Economie

Chine: la croissance économique tombe au plus bas depuis 9 ans

  • PubliĂ© le 19 octobre 2018 Ă  11:38
  • ActualisĂ© le 19 octobre 2018 Ă  11:54
Dans une usine de fabrication de chaussures Ă  Qingdao, dans le nord-est de la Chine, le 17 octobre 2018

La croissance Ă©conomique chinoise a ralenti au 3e trimestre Ă  son plus faible rythme en neuf ans, Ă  l'heure oĂč s'intensifie la guerre commerciale avec les États-Unis et oĂč les investissements stagnent, ce qui pourrait pousser PĂ©kin Ă  muscler son soutien Ă  l'activitĂ©. TĂ©moin d'une conjoncture assombrie, le produit intĂ©rieur brut (PIB) de la deuxiĂšme Ă©conomie mondiale a progressĂ© de 6,5% pour la pĂ©riode juillet-septembre, a annoncĂ© vendredi le Bureau national des statistiques (BNS).

Un chiffre conforme Ă  la prĂ©vision mĂ©diane de 12 analystes sondĂ©s par l'AFP, et qui marque un net dĂ©crochage de la croissance aprĂšs sa rĂ©sistance au premier (+6,8%) comme au deuxiĂšme trimestre (+6,7%), mĂȘme s'il reste dans les clous de l'objectif gouvernemental "d'environ 6,5%" sur l'annĂ©e.
Il s'agit du plus faible rythme de croissance trimestriel pour le géant asiatique depuis le premier trimestre 2009, lorsque la crise financiÚre avait frappé les marchés mondiaux.

Le pays "est confrontĂ© Ă  un environnement extrĂȘmement complexe Ă  l'Ă©tranger et Ă  des efforts drastiques de rĂ©formes", a reconnu le porte-parole du BNS, Mao Shengyong.
L'activité pùtit du conflit commercial exacerbé que se livrent Pékin et Washington: l'administration Trump impose depuis l'été des droits de douane punitifs visant des marchandises chinoises à hauteur de 250 milliards de dollars d'importations par an, notamment des voitures, des machines ou de l'électroménager. Or les exportations restent un moteur économique du pays.
Surtout, cette guerre douaniÚre ne fait qu'assombrir une conjoncture chinoise déjà trÚs délicate, éprouvée par les efforts de désendettement du régime.

- Industrie Ă  la peine -

Soucieux de contenir l'envolée de l'endettement chinois, le gouvernement a durci les conditions du crédit, s'attaquant à la "finance de l'ombre" non régulée et sommant les collectivités locales de restreindre dépenses publiques et investissements. De quoi pénaliser les chantiers d'infrastructures mais aussi l'immobilier -- piliers du PIB chinois -- et compliquer le financement des entreprises.

Signe du refroidissement: les investissements en capital fixe, baromÚtre des dépenses dans les infrastructures, continuent de stagner.
Ils ont certes connu un sursaut lĂ©ger et inattendu, gonflant de 5,4% sur les trois premiers trimestres de l'annĂ©e, aprĂšs une hausse de 5,3% sur la pĂ©riode janvier-aoĂ»t, mais restent proches du niveau de progression le plus faible jamais enregistrĂ©. "On peut douter que ce rebond sera suffisant pour empĂȘcher l'Ă©conomie de ralentir encore davantage sur les prochains trimestres", prĂ©venait Julian Evans-Pritchard, du cabinet Capital Economics.

D'autres chiffres publiés vendredi ne montrent aucune éclaircie: la production industrielle s'est de nouveau essoufflée en septembre, grimpant de 5,8% seulement sur un an, ralentissant davantage qu'attendu par les experts interrogés par l'agence Bloomberg (+6%). "La guerre commerciale n'a pas écorné les exportations chinoises au cours du 3e trimestre", maintenues à flot par les entreprises accélérant leurs livraisons avant les taxes américaines et profitant d'un yuan affaibli, "mais le secteur manufacturier s'est assombri" et "la tendance devrait s'aggraver au quatriÚme trimestre", observe Betty Wang, analyste de ANZ.

Seule lueur : les ventes de détail, reflet de la consommation, restent vigoureuses, avec une accélération surprise à 9,2% sur un an en septembre, contre une hausse de 9% en août, à rebours des attentes.

- 'Des inconnues' -

Minée par les tensions commerciales, la confiance des investisseurs vacille: la Bourse de Shanghai a perdu environ un tiers de sa valeur depuis ses sommets de janvier, tandis que le yuan chutait de 9% face au dollar.

Trois hauts responsables chinois, dont le gouverneur de la banque centrale, ont tenté vendredi de rassurer, jugeant les récents déboires des marchés boursiers "anormaux". Mais nombre d'analystes estiment qu'il faudra davantage que des mots pour revigorer l'économie.
"Il faut s'attendre Ă  une escalade des tensions sino-amĂ©ricaines en 2019, mais cela devrait probablement ĂȘtre attĂ©nuĂ© par des ajustements du yuan et des politiques monĂ©taires et budgĂ©taires plus actives" pour soutenir l'activitĂ©, soulignait Zhu Haibin, Ă©conomiste de JPMorgan.

La banque centrale (PBOC) a dĂ©jĂ  rĂ©duit plusieurs fois cette annĂ©e le taux de rĂ©serves obligatoires des banques, afin de leur permettre de prĂȘter davantage. "Si le marchĂ© panique un peu, cela peut plomber l'investissement, puis le commerce, c'est un cercle vicieux", s'est inquiĂ©tĂ© jeudi Lian Weicheng, Ă©conomiste du Fonds monĂ©taire international (FMI) lors d'une confĂ©rence Ă  PĂ©kin.

Mao Shengyong, porte-parole du BNS, se garde de tout optimisme : "Il reste encore beaucoup d'inconnues au sujet des frictions Chine-Etats-Unis, l'économie devrait donc rester sous pression".
 

 - © 2018 AFP

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