Symbole du guichet à l'ancienne, immortalisé en 1977 par le tube rock du groupe Téléphone puis tué par l'open space, l'Hygiaphone connaßt une nouvelle jeunesse avec la lutte contre le coronavirus, à cÎté de multiples avatars en plastique parfois conçus à la hùte.
Pharmacies, buralistes, banques, caisses des hypermarchés: tous les lieux restés ouverts ou bientÎt rouverts au public en demandent, faisant le bonheur de fabricants plus ou moins débutants.
Chez Fichet, groupe de 128 millions d'euros de chiffre d'affaires qui détient la marque déposée historique "Hygiaphone", le téléphone a commencé à sonner avant le confinement, "fin février-début mars", indique Arnaud Boulas, responsable commercial: "Il y a eu des pharmacies, quelques grosses entreprises, des administrations, des mairies, des commissariats, et on a commencé à faire du stock".
"Avec ce qui nous arrive aujourd'hui, on a de plus en plus de clients qui aprÚs le confinement souhaitent revenir sur des solutions de protection de leurs salariés à l'accueil", ajoute-t-il auprÚs de l'AFP, évoquant "un rebond exponentiel des commandes".
L'usine de Baldenheim en Alsace a aussitĂŽt augmentĂ© la cadence, puis fermĂ© trois semaines en raison de la situation sanitaire et rouvert le 20 avril. C'est lĂ que Fichet fabrique le produit brevetĂ© phare de la gamme Hygiaphone, un guichet "pass-son" Ă membrane vibrante Ă©tanche aux germes, qui amplifie le son et se fixe dans une fenĂȘtre de paiement ou une vitre.
- Créativité -
L'invention, qui n'a jamais connu la crise et mĂȘme profitĂ© ces derniĂšres annĂ©es des besoins en menuiserie de sĂ©curitĂ© face au risque terroriste, par exemple dans les ambassades, date de 1945 et d'une Ă©pidĂ©mie de grippe. Son crĂ©ateur, l'entrepreneur parisien AndrĂ© Bourlier, a eu pour premier client la SNCF, puis a Ă©quipĂ© les postes Ă partir de 1962, puis de nombreux bĂątiments, dont les guichets de la Tour Eiffel. "La culture populaire s'en est emparĂ© et la chanson du groupe TĂ©lĂ©phone, +Hygiaphone+, en 1977 incarne le cri d'une gĂ©nĂ©ration contre toutes ces administrations, de l'ANPE Ă La Poste, qui ont toutes des guichets qui se ressemblent", relate SĂ©bastien Richez, historien auprĂšs de La Poste. C'est la crise, et la jeunesse rĂ©clame son dĂ©confinement social et culturel.
A partir des annĂ©es 1990, dans un souci d'image, La Poste enverra l'Hygiaphone et son socle massif en granit rose au musĂ©e, au profit de guichets Ă Ăźlots ouverts. GrĂące Ă l'informatique et aux moindres quantitĂ©s d'argent brassĂ© en agences, la tendance sera la mĂȘme dans les banques.
Le coronavirus pourrait-il ressusciter le comptoir "bunker"? Les premiers jours de la crise sanitaire ont en tout cas entraßné un élan de créativité, certaines supérettes par exemple protégeant leur personnel aux caisses avec un paroi improvisée dans du film plastique alimentaire.
- Guerre du plexiglas -
A Toulouse, un sous-traitant d'Airbus découpe du polycarbonate et croule sous les commandes. Dans le bassin de Montbéliard, un sous-traitant de Peugeot, Courtet Polycomm, a pu rester ouvert pendant le confinement et faire travailler ses 17 salariés en vendant une "visiÚre casquette amovible" et des "vitres de protection" en plexiglas.
"On n'aurait jamais pensé qu'il y aurait autant de demandes, et c'est que le début! Le plexiglas commence à manquer", confie Stéphane Courtet.
PrÚs de Nice, le pharmacien du village de L'EscarÚne, Thibault Tchilinguirian, a référencé un prototype en plexiglas sur le Comptoir des Pharmacies, et entraßné la reconversion d'un fabricant d'éclairage voisin, Orsteel Light.
"Les 4.000 premiers modÚles se sont vendus en 30 heures. On a dû limiter pour que tout le monde en ait et puisse continuer à travailler en mode retranché", dit-il. "J'avais commencé à y penser avant le confinement. On m'a adressé à une société qui n'y croyait pas et c'est moi qui ai fait les 150.000 euros d'avance de trésorerie pour acheter du plexiglas. Maintenant un industriel a pris le relais. On est resté à prix coûtant mais le prix du plexiglas a monté... il y a une vraie guerre de l'ombre sur le plexiglas".
Et une autre guerre se profile: "Hygiaphone, comme c'est un nom connu de tous, beaucoup l'utilisent aujourd'hui à mauvais escient", observe le groupe Fichet, qui "travaille à remettre un peu d'ordre dans ces usages abusifs de la marque". N'est pas Hygiaphone qui veut: il menace d'engager des "procédures".
AFP


