Etats-Unis

Coronavirus : en apnĂ©e, Broadway craint l'asphyxie sans soutien public

  • PubliĂ© le 4 mai 2020 Ă  09:53
  • ActualisĂ© le 4 mai 2020 Ă  10:16
Le Broadway Theatre, le 7 février 2020 à New York

A l'arrĂȘt depuis le 12 mars, Broadway n'a toujours aucune visibilitĂ© sur les conditions de sa rĂ©ouverture, sans doute pas avant septembre, et craint un carnage sans une aide publique. Le soir, les nĂ©ons restent allumĂ©s, mais depuis presque deux mois, il n'y a plus personne pour faire la queue Ă  l'entrĂ©e des théùtres aux abords de Times Square Ă  New York.

Chaque semaine, ce sont 33 millions de dollars de recettes aux guichets qui s'envolent. Encore payés deux semaines aprÚs la fermeture, les professionnels ne peuvent plus aujourd'hui compter que sur les allocations chÎmage, que beaucoup n'ont toujours pas reçues, pour cause de chaos administratif. "Malheureusement, il est quasiment impossible pour un musicien de scÚne de gagner de l'argent en ce moment", regrette Clayton Craddock, batteur de l'orchestre de la comédie musicale "Ain't Too Proud".

Le cachet de base, selon plusieurs sources, est d'environ 2.000 dollars par semaine, mais peut aller sensiblement au-delà. D'aprÚs le président du syndicat des musiciens Local 802, Adam Krauthamer, plusieurs membres sont déjà morts du Covid-19. Parmi les 16 spectacles en préparation au moment de l'interruption décidée par le gouverneur de l'Etat de New York Andrew Cuomo, deux seulement ont officiellement renoncé. "Il est probable que certains ne reviennent pas, mais nous n'avons pas encore cette information", lùche Charlotte St. Martin, présidente de la Broadway League, instance de représentation du milieu.

- Distanciation impossible -

Le pronostic est d'autant plus dĂ©licat qu'hormis la certitude que rien ne se passera avant juillet au moins, Broadway n'a aucune visibilitĂ© sur sa rĂ©ouverture et beaucoup Ă©voquent dĂ©sormais septembre, au mieux. La perspective paraĂźt d'autant plus lointaine qu'une solution similaire Ă  celle envisagĂ©e par certains sports, c'est-Ă -dire jouer Ă  huis clos ou avec une jauge rĂ©duite, est d'ores et dĂ©jĂ  exclue. "Le modĂšle Ă©conomique de Broadway est tel que la distanciation sociale est impossible", avertit Charlotte St. Martin. "MĂȘme avec des salles remplies Ă  50%, un spectacle ne pourrait pas payer ses factures".

PiĂšces et comĂ©dies musicales tombent dans la catĂ©gorie des rassemblements de masse, "qui seront probablement les derniers Ă  ĂȘtre autorisĂ©s", reconnaĂźt la prĂ©sidente de la Broadway League. "Et nous n'avons aucune information sur ce que seront les conditions pour qu'ils se tiennent", dit-elle. "L'humeur gĂ©nĂ©rale parmi mes collĂšgues, quant Ă  gagner sa vie en jouant de la musique, n'a jamais Ă©tĂ© aussi sombre", relĂšve Maxim Moston, violoniste et membre de l'orchestre de la comĂ©die musicale "Moulin Rouge". "Je pense que nous avons tous un peu perdu espoir et que beaucoup envisagent d'autres carriĂšres Ă  ce stade", dit-il. Arrangeur et orchestrateur, Maxim Moston travaille actuellement sur d'autres projets.

- "La ville a besoin de Broadway" -

"Je vois cette période comme l'occasion de redémarrer", considÚre un membre de l'orchestre d'une autre comédie musicale, sous couvert d'anonymat, qui n'exclut pas une reconversion. "Si Broadway revient en septembre et que je peux me remettre à en vivre, c'est parfait", avance-t-il. "Mais je suis préparé à ce que ce soit plus compliqué".
Clayton Craddock se dit, lui, "optimiste": "Je pense que les gens vont vouloir voir de la musique sur scÚne (...) Ils sont assoiffés d'interactions, de contact direct".

Pour tenir jusqu'à la reprise, Broadway se mobilise auprÚs des élus locaux et du CongrÚs, qui travaille à de nouvelles mesures de soutien à l'économie.
"S'il n'y a pas d'argent (dans ce futur plan) pour ceux qui travaillent dans les orchestres de Broadway, nous n'allons pas y arriver", prĂ©vient Adam Krathaumer, prĂ©sident du syndicat des musiciens Local 802. "Je ne peux pas ĂȘtre plus clair".

"Economiquement, la ville a besoin de Broadway pour s'animer, pour que le tourisme, les hÎtels et les restaurants soient en meilleure santé", fait valoir Charlotte St. Martin, qui cite une étude évaluant l'impact économique de l'industrie à 14,7 milliards de dollars par an à New York. "Pour que beaucoup de spectacles continuent, nous allons avoir besoin d'une forme de soutien" financier, relÚve-t-elle.

Quand Broadway sera en mesure de rouvrir ses théùtres, se posera alors une question subsidiaire: celle de l'appétit du public. "La musique sera toujours nécessaire", estime Maxim Moston. "Mais je vois bien les gens refuser de sortir en groupes ou de visiter New York durant longtemps".
AFP

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