Deux adolescents de 15 ans figurent parmi les 39 migrants vietnamiens retrouvés morts fin octobre dans un camion frigorifique prÚs de Londres, dont les noms ont été publiés vendredi par la police britannique.
Ces migrants, 31 femmes et huit hommes dont les corps avaient été retrouvés le 23 octobre dans un conteneur, provoquant horreur et indignation dans le pays, sont originaires de sept provinces différentes au Vietnam, dont vingt de la seule province de Nghe An (centre) et dix de celle de Ha Tinh.
Les récits recueillis auprÚs des familles par l'AFP à Hanoi ont permis de reconstituer le parcours de plusieurs victimes:
Nguyen Huy Hung, 15 ans, avait quitté son village pour rejoindre ses parents qui habitent en Angleterre. Sa soeur, qui vit en Corée du Sud, avait publié sur Facebook un avis de disparition.
Pham Thi Tra My, 26 ans, avait elle envoyé un SMS glaçant à ses proches, quelques heures avant la découverte des corps. "Maman, papa, je vous aime trÚs fort. Je meurs, je ne peux plus respirer". Elle avait quitté le Vietnam le 3 octobre et s'était endettée lourdement pour payer son voyage.
Hoang Van Tiep, 18 ans, est une autre des victimes, dont la plus ĂągĂ©e avait 44 ans. Il avait arrĂȘtĂ© l'Ă©cole en troisiĂšme et ne voulait pas devenir pĂȘcheur. Il a alors quittĂ© le Vietnam il y a un an avec son cousin Nguyen Van Hung, 33 ans --Ă©galement dĂ©cĂ©dĂ© dans le camion-- direction la France oĂč il a trouvĂ© du travail comme plongeur dans un restaurant. Le 21 octobre dernier, il a Ă©crit Ă ses parents en leur demandant 13.000 dollars pour passer en Angleterre. C'est la derniĂšre fois qu'ils ont eu de ses nouvelles.
- Douleur infinie -
"Notre prioritĂ© a Ă©tĂ© d'identifier les victimes, de prĂ©server la dignitĂ© de ceux qui sont dĂ©cĂ©dĂ©s et de soutenir les amis et les familles des victimes", a commentĂ© le responsable britannique de l'enquĂȘte, Tim Smith, dans un communiquĂ©. Les familles endeuillĂ©es ont Ă©tĂ© prĂ©venues et elles attendent dĂ©sormais le rapatriement des corps, dont la dĂ©couverte avait provoquĂ© une vive Ă©motion et mis en lumiĂšre les voies migratoires clandestines trĂšs organisĂ©es entre le Vietnam et l'Europe.
Plusieurs familles, avec lesquelles l'AFP s'est entretenue, ont expliqué que leurs proches, originaires de régions pauvres et isolées, espéraient une vie meilleure à l'étranger.
Dans une lettre aux familles endeuillées, le Premier ministre vietnamien Nguyen Xuan Phuc a fait part de la "douleur infinie des familles de victimes mais aussi la douleur commune de toute la communauté, de chaque Vietnamien et des gens partout dans le monde".
- Deux frÚres recherchés -
Plusieurs personnes ont Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©es dans le cadre de cette affaire, au Vietnam comme au Royaume-Uni. Au Royaume-Uni, le chauffeur du camion frigorifique, originaire d'Irlande du Nord, a Ă©tĂ© inculpĂ© d'homicide involontaire, de blanchiment d'argent et de complot en vue de favoriser une immigration illĂ©gale. A Dublin, un autre Irlandais du Nord, qui serait en lien avec cette affaire, a comparu devant la Haute Cour de justice d'Irlande pour entamer une procĂ©dure d'extradition vers le Royaume-Uni. Trois autres personnes ont Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©es et libĂ©rĂ©es sous caution par la police britannique qui recherche aussi deux frĂšres originaires d'Irlande du Nord, soupçonnĂ©s d'homicide involontaire et de trafic d'ĂȘtres humains.
Au Vietnam, onze personnes ont été interpellées. Aucune n'a officiellement été inculpée.
Certaines familles ont dit s'inquiéter de devoir rembourser des milliers de dollars de dette contractée par leurs enfants pour entreprendre le voyage vers l'Europe.
Le pĂ©riple des candidats Ă l'immigration vers l'Europe peut s'avĂ©rer extrĂȘmement risquĂ©, en particulier la derniĂšre Ă©tape au Royaume-Uni puisque la plupart des migrants passent en se cachant dans des camions. Le conteneur oĂč ont Ă©tĂ© retrouvĂ©es les victimes Ă©tait arrivĂ© par ferry au port de Purfleet, sur la Tamise, en provenance de Zeebruges, en Belgique.
Une fois au Royaume-Uni, de nombreux Vietnamiens finissent par travailler dans des conditions souvent proches de l'esclavage, dans des bars Ă ongles ou des fermes clandestine de cannabis, gagnant des salaires de misĂšre qui servent Ă rembourser leurs passeurs et envoyer de l'argent chez eux.
AFP




