Entre montagnes de paperasse, explosion des coûts et espoirs déçus: dix ans après le vote du Brexit (23 juin 2026), les patrons de petites et moyennes entreprises (PME) britanniques sont toujours en première ligne.
Selon une étude publiée le mois dernier par la Fédération britannique des petites entreprises (FSB), 63% des PME britanniques échangeant avec l'UE ont rencontré des "obstacles commerciaux importants" au cours des 12 derniers mois.
Un tiers prévoit de réduire ou de cesser ses échanges avec le continent.
Quatre patrons se sont confiés à l'AFP.
- "La mauvaise chose à faire" -
"J'ai tout fait pour essayer de convaincre mon personnel que, pour l'entreprise, le Brexit était la mauvaise chose à faire. Mais beaucoup ont sans doute voté en faveur, pour de mauvaises raisons", raconte Rowan Crozier, le patron de Brandauer, qui fabrique à Birmingham de minuscules composants métalliques.
"Cela nous affecte encore aujourd'hui. On a beau s'habituer à gérer les difficultés dans la chaîne d'approvisionnement, avoir l'impression qu'elles sont un peu plus faciles à maîtriser, si on regarde les faits et les chiffres, les délais de livraison ont augmenté."
"Avant, on pouvait s'attendre à ce qu'un envoi transite entre le Royaume-Uni et l'UE en 24 à 48 heures sans problème. Et maintenant, c'est au minimum une semaine. Ça a déjà été jusqu'à quatre semaines."
"Nous travaillons des métaux de 0,05 millimètre d'épaisseur jusqu'à environ deux millimètres. Ce qui fait de nous des spécialistes. Peu d'entreprises dans le monde ont ce savoir-faire. Cela nous a aidés à surmonter certains des défis du Brexit."
- "La neutralité carbone est suicidaire" -
"J'aime l'Europe. Le problème venait de Bruxelles", affirme Simon Boyd, patron de Reidsteel, dans le sud de l'Angleterre, qui construit des structures métalliques (hangars, ponts, pylônes ou stades de foot).
"L'un des gros problèmes en Europe, ce sont les absurdités autour du marché du carbone et des émissions", poursuit ce partisan du Brexit, déçu que Londres ne soit pas allé plus loin pour assouplir les réglementations héritées de l'UE.
"La course vers la neutralité carbone ici au Royaume-Uni est suicidaire. Et plutôt que de réduire le carbone dans l'atmosphère, nous l'augmentons en achetant de l'acier à des pays situés en dehors de l'UE - et l'UE fait la même chose - alors que les émissions y sont bien plus élevées."
"Quitter l'Union européenne ne nous a pas fait de mal, mais cela ne nous a pas apporté les avantages que nous espérions obtenir."
- "Un pied dans chaque camp" -
"Toute entreprise souhaite se trouver sur le meilleur marché possible, avec les meilleures perspectives possibles. L'Union européenne m'offrait cela avant le Brexit et elle l'offre toujours après le Brexit", raconte Declan Gormley, patron du fabricant de ventilation mécanique Brookvent.
L'entreprise est installée non loin de Belfast, en Irlande du Nord, territoire qui a conservé après le Brexit un accès au marché unique européen pour les marchandises, dans le but d'éviter l'instauration d'une frontière physique en Irlande.
"L'entreprise a un pied dans chaque camp: notre siège se trouve en Irlande du Nord, notre principal marché pendant de nombreuses années a été le marché britannique, mais nous nous sommes tournées vers l'export en 2010 et aujourd'hui cela représente les deux tiers de notre activité."
"Entre 2016 et aujourd'hui, nous avons vu une croissance substantielle de notre activité en Europe, tandis que notre activité au Royaume-Uni est restée statique."
"L'Irlande du Nord est bénéficiaire du Brexit de ce point de vue, mais j'aurais préféré que l'ensemble du Royaume-Uni reste au sein de la communauté européenne."
- "Les gens ont souffert" -
"Il n'y a pas eu de gagnants ces dix dernières années. L'économie a souffert, les gens ont souffert", tranche Richard McKenna, directeur général de la pépinière Provender, dans le sud-est de l'Angleterre.
"Le Brexit nous a compliqué la vie. J'ai des employés qui font plus de paperasse, et toute la paperasse est un coût pour l'entreprise. Elle ne génère aucun revenu. Cela s'est répercuté sur le prix des plantes, que nous vendons désormais plus cher."
"Ce que j'espère, c'est retrouver la situation d'avant le vote: un transport sans friction, travailler avec nos partenaires européens, faire tomber les frontières, lever les restrictions, travailler ensemble au lieu de travailler les uns contre les autres."
AFP




