Au lendemain des manifestations contre le projet de loi El Khomri de réforme du droit du travail, une grande partie des quotidiens jugent jeudi que la mobilisation pour ce "premier tour de chauffe" a été en "demi-teinte".
"Avec quelques dizaines de milliers de manifestants dans le pays, elle a Ă©tĂ© en demi-teinte", juge ainsi Jean-Francis PĂ©cresse, dans les Echos. "La pression de la rue n?est pas si forte qu?elle puisse empĂȘcher l?exĂ©cutif de mener Ă bien sa rĂ©forme libĂ©rale du droit du travail", estime-t-il. "Mais, pour la gauche, le prix politique Ă payer en 2017 sera si Ă©levĂ© qu?il risque de rendre impossible ce qui n?est Ă prĂ©sent qu?improbable : la prĂ©sence de François Hollande au second tour de l?Ă©lection prĂ©sidentielle."
Dans Le Figaro, Yves Thréard n'est pas mécontent d'écrire que "Martine Aubry et ses amis frondeurs, Philippe Martinez et la CGT, le jeune William Martinet et l?Unef, n?avaient pas, hier, de quoi pavoiser", car, selon lui, "la mobilisation ne fut pas à la hauteur de leurs espoirs".
Comme Le Parisien, qui parle d'un "premier round", dans Le Midi Libre, Jean-Michel Servant évoque un "premier tour de chauffe plutÎt tiÚde (qui) n?a aucune chance, dans l?immédiat, de faire reculer le gouvernement".
"La France qui se lÚve tÎt n?a pas massivement défilé dans les rues", traduit Raymond Couraud dans L'Alsace. Comme Pierre Cavret (Ouest-France) qui écrit que "la mobilisation n?a pas crevé les plafonds".
Un point de vue radicalement diffĂ©rent dans L'HumanitĂ©, oĂč Patrick Apel-Muller se fĂ©licite notamment du fait que les "jeunes (...) ont fait d?un premier rendez-vous de mobilisation contre la loi de rĂ©gression sociale un succĂšs remarquable". Il constitue, selon lui, un "prĂ©cieux atout pour les autres temps forts qui s?annoncent les 17 et 31 mars".
- 'Génération Klenex' -
Guillaume Goubert (La Croix) met en garde ces "nouvelles générations" de ne pas "contribuer, par les manifestations du moment, à renforcer l?immobilisme" d'autant qu'"elles n?en seront pas les bénéficiaires".
Pourtant, Didier Rose (DerniÚres Nouvelles d'Alsace) évoque cette "génération Klenex" qui "se voit stagiaire à vie". Elle a "un lourd passif à solder en cette fin de mandat", estime Florence Chédotal (La Montagne Centre-France) car les nouvelles générations "ne vivront pas mieux en 2017 qu'elles ne vivaient en 2012" et "savent désormais (que) la confiance est rompue, (que) l'espoir a vécu".
Mais Bruno Dive (Sud-ouest), estime pour sa part que "les manifestations d?hier ont connu un certain succĂšs (qui) en annonce peut-ĂȘtre d?autres" et "devrait inciter le gouvernement Ă lĂącher un peu de lest".
Quoi qu'il en soit, Jean-Louis Hervois pense dans La Charente Libre que "cette journée de mobilisation renvoie l?image d?une gauche totalement fracturée". Comme le souligne dans Le Journal de la Haute-Marne, Patrice Chabanet : "l''originalité politique de ce conflit" tient au fait que "les attaques viennent surtout d'une partie de la majorité".
Par Fiachra GIBBONS - © 2016 AFP
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