Retournement de situation

Chaos en Bulgarie, le vaccin soudain offert Ă  tous

  • PubliĂ© le 25 fĂ©vrier 2021 Ă  17:28
  • ActualisĂ© le 25 fĂ©vrier 2021 Ă  20:11
Krasimir, un homme de 46 ans, se fait injecter le vaccin anti-Covid d'AstraZeneca/Oxford à l'hÎpital Pirogov de Sofia, le 24 février 2021

Un médecin retraité de 93 ans qui vient se faire vacciner avec son arriÚre petite-fille de 21 ans: en Bulgarie, le premier pays de l'Union européenne à abandonner la stratégie des groupes prioritaires, l'immunisation est désormais proposée à tous.

A un mois des élections législatives, le gouvernement a soudainement changé de cap, faute d'avoir pu convaincre les personnes éligibles à recevoir une injection, qu'il s'agisse des professions médicales, enseignants ou travailleurs sociaux.

"Faites confiance à la science!", implorait le ministre de la Santé, Kostadin Anguelov, désespéré de voir que seuls un tiers des inscrits s'étaient présentés à leur rendez-vous. La Bulgarie, pays le plus pauvre de l'UE mais bénéficiaire de doses dans le cadre de la stratégie de précommandes menée par la Commission européenne, affiche ainsi le plus faible taux de vaccination des Vingt-Sept.

A ce jour, 168.000 Bulgares ont reçu au moins une dose, soit 2,4% de la population, à comparer à un taux de 4,2% pour l'ensemble de l'UE, selon des données compilées par l'AFP.


- 'Soulagée et heureuse' -


Qu'à cela ne tienne, l'impulsif Premier ministre Boïko Borissov a ouvert grand les portes des centres, alors qu'enfin était venu le tour des plus de 65 ans et des malades chroniques.

De longues files d'attente se sont formĂ©es le week-end dernier devant les hĂŽpitaux de Sofia, mĂȘlant jeunes et moins jeunes, personnes en pleine forme et d'autres plus vulnĂ©rables contraints de patienter des heures.

"La situation a radicalement changé. Avant, nous devions prier les gens de se faire vacciner. Maintenant, les équipes sont trÚs occupées", témoignait mercredi Sylvia Tcholakova, responsable de la polyclinique d'un des plus grands hÎpitaux de la capitale.
"Soulagée et heureuse", Denitsa Valkanova, 31 ans, arbore un grand sourire derriÚre son masque. "Des amis qui vivent à l'étranger me disent qu'ils vont devoir patienter encore des mois avant d'y avoir droit".

A ses cĂŽtĂ©s, une nonagĂ©naire est aussi ravie. "A mon Ăąge, par oĂč commencer?", rĂ©pond-elle, badine, au mĂ©decin qui lui demande ses antĂ©cĂ©dents mĂ©dicaux.
Mais jeudi dĂ©jĂ , les doses Ă©taient Ă©puisĂ©es et l'accĂšs Ă  tous a dĂ» ĂȘtre temporairement suspendu dans les grandes villes, le ministre de la SantĂ© s'indignant des retards de livraison des lots AstraZeneca/Oxford. "Nos dirigeants sont formidables: ils ont dĂ©bloquĂ© le systĂšme en provoquant un monstrueux chaos!", ironisait il y a quelques jours le journal Segan.

- 'Sérieuse défaillance' -

Le scepticisme lié aux vaccins est plus élevé en Bulgarie que partout ailleurs en Europe, sur fond de méfiance à l'égard des autorités. Environ la moitié de la population confiait ne pas vouloir franchir le pas, dans deux sondages distincts publiés la semaine derniÚre, alors que les fausses informations foisonnent depuis l'émergence de la pandémie.

"Afin de combler son retard, le gouvernement a largement ouvert les vannes, mais c'est au détriment des plus ùgés et fragiles", prioritaires dans les autres pays de l'UE, déplore l'analyste Boryana Dimitrova, de l'institut Alpha Research. Il s'agit à ses yeux d'"une sérieuse défaillance" de l'équipe au pouvoir, qui a vu sa cote de popularité chuter depuis une massive vague de protestations l'été dernier.

De fait, 15.100 Bulgares ùgés de moins de 65 ans - la majorité ayant entre 30 et 50 ans - ont profité de ce revirement de stratégie, d'aprÚs les statistiques officielles, soit plus que ceux issus de la catégorie "prioritaire" des plus vieux et malades.

La foule de ces derniers jours "n'est pas une bonne nouvelle", renchérit Parvan Simeonov, de l'institut Gallup, dénonçant une politisation de la campagne de vaccination à l'approche du scrutin du 4 avril.
AccompagnĂ© de ses ministres, BoĂŻko Borissov assiste en personne Ă  la campagne d'immunisation dans des villages reculĂ©s, oĂč sont dĂ©pĂȘchĂ©es des Ă©quipes mobiles.

Vantant "une organisation parfaite", il voit dans la rĂ©cente affluence un argument pour allĂ©ger les restrictions, parmi "les moins strictes d'Europe", malgrĂ© une hausse des contaminations en fĂ©vrier.DĂšs lundi, les restaurants et salles de jeu rouvriront, a annoncĂ© le Premier ministre mercredi, promettant mĂȘme l'ouverture des boĂźtes de nuit en avril.
 

AFP

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