Bouteilles, fruits et légumes emballés... le plastique toujours "omniprésent" en grandes surfaces

  • Publié le 6 mai 2026 à 09:24
  • Actualisé le 6 mai 2026 à 10:46
Exemple d'usages de plastique alimentaire, le 12 août 2018 à Paris

Bouteilles d'eau reines des rayons, légumes emballés, recul du vrac... Les associations Que Choisir Ensemble (ex-UFC Que Choisir) et No plastic in My Sea dénoncent l'omniprésence du plastique dans les supermarchés, jugeant insuffisants les efforts du secteur. Les deux organisations ont publié mardi un rapport montrant selon elles "l'écart persistant entre les engagements affichés et la réalité en rayon".

Elles ont enquêté du 7 au 21 février dans 1.659 magasins affiliés à 11 enseignes (E.Leclerc, Carrefour, Intermarché, Coopérative U, Auchan, Lidl, Aldi, Monoprix et les spécialistes du bio Biocoop, La vie Claire et Naturalia), dont la plupart ont également répondu, "souvent" partiellement, à un questionnaire.

Résultat, alors que la loi Antigaspillage (Agec) pour une économie circulaire, promulguée en 2020, impose la fin progressive des plastiques à usage unique à horizon 2040, leur réduction de 20% prévue dès fin 2025 (par rapport à 2018) n'a pas été atteinte, estiment les auteurs du rapport, distinguant toutefois les magasins bio, "en avance" et les enseignes de hard discount, où la "transition" reste "à commencer".

En première ligne, les eaux et boissons en bouteille, best-sellers des grandes surfaces comptant pour "près de 40% des plastiques à usage unique".

Preuve de leur succès intarissable, les ventes d'eaux embouteillées ont même augmenté de 3,3% en 2025, selon des données de Circana citées par le rapport, alors que la loi Agec prévoit une réduction de 50% des bouteilles plastiques d'ici 2030.

- "Consigne" -

"On n'a même pas amorcé la trajectoire", a déploré auprès de l'AFP Lucile Buisson, chargée de mission environnement à Que Choisir.

Ce marché est alimenté par les distributeurs eux-mêmes via leurs marques propres, l'un d'entre eux comptant jusqu'à 186 références différentes, tandis que les mini-formats (moins de 50 cl) se retrouvent dans 81% des magasins audités.

Sollicité par l'AFP, le directeur RSE du groupe Carrefour, Bertrand Swiderski, souligne notamment que 350 magasins de l'enseigne sont équipés "d'une machine pour récupérer les bouteilles en plastique" permettant au client de toucher de "1 à 2 centimes" tandis que "450 magasins proposent un système de consigne" pour les contenants en verre.

Mais seul Biocoop a arrêté de commercialiser les eaux en bouteille plastique.

L'étude s'est également penchée sur les fruits et légumes, se concentrant notamment sur les pommes de terre, oranges, pommes, carottes et tomates. Dans les magasins traditionnels, 60% de ces produits non bio sont vendus emballés, majoritairement sous plastique, une part qui grimpe à 91% pour leurs homologues bio, dont la moitié sous plastique.

A l'inverse, 90% des fruits et légumes sont vendus en vrac dans les magasins bio.

- "Tendance néfaste" -

En outre, les ONG dénoncent la "tendance émergente néfaste" consistant à vendre des légumes et fruits frais prédécoupés.

Autre grief, le "net recul" du vrac que doit permettre d'enrayer un décret publié fin 2025, après cinq ans d'attente, concernant l'obligation pour les commerces de détail de plus de 400 mètres carrés de consacrer au moins 20% de leur surface de vente au vrac à horizon 2030.

Le rapport déplore également le recours encore "embryonnaire" au réemploi des emballages et la persistance de mauvaises pratiques de suremballage auxquelles s'ajoute la mode des masques à usage unique en sachet, venue de Corée du Sud.

Il formule une série de recommandations à l'adresse des distributeurs (abandon des plastiques inutiles, priorisation des actions de réduction et de réemploi sur les eaux et boissons...) et du gouvernement, comme la promotion de l'eau du robinet.

"Ce qui compte ce n'est pas la photographie à l'instant T mais la tendance à la baisse" du plastique et les "efforts déployés" par le secteur pour être au rendez-vous en 2030 et au-delà, plaide auprès de l'AFP Philippe Joguet, directeur développement durable à la Fédération du commerce et de la distribution (FCD).

Pour Coopérative U, contacté par l'AFP, l'étude pointe "avec justesse, les difficultés" liées à "l'évolution des modes de vie (le snacking, le besoin de praticité)" conduisant au suremballage sur lequel le groupement promet de poursuivre "ses efforts".

Dans tous les cas, plaide Muriel Papin, déléguée générale de No Plastic In My Sea, l'actualité "nous amène à repenser de manière globale notre rapport au plastique", dont le coût augmente avec la guerre en Iran.

AFP

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