Pour éviter de nouveaux foyers d'infection

Comment vont fonctionner les "brigades sanitaires" anti-coronavirus?

  • PubliĂ© le 3 mai 2020 Ă  15:03
  • ActualisĂ© le 3 mai 2020 Ă  15:11
Echantillons prĂ©levĂ©s sur des personnes pouvant ĂȘtre malades du Covid-19 et en attente d'ĂȘtre analysĂ©s dans un laboratoire Ă  Levallois-Perret, prĂšs de Paris, le 22 avril 2020

A partir du 11 mai, chaque département disposera d'une "brigade sanitaire" chargée d'identifier les personnes atteintes par le coronavirus et d'éviter l'apparition de nouveaux foyers d'infection.

‱ A quoi vont ressembler ces Ă©quipes "anti-covid" et comment vont-elles travailler? Pourquoi ces brigades?

Les "brigades sanitaires", dont la crĂ©ation a Ă©tĂ© annoncĂ©e mardi par le Premier ministre, seront chargĂ©es d'enquĂȘter sur l'entourage des malades pour repĂ©rer les personnes potentiellement contaminĂ©es et les inviter Ă  se faire tester.

Il s'agira de "brigades d'anges gardiens, parce qu'elles vont venir au contact des malades et des personnes potentiellement malades, pour assurer leur propre protection", a expliqué samedi le ministre de la Santé Olivier Véran.

Le dispositif, déjà testé par certains hÎpitaux de l'AP-HP, vise à identifier le plus grand nombre possible de personnes infectées, qu'elles soient symptomatiques ou asymptomatiques. L'objectif final est de "casser" les chaßnes de contamination.

‱ Qui va y participer?

Les brigades seront composées principalement de salariés de l'Assurance maladie. Des employés de Centres communaux d'action sociale (CCAS), de conseils départementaux ou d'organismes comme la Croix-Rouge pourraient également les intégrer.

Au total, 3 Ă  4.000 personnes seront mobilisĂ©es. "Nous aurons 2.500 collaborateurs supplĂ©mentaires prĂȘts Ă  venir immĂ©diatement en renfort si nĂ©cessaire", a toutefois assurĂ© le directeur de l'Assurance maladie, Nicolas Revel, au journal Les Échos.

Les "brigades sanitaires" seront par ailleurs intĂ©grĂ©es dans un dispositif plus large, impliquant notamment le personnel de santĂ© et les services municipaux. Selon Jean-François Delfraissy, prĂ©sident du conseil scientifique, 30.000 personnes au total pourraient ĂȘtre mobilisĂ©es.

‱ Quel sera le rĂŽle des mĂ©decins?

Les gĂ©nĂ©ralistes ayant pris en charge un malade du Covid-19 devront recenser les personnes ayant Ă©tĂ© en contact avec ce patient et effectuer une premiĂšre analyse du risque de contamination. En ce sens, ils formeront "la premiĂšre ligne" du dispositif, a soulignĂ© Édouard Philippe.

Les informations recueillies seront transmises à l'Assurance maladie. Pour ce travail, les médecins recevront un forfait de 55 euros par patient, comprenant à la fois la consultation et la saisie informatique des coordonnées des membres de la cellule familiale.

Pour encourager les mĂ©decins Ă  poursuivre l'enquĂȘte au-delĂ  du cercle familial, deux euros seront versĂ©s pour chaque contact supplĂ©mentaire identifiĂ©. Ce montant sera portĂ© Ă  quatre euros quand les coordonnĂ©es permettant de les joindre seront renseignĂ©es, a prĂ©cisĂ© Nicolas Revel.

‱ Comment travailleront les brigades?

Une fois les informations sur les patients et leur entourage transmises à l'Assurance maladie, via une plateforme dédiée, les brigades seront chargées de contacter une à une les personnes recensées. Elles devront aussi identifier les autres "sujets contacts" potentiels.

Les personnes contactées recevront alors une série de consignes sanitaires et, le cas échéant, des masques et du gel hydroalcoolique. Surtout, elles seront invitées à se faire tester. En cas de test positif, une liste des personnes qu'elles auraient pu contaminer sera à son tour établie.

‱ Qu'adviendra-t-il des personnes positives?

Les personnes testées positives seront invitées à s'isoler soit chez elles (ce qui entraßnera le confinement de tout le foyer pendant 14 jours), soit dans un lieu mis à disposition, notamment des hÎtels réquisitionnés, quand la nature de leur logement rend l'isolement difficile.

Le gouvernement n'a pas retenu la mesure, un temps envisagée, de contraindre à l'isolement les personnes testées positives qui refuseraient de se soumettre à ces rÚgles sanitaires. "Nous faisons confiance à l'esprit de responsabilité des Français", a expliqué Olivier Véran.

‱ Quid de la confidentialitĂ© des donnĂ©es?

Plusieurs syndicats de médecins se sont inquiétés de l'impact de ce dispositif sur le secret médical, à l'image de la Confédération des syndicats médicaux français (CSFM), qui a mis en garde contre une "banalisation" de l'accÚs aux renseignements confidentiels.

Il faut que "la transparence soit faite sur les acteurs qui assurent la collecte de l'information" et "la durée de stockage" des informations, a jugé de son cÎté le Syndicat des médecins libéraux (SML), réclamant la signature d'une "clause de confidentialité" par les personnes recrutées.

Le gouvernement, qui a prévu de soumettre au parlement de nouvelles dispositions légales pour permettre aux "brigades sanitaires" d'avoir accÚs à ces informations médicales, se veut de son cÎté rassurant, évoquant un dispositif exceptionnel et limité dans le temps.

"Les personnels non-soignants" qui auront accĂšs aux informations mĂ©dicales "sont des collaborateurs de l'Assurance-maladie dont c'est dĂ©jĂ  la mission", a assurĂ© de son cĂŽtĂ© Nicolas Revel. "Aucune donnĂ©e mĂ©dicale sensible n'a vocation Ă  ĂȘtre partagĂ©e au-delĂ ", a-t-il promis.

AFP

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