dans la foulée de mutineries d'au moins trois compagnies de police, une rébellion contre laquelle le pouvoir exclut pour l'heure d'envoyer l'armée.

M. Morales, qui ne s'est pas exprimĂ©, a rĂ©uni Ă  la Casa Grande del Pueblo, la tour moderne et centrale oĂč se trouve son bureau, des ministres et le commandant en chef des forces armĂ©es, le gĂ©nĂ©ral Williams Kaliman, pour Ă©voquer la situation.

Le ministre de la Défense Javier Zavaleta a quant à lui assuré qu'il n'était pas question d'une intervention militaire contre les mutins pour l'heure: "Aucune opération militaire ne sera menée pour le moment, c'est totalement exclu", a-t-il déclaré.

Dix-sept jours aprÚs le début des manifestations contre la réélection de M. Morales, au moins trois unités de police se sont mutinées, dans la ville de Cochabamba (centre) tout d'abord, puis à Sucre (sud, capitale de la Bolivie) et à Santa Cruz (est), une région riche à l'est du pays et un bastion d'opposition.

Des scÚnes de fraternisation entre policiers et manifestants de l'opposition ont été observées dans la capitale.

"Nous nous sommes mutinĂ©s", a dĂ©clarĂ© un policier, le visage dissimulĂ© devant les journalistes au quartier gĂ©nĂ©ral de l'UnitĂ© des opĂ©rations de police tactique (UTOP) Ă  Cochabamba. "Nous allons ĂȘtre du cĂŽtĂ© du peuple, pas avec les gĂ©nĂ©raux", a ajoutĂ© un de ses collĂšgues, lui aussi masquĂ©.

- "Les gens sont avec vous" -

Des images diffusées en direct à la télévision ont montré une vingtaine d'agents grimpant au sommet du bùtiment du quartier général de la police en agitant le drapeau bolivien, tandis que des dizaines de jeunes opposants les encourageaient depuis la rue.

Les manifestants ont fait exploser des pétards dans une ambiance festive et ont hissé sur un mùt un drapeau bolivien (rouge, jaune et vert) chantant l'hymne national.

"La police de Chuquisaca (Sucre) s'unit pour soutenir les camarades qui se sont mutinés à Cochabamba", a également déclaré un autre agent de la capitale bolivienne qui avait aussi le visage dissimulé.

En plus des mutineries dans ces trois villes, des dizaines de policiers ont défilé vendredi soir avec des manifestants de l'opposition criant des slogans hostiles à M. Morales sur l'avenue Prado, la principale artÚre de La Paz, a observé un journaliste de l'AFP.

Les chaĂźnes de tĂ©lĂ©vision locales ont Ă©galement montrĂ© des images de manifestants serrant la main de policiers dans le centre de la capitale, un contraste avec les trois nuits prĂ©cĂ©dentes oĂč les deux camps s'Ă©taient affrontĂ©s.

Dans La Paz, les policiers se sont retirés dans leurs casernes et une foule chantait: "Ami policier, les gens sont avec vous".

- "J'ai pleuré d'émotion" -

Le leader régional Luis Fernando Camacho, le leader le plus visible et le plus radical de l'opposition bolivienne, avait demandé samedi dernier aux militaires et à la police de se joindre à l'opposition dans cette crise déclenchée par la réélection controversée de M. Morales lors des élections du 20 octobre.

M. Camacho était à un rassemblement dans la partie sud de La Paz vendredi aprÚs-midi quand la nouvelle de la mutinerie de Cochabamba s'est répandue.

La foule a applaudi debout et s'est mise Ă  chanter: "Ami de la police, le peuple est avec toi". "J'ai pleurĂ© d'Ă©motion, Grande Police", a tweetĂ© M. Camacho peu aprĂšs. "Merci d'ĂȘtre avec ton peuple, que Dieu te bĂ©nisse".

Dans la région d'Obrajes, au sud de La Paz, les gens dans les rues ont célébré les mutineries policiÚres comme si l'équipe nationale bolivienne de football avait gagné, a observé un journaliste de l'AFP.

Evo Morales, 60 ans, est au pouvoir depuis 2006. Il a été réélu le 20 octobre pour un quatriÚme mandat jusqu'en 2025 mais l'opposition a dénoncé une "fraude". La vague de contestation qui a éclaté dÚs le lendemain du scrutin a fait trois morts et 200 blessés.

 AFP

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