Terrorisme

Ce qu'il faut retenir du procĂšs de Salah Abdeslam en Belgique

  • PubliĂ© le 9 fĂ©vrier 2018 Ă  14:44
  • ActualisĂ© le 9 fĂ©vrier 2018 Ă  14:51
Un croquis d'audience montre Salah Abdeslam, pendant son procÚs au Palais de Justice de Bruxelles, le 7 février 2018

Salah Abdeslam, le seul membre encore en vie des commandos jihadistes qui ont attaqué Paris en novembre 2015, a comparu pour la premiÚre fois cette semaine lors d'un procÚs sous haute sécurité à Bruxelles.


Vingt ans de prison ont été requis contre lui et son coprévenu Sofiane Ayari, dans une affaire portant uniquement sur une fusillade avec des policiers à Bruxelles en mars 2016, qui avait précipité la fin de la cavale de l'homme alors le plus recherché d'Europe. La justice belge ne rendra sa décision qu'en avril, le 29 "au plus tard", mais les deux journées d'audience ont déjà apporté plusieurs enseignements.

- Comment s'est déroulé le procÚs ? -

Soldats armĂ©s en faction, hĂ©licoptĂšre tournoyant dans le ciel, vĂ©hicules blindĂ©s: une sĂ©curitĂ© hors norme avait Ă©tĂ© mise en place dans et autour du Palais de justice. L'intĂ©rĂȘt mĂ©diatique Ă©tait Ă©norme, avec prĂšs de 300 journalistes accrĂ©ditĂ©s, en place lundi dĂšs le petit matin. Un chiffre bien supĂ©rieur Ă  la capacitĂ© de la petite salle du tribunal correctionnel oĂč ont comparu le Français d'origine marocaine et son coprĂ©venu, tout deux entourĂ©s en permanence par deux policiers belges cagoulĂ©s ne les quittant pas des yeux.
L'effervescence de la premiÚre journée est cependant retombée quand Abdeslam, emprisonné dans le nord de la France le temps du procÚs, a refusé de retourner à Bruxelles. Ce choix, ainsi que les réponses évasives d'Ayari, ont écourté le procÚs sur deux jours --lundi et jeudi-- au lieu des quatre initialement prévus.

- Qu'a-t-on appris sur Salah Abdeslam ? -

C'Ă©tait l'un des enjeux principaux de ce procĂšs. Abdeslam allait-il s'exprimer ou persister Ă  se taire ? Le prĂ©venu a finalement pris la parole mais trĂšs briĂšvement, et uniquement pour contester la lĂ©gitimitĂ© du tribunal. "Je n'ai pas peur de vous, je n'ai pas peur de vos alliĂ©s, de vos associĂ©s, je place ma confiance en Allah et c'est tout", a-t-il lancĂ©, dĂ©fiant, lors de son unique intervention lundi Ă  l'audience, oĂč il est apparu cheveux mi-longs coiffĂ©s en arriĂšre, barbe Ă©paisse et vĂȘtu d'une veste grise sur un polo blanc.
Son avocat, Sven Mary, a voulu remettre en question l'image de jihadiste déterminé renvoyée par son client. Que ce soit lors de la fusillade à Bruxelles, aprÚs les attentats de Paris ou au moment de son arrestation le 18 mars 2016, "il ne cherche pas l'affrontement", a-t-il souligné.

L'un des avocats des policiers, Me Tom Bauwens, a lui ironisé sur l'"opportunisme" du prévenu, qui "le matin fait le jihad, et l'aprÚs-midi ne fait que s'enfuir", allusion à son renoncement à comparaßtre.

- Qui est son co-prévenu, Sofiane Ayari ? -

Ce Tunisien de 24 ans s'est rendu en Syrie "fin 2014" pour rejoindre l'organisation Etat islamique (EI) afin, dit-il, de venir en aide aux populations locales. Il est ensuite venu en Europe, en septembre 2015, profitant du flux de migrants, avant d'ĂȘtre rĂ©cupĂ©rĂ© en Allemagne par Salah Abdeslam, qui l'a conduit en Belgique avec deux autres jihadistes.
Selon une note policiÚre, il souhaitait "mourir en martyr", ce dont il se défend, expliquant que son seul objectif était de retourner en Syrie.

Son ADN a Ă©tĂ© retrouvĂ© dans plusieurs planques de la cellule jihadiste, dont certaines ont servi Ă  prĂ©parer les attentats de Paris. La France le rĂ©clame d'ailleurs Ă  la Belgique pour l'inculper. Le 13 novembre 2015, jour de ces attaques, il Ă©tait Ă  Amsterdam avec un complice, Osama Krayem. Les enquĂȘteurs le soupçonnent d'avoir voulu commettre ou prĂ©parer un attentat Ă  l'aĂ©roport de Schiphol, mais il a refusĂ© lors du procĂšs de s'exprimer sur ces faits.

- Quels liens avec les attentats de Paris et Bruxelles ? -

Les enquĂȘteurs sont convaincus que la dĂ©couverte fortuite de la planque d'Abdeslam, 60 rue du Dries, dans le quartier de Forest, puis son arrestation, ont prĂ©cipitĂ© les attentats du 22 mars 2016, quelques jours plus tard, dans l'aĂ©roport et le mĂ©tro de Bruxelles (32 morts). "La fusillade de la rue du Dries s'inscrit dans un continuum entre le 13 novembre et le 22 mars", rĂ©sume Me Guillaume Lys, qui dĂ©fend des victimes des attaques bruxelloises.

L'enquĂȘte sur cette fusillade, puis le procĂšs, ont mis un peu plus en lumiĂšre l'existence d'une seule et mĂȘme cellule franco-belge liĂ©e au groupe Etat islamique.
L'appartement de Forest a, par exemple, été loué par l'un des kamikazes de Bruxelles et outre Abdeslam et Ayari, il servait de planque à Mohamed Belkaïd, tué arme à la main lors de la fusillade.

Cet AlgĂ©rien de 35 ans avait Ă©tĂ© selon les enquĂȘteurs le destinataire d'un SMS envoyĂ© par les assaillants du 13 novembre le soir des attentats: "On est parti on commence".

AFP

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