Au lever du soleil, les sécateurs s'activent avant qu'il ne fasse trop chaud: à Saint-Quentin-de-Baron (Gironde), dans le vignoble bordelais, la récolte 2023 a débuté malgré la canicule, sous une température "torride" qui force les vendangeurs à s'adapter.
DÚs 07h00, alors que le mercure n'est redescendu qu'à 21 degrés pendant la nuit, une cinquantaine de saisonniers se déploient dans les vignes du Chùteau de Sours. Chapeaux, casquettes, foulards, capuches, crÚme solaire, tout est bon pour se protéger du soleil.
"Tout le monde a ses ciseaux ? Les porteurs, faites attention avec vos hottes, ne blessez personne", lance José Héraudeau, le chef d'équipe.
"Il va faire trÚs chaud. Donc si vous sentez le moindre malaise, tout de suite venez voir un responsable", ajoute ce salarié du prestataire Performances Vignobles, qui met sa main d'oeuvre à disposition des domaines viticoles.
Sébastien Jacquey, directeur du Chùteau de Sours, explique à l'AFP avoir renforcé les équipes et adapté les horaires de vendange aux fortes chaleurs: six heures par jour au lieu de huit, et aux heures les moins chaudes.
En parallÚle, le temps presse: il faut récolter le raisin avant que le degré d'alcool n'augmente trop pour confectionner le crémant, vin effervescent qui représente 30% de la production de ce domaine de 65 hectares, propriété depuis 2015 du milliardaire chinois Jack Ma, ancien dirigeant du géant du e-commerce Alibaba.
- "Suffocant" -
Pour autant, Sébastien Jacquey veille à faire respecter "les bons gestes": "Savoir se reposer au bout du rang, bien s'hydrater, se protéger avec des casquettes, de la crÚme solaire, mais aussi se parler les uns les autres si on ne se sent pas bien", détaille-t-il.
BientÎt, une savante chorégraphie débute, entre les coupeurs qui prélÚvent les grappes à la main et les porteurs, sanglés à leur hotte, qui les transportent jusqu'à la remorque.
Le soleil monte à l'horizon. En moins de deux heures, la température a grimpé de six degrés à l'ombre, avant d'atteindre 34 degrés dans l'aprÚs-midi, selon les prévisions.
Certains porteurs, serviettes autour du cou, s'épongent aprÚs avoir déchargé leur fardeau. Les coupeurs, eux, tentent de rester lucides pour bien choisir les grappes, tout en s'abritant du soleil grùce aux feuillages.
"Il faut trouver de l'ombre au maximum", explique Anthony Chappel, saisonnier de 42 ans, casquette sur la tĂȘte.
Mais plus les ramures sont touffues et les rangs de vignes serrĂ©s, "plus c'est suffocant, plus on a chaud et plus c'est dangereux", note-t-il. "Aujourd'hui je pense qu'on n'aura pas de vent, ça va ĂȘtre torride."
AprĂšs deux heures d'effort, la distribution d'eau fraĂźche est bienvenue.
"Il faut se mouiller beaucoup la tĂȘte, la nuque, et boire Ă petites gorgĂ©es", confirme VĂ©ronique Villain, saisonniĂšre ĂągĂ©e de 58 ans.
Sa fille Aurore Bernard, 35 ans, a été victime d'une insolation lundi, pour sa premiÚre journée de vendanges.
- "Je grelottais" -
"Mon coeur s'est emballĂ© assez rapidement, avec des vertiges, des bourdonnements d'oreille. J'avais Ă©normĂ©ment froid, je grelottais. La cheffe d'Ă©quipe m'a ramenĂ©e, m'a mise Ă l'ombre et m'a mouillĂ© la tĂȘte", raconte cette travailleuse originaire des Landes, de retour au travail mardi, sĂ©cateur en main.
"Il faut que tout le monde sache comment réagir si un collÚgue n'est pas bien", rappelle Sébastien Jacquey. "Dans les vignes, on n'a pas de parasol, il faut s'adapter et avoir les bons gestes."
D'autant que le pire est à venir: Météo-France annonce plus de 40 degrés jeudi à Saint-Quentin-de-Baron.
"Si on arrive Ă travailler jusqu'Ă midi jeudi, ce sera bien, mais j'ai des doutes", glisse Michel PĂ©rez, patron de Performances Vignobles. "Au-delĂ de midi, les gens souffrent parce que c'est inconfortable. Il faut ĂȘtre humain."
Dans un vignoble bordelais trĂšs Ă©prouvĂ© en 2023 par les dĂ©gĂąts du mildiou, parasite mi-algue mi-champignon qui a affectĂ© 90% des vignes en Nouvelle-Aquitaine Ă plus ou moins grande Ă©chelle, cet Ă©pisode de fortes chaleurs pourrait en revanche ĂȘtre positif pour la rĂ©colte.
"La chaleur aide au mĂ»rissement, elle empĂȘche ce qui est pourriture et sĂšche les problĂšmes de piqĂ»re, donc c'est plutĂŽt intĂ©ressant", juge StĂ©phane Gabard, prĂ©sident du syndicat des AOC Bordeaux et Bordeaux SupĂ©rieur.
AFP
