L'ancien président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva fait face pour la premiÚre fois mercredi au juge anticorruption Sergio Moro, un interrogatoire qui s'annonce explosif autant à l'intérieur qu'à l'extérieur du tribunal.
L'icĂŽne de la gauche latino-amĂ©ricaine compte sur le soutien de plusieurs milliers de partisans, qui ont affluĂ© tout au long de la journĂ©e de mardi Ă Curitiba, ville du sud du BrĂ©sil oĂč aura lieu l'audience. Plusieurs dizaines d'entre eux ont mĂȘme campĂ© sur place, dans des tentes plantĂ©es sur le bord de la route. Les autoritĂ©s locales ont prĂ©vu un important dispositif de sĂ©curitĂ©, en bouclant le quartier du tribunal pour Ă©viter des affrontements entre militants pro et anti-Lula.
L'ex-prĂ©sident est visĂ© par cinq procĂ©dures judiciaires liĂ©es Ă l'opĂ©ration "Lavage-express", enquĂȘte tentaculaire qui a rĂ©vĂ©lĂ© un vaste rĂ©seau de corruption orchestrĂ© par des entreprises du bĂątiment pour truquer systĂ©matiquement les marchĂ©s publics, notamment ceux du gĂ©ant pĂ©trolier Ă©tatique Petrobras.
Il ira à la barre mercredi pour se défendre d'accusations selon lesquelles il aurait reçu un appartement en triplex dans la station balnéaire de Guaruja (Etat de Sao Paulo, sud-est) en guise de pot-de-vin. Selon les procureurs, Lula aurait bénéficié de largesses à hauteur de 3,7 millions de réais (1,16 million de dollars) de la part d'OAS, une société de BTP impliquée dans le scandale Petrobras.
- Demande de transparence -
L'ancien ouvrier métallurgiste nie en bloc et compte sur une présence massive de ses partisans pour donner un ton politique à un interrogatoire que le jeune magistrat de 44 ans tente en vain de faire passer pour une procédure "normale". C'est dans ce contexte que la justice brésilienne a ordonné mardi soir la suspension des activités de l'Institut Lula, fondation basée à Sao Paulo (sud-est) qui représente l'ancien chef de l'Etat, car ce lieu aurait abrité des rencontres en vue de commettre des délits. De son cÎté, le juge Moro a lancé samedi un appel au calme sur Facebook pour tenter d'éviter des affrontements de militants pro et anti-Lula.
"Nous voulons éviter tout type de confusion ou d'affrontements, je ne veux pas que quelqu'un se blesse. Ne venez pas, ce n'est pas nécessaire, laissez la justice faire son travail", a affirmé le magistrat, érigé au rang de héros national par de nombreux Brésiliens.
Sa popularité est telle que des tee-shirts à son effigie sont vendus dans les rues du Curitiba.
Du cÎté des militants pro-Lula, ont s'attend à des manifestations pacifiques. Plus de 100 autocars sont déjà partis de Sao Paulo, la capitale économique du pays, d'aprÚs le Front Brésil Libre, qui coordonne les mouvements sociaux de soutien à l'ex-président.
"Nous sommes venus parce que ce procÚs contre Lula est contraire aux rÚgles de la justice brésilienne. Il faut montrer que le peuple est attentif. Nous demandons juste de la transparence", explique Jo Portilho, employée de banque de 54 ans venue de Rio de Janeiro (sud-est).
- Ambitions présidentielles -
Des pointures de la gauche brĂ©silienne sont aussi attendues Ă Curitiba, y compris la dauphine de Lula, l'ex-prĂ©sidente Dilma Rousseff (2011-2016), destituĂ©e l'an dernier pour maquillage des comptes publics. L'enjeu est de taille, car une condamnation pourrait Ă©touffer dans l'Ćuf toute ambition de retour du pouvoir de celui qui a prĂ©sidĂ© le pays de 2003 Ă 2010.
Le verdict est attendu sous 45 à 60 jours. S'il est reconnu coupable et la décision confirmée en appel, Lula encourt une peine de prison et ne pourra pas se présenter à l'élection présidentielle de 2018.
MalgrĂ© les affaires, il est largement en tĂȘte des intentions de vote, bien que suscitant Ă©galement un niveau Ă©levĂ© de rejet. L'usure du pouvoir qui a teintĂ© de gris sa barbe lĂ©gendaire n'a pas entamĂ© l'esprit combatif de ce tribun Ă voix rauque, qui prĂ©pare le duel explosif avec le juge Moro comme un pugilat.
"Ăa fait deux ans que je vois dans la presse que je vais finir en prison. Ils ont intĂ©rĂȘt Ă m'arrĂȘter bientĂŽt, sinon c'est peut-ĂȘtre moi qui vais les faire arrĂȘter Ă cause de tous les mensonges qu'ils profĂšrent", s'est insurgĂ© l'ex-prĂ©sident vendredi soir, lors d'un congrĂšs du Parti des Travailleurs.
AFP
