Santé

Cancer du sein: le dépistage, utile mais parfois survendu

  • PubliĂ© le 25 octobre 2021 Ă  19:39
  • ActualisĂ© le 26 octobre 2021 Ă  02:20
Une patiente passe une mammographie le 9 octobre 2017 Ă  l'Institut Paoli-Calmette Ă  Marseille

En fait-on trop autour du dĂ©pistage du cancer du sein, au risque de provoquer des traitements inutiles ? Le dĂ©bat mĂ©dical perdure et peine Ă  ĂȘtre abordĂ© sereinement entre partisans enthousiastes de la mammographie gĂ©nĂ©ralisĂ©e et critiques alarmistes.

"Il est absolument indispensable (...) de sensibiliser les femmes Ă  cet enjeu du dĂ©pistage du cancer du sein", insistait mi-octobre le ministre français de la SantĂ©, Olivier VĂ©ran. Ces dĂ©clarations sont dans la droite ligne des autoritĂ©s sanitaires des principaux pays dĂ©veloppĂ©s. Beaucoup mĂšnent une politique de dĂ©pistage gĂ©nĂ©ralisĂ©, comme la France oĂč les femmes de 50 Ă  74 ans sont invitĂ©es Ă  demander une mammographie tous les deux ans et, de fait, sont environ la moitiĂ© Ă  le faire.

La nĂ©cessitĂ© du dĂ©pistage dans ces tranches d'Ăąge, oĂč le risque de cancer du sein augmente, est aussi le principal message portĂ© chaque annĂ©e par Octobre Rose, dĂ©clinaison française de la campagne anglo-saxonne de dĂ©pistage National Breast Cancer Awareness Month. Pourtant, une partie du corps mĂ©dical reste rĂ©ticent Ă  inciter sans rĂ©serve les femmes concernĂ©es.

Le débat porte essentiellement sur le risque de "surdiagnostic". Une mammographie peut, en effet, détecter une tumeur qui n'évoluera jamais en cancer du sein. Mais il est impossible de le savoir à l'avance et certaines patientes subiront, par précaution, des traitements en réalité inutiles, qui peuvent aller jusqu'à l'ablation du sein.

Pendant les années 2010, ces polémiques ont été largement relayées dans le débat public. En France, l'association Cancer Rose a multiplié les critiques virulentes contre le dépistage généralisé. En retour, l'institut national du Cancer (Inca), affilié au gouvernement, dénonce des "infox". Depuis, les polémiques sont moins visibles mais le débat médical n'a guÚre progressé.

"Ces derniÚres années, il n'y a pas eu de nouveaux éléments qui permettent d'éclairer le débat sur le dépistage du cancer du sein", rapporte auprÚs de l'AFP le cancérologue britannique Paul Pharoah, qui revendique une position "nuancée". Il estime que proposer un programme de dépistage généralisé n'est "ni bonne ni mauvaise" décision et se base autant sur des "conjectures" que sur des "preuves concrÚtes".

- Etudes biaisées -

Qu'est-ce qui rend le débat si complexe ? La difficulté d'évaluer si le risque de surdiagnostic dépasse les avantages en matiÚre de diminution de la mortalité par cancer du sein. "Si c'était facile à faire, tout le monde serait d'accord", souligne auprÚs de l'AFP l'épidémiologiste française Catherine Hill.

Les Ă©tudes sont pourtant nombreuses. Mais leurs conclusions sont extrĂȘmement variables: certaines Ă©voquent un risque de surdiagnostic quasiment nul, d'autres estiment qu'il concerne un tiers, voire la moitiĂ© des cas.

Pour Mme Hill, les études les plus sévÚres sont biaisées car elle se basent sur des données de santé publique qui ne permettent pas de connaßtre les situations individuelles.

On s'intĂ©resse par exemple Ă  la proportion de cancers du sein dans la tranche d'Ăąge Ă©ligible au dĂ©pistage, mais sans ĂȘtre en mesure de savoir si chaque patiente a rĂ©ellement Ă©tĂ© dĂ©pistĂ©e.

Cette approche prĂ©sente d'importants risques d'imprĂ©cisions quand on examine une procĂ©dure qui s'Ă©tend sur plusieurs annĂ©es comme le dĂ©pistage rĂ©gulier du cancer du sein. Notamment, entre le dĂ©but et la fin de la pĂ©riode d'Ă©tude, ce ne sont pas les mĂȘmes femmes qui font partie d'une tranche d'Ăąge donnĂ©e.

Or, les études de ce type tendent à conclure à un risque élevé de surdiagnostic, alors que celles menées à partir de données individualisées, plus rares, le jugent en général bien plus bas.

"Le plus probable, c'est que le surdiagnostic représente moins de 10% des cas", juge Mme Hill, qui regrette que les sceptiques du dépistage négligent par alarmisme les études plus rassurantes, a priori plus crédibles.

Mais l'épidémiologiste ne donne pas pour autant un blanc-seing à la promotion sans nuance du dépistage. Celui-ci "a été vendu aux femmes de façon exagérée", notamment par Octobre Rose, juge-t-elle. "Ca réduit la mortalité par cancer du sein de 20% mais cette mortalité n'est pas énorme".

Et "20% de pas beaucoup, c'est trÚs peu", insiste Mme Hill, estimant qu'il faudrait surtout inciter les femmes à réduire leur consommation d'alcool, principal facteur de risque du cancer du sein. "La disproportion dans la communication entre + Allez faire une mammographie + et + Buvez moins +, c'est affligeant",

AFP

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