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Christine Lagarde: une carriĂšre exemplaire et un faux pas

  • PubliĂ© le 19 dĂ©cembre 2016 Ă  19:54
Christine Lagarde, le 14 juillet 2016, lors d'un discours au Center for Global Development, Ă  Washington

La patronne du FMI, Christine Lagarde, jugĂ©e lundi coupable de "nĂ©gligence" lorsqu'elle Ă©tait ministre française de l'Economie, a brisĂ© plusieurs plafonds de verre pour intĂ©grer le club fermĂ© des dirigeants du globe oĂč elle a rĂ©ussi Ă  imposer son autoritĂ©.


Au terme d'une ascension mĂ©tĂ©orique, cette femme posĂ©e et souriante de 60 ans a pris les commandes du Fonds monĂ©taire international en 2011 aprĂšs une longĂ©vitĂ© record Ă  la tĂȘte du ministĂšre de l'Economie française (2007-2011), deux prestigieuses fonctions jusque lĂ  invariablement occupĂ©es par des hommes.
Un CV exemplaire que vient ternir la décision de la justice française de la déclarer coupable d'une "négligence" trÚs coûteuse pour les deniers publics quand elle était ministre. Par égard pour sa "réputation internationale", Christine Lagarde a toutefois été dispensée de peine.
Le parcours de cette fille d'enseignants a des airs de revanche. Jeune avocate, elle s'Ă©tait vu refuser une embauche pour une simple raison: "ils m'ont dit +parce que vous ĂȘtes une femme+", a-t-elle racontĂ©.
Pas de quoi décourager cependant cette ancienne championne de natation synchronisée.
Fine tacticienne, toujours Ă©lĂ©gante avec ses courts cheveux argentĂ©s et ses vĂȘtements haute-couture, Christine Lagarde a su se frayer une place parmi les grands de ce monde, fidĂšle Ă  la devise du trĂšs chic lycĂ©e amĂ©ricain Holton Arms oĂč elle fut scolarisĂ©e un an prĂšs de Washington: "Inveniam viam aut faciam" ("Je vais trouver une solution ou en crĂ©er une").
Son apparition dans la vie publique ne remonte pourtant qu'à 2005. Présidente du cabinet d'avocats américain Baker & McKenzie, elle est alors débauchée par la droite française et entre au gouvernement, en charge du Commerce extérieur.
- Franc-parler -
Cette mÚre de deux fils, divorcée, prend rapidement du galon. Elle s'installe deux ans plus tard aux commandes du ministÚre de l'Economie, peu avant la crise financiÚre de 2008 et la récession planétaire.
Sa carriĂšre prend une nouvelle dimension quand elle est propulsĂ©e en juillet 2011 Ă  la tĂȘte d'un FMI traumatisĂ© par le scandale sexuel qui a emportĂ© son chef, un autre Français, Dominique Strauss-Kahn.
Offrant le visage consensuel d'une femme végétarienne, sportive et non-fumeuse, Mme Lagarde a dû convaincre les sceptiques et redorer le blason de l'institution en plaidant, dans un anglais impeccable, pour l'orthodoxie financiÚre aux quatre coins du globe, et spécialement en GrÚce.
Sur le dossier grec qui continue de la hanter, elle n'hésitera pas à froisser ses anciens partenaires européens et à parfois rompre avec les usages diplomatiques.
Son franc-parler, qui lui avait déjà joué des tours en France, sera à l'origine d'un tollé quand elle appellera les Grecs, essorés par les plans d'austérité, à payer tous "leurs impÎts" ou quand elle reprochera implicitement aux autorités de ne pas se comporter en "adultes".
C'est d'ailleurs d'AthÚnes que viendront, quelques années plus tard, les plus virulentes attaques contre l'action du FMI, accusé d'avoir une "responsabilité criminelle" dans la situation du pays.
Face aux critiques, Mme Lagarde a rĂ©cusĂ©, sans grand succĂšs, l'image d'une institution "intransigeante et inhumaine". "Le FMI est un bouc Ă©missaire bien pratique", disait-elle dĂ©but juillet Ă  l'AFP aprĂšs avoir Ă©tĂ© reconduite, pour cinq ans et avec les honneurs, Ă  la tĂȘte de l'institution.
Au fil des annĂ©es, elle a par ailleurs tentĂ© d'ouvrir le Fonds Ă  des questions qui lui sont peu familiĂšres comme le changement climatique ou les inĂ©galitĂ©s sociales, mĂȘme si le fond de sa pensĂ©e Ă©conomique reste difficile Ă  cerner.
Face Ă  la poussĂ©e de fiĂšvre protectionniste aux Etats-Unis et en Europe, cette fervente partisane du libre-Ă©change a toutefois jugĂ© rĂ©cemment que la croissance devait ĂȘtre "repensĂ©e" pour freiner la "montĂ©e des inĂ©galitĂ©s".
Si elle bénéficie de sondages flatteurs en France, Christine Lagarde n'envisage pas de retour sur la scÚne politique. "Je pense que je suis mieux faite pour ce que je fais aujourd'hui que pour le monde politique".

Par Coralie FEBVRE - © 2016 AFP
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