La mort de deux personnes aux Comores samedi après une nuit de heurts entre forces de l’ordre et manifestants opposés à la hausse du prix des carburants a conduit les autorités à reculer et à annoncer l’annulation de cette mesure.
Une grève lancée par le principal syndicat de transporteurs routiers, rejoint par des syndicats de commerçants et de pêcheurs, paralysait cet archipel de l’océan Indien depuis six jours. Les syndicats dénoncent les tarifs des carburants publiés samedi par le gouvernement qui affichaient par exemple 46% de hausse pour le gazole en raison de la guerre au Moyen-Orient.
"Au nom du chef de l’Etat Azali Assoumani, j’annonce la suspension temporaire de la hausse des prix des produits pétroliers", a indiqué le ministre de l’Energie samedi. "Le chef de l’Etat qui tient à tout prix à préserver la paix a entendu votre colère", a-t-il ajouté lors d’un point presse.
Tout le gouvernement y était présent ainsi que les principales organisations ayant appelé à la grève. Le président du principal syndicat de commerçants (Synaco), Abdou Boina, a appelé les siens à "ouvrir leurs boutiques même si demain c’est dimanche".
Le ministre de l’Intérieur, Mohamed Ahamada a annoncé la mort d’un deuxième manifestant "par balle", après celui rapporté à la mi-journée par le parquet de Mutsamudu, la grande ville d’Anjouan, une des quatre principales îles de l’archipel. "Une enquête déterminera les circonstances de ce décès", a ajouté le ministre.
Le premier manifestant décédé est un jeune tué par balle dans un quartier de Mutsamudu lors d’une intervention des forces de l’ordre pour dégager une route bloquée, d’après un magistrat sous couvert d’anonymat.
- Klaxons de célébration -
Les affrontements sporadiques qui avaient également opposé plus tôt samedi des jeunes et des forces de l’ordre dans quelques localités situées non loin de la capitale Moroni, ont été suivis de scènes d’euphorie à la suite de l’annonce des autorités.
"On dirait qu’on a remporté la coupe d’Afrique", exulte un jeune homme. Le silence de la nuit est entrecoupé de coups de klaxons des automobilistes célébrant la nouvelle.
Un habitant de Mutsamudu, contacté par l’AFP, notait samedi "une relative accalmie après une nuit très agitée".
Depuis le début de la crise, plusieurs réunions entre les parties n’avaient donné aucun résultats. Elles s’étaient tenues sous l’égide du secrétaire général du gouvernement Nour El Fath Azali, fils aîné du chef de l’Etat, Azali Assoumani.
Selon la Commission nationale des droits de l’homme, 39 personnes avaient été placées en détention vendredi.
À Mitsamihuli, cité balnéaire au nord de la Grande-Comore, des manifestants scandaient plus tôt samedi "On ne va pas arrêter jusqu’à la baisse du prix des carburants", selon des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux.
Le gouvernement avait déjà consenti à un abattement douanier de 40% sur la valeur des produits de première nécessité.
La publication samedi des prix des carburants avait suscité des appels à la grève immédiats.
En plus de la très forte hausse du gazole (+46%) et de l’essence (+33%), le prix du pétrole lampant, très utilisé pour cuisiner par les habitants de cet archipel très pauvre, grimpait de plus de 28%.
Dans Moroni, capitale de quelque 100.000 habitants, il n’y avait plus aucune trace de taxi cette semaine. Les routes, d’habitude embouteillées, étaient presque désertes.
Environ 45% de la population vit en-dessous du seuil de pauvreté, soit avec un peu plus de 100 euros mensuels par habitant selon l’Institut national de la statistique.
AFP
