Un an aprĂšs son ouverture

Coup de barre pour la Maison Gainsbourg, en redressement judiciaire

  • PubliĂ© le 4 octobre 2024 Ă  11:56
Des visiteurs devant la Maison Gainsbourg Ă  Paris, le 20 septembre 2023, jour de son ouverture ( AFP / Dimitar DILKOFF )

Factures impayées, gestion douteuse et mésentente entre associés: la Maison Gainsbourg à Paris affiche complet mais a été placée en redressement judiciaire pour cessation de paiement, à peine un an aprÚs son ouverture.

Le 20 septembre 2023, l'antre mythique de Serge Gainsbourg, au 5 bis rue de Verneuil, ouvrait ses portes au public dans le quartier de Saint-Germain-des-PrĂ©s. Un accomplissement pour sa fille Charlotte, propriĂ©taire du lieu Ă  l'intĂ©rieur conservĂ© intact, oĂč son pĂšre vĂ©cĂ»t pendant 22 ans et mourĂ»t en 1991.

Juste en face, au 14, se trouvent un musĂ©e qui retrace l’Ɠuvre de l'artiste et le Gainsbarre, piano-bar.

Soutenue par des partenaires publics et la marque de luxe Saint Laurent, plébiscitée par le public, la Maison Gainsbourg affiche complet jusqu'à la fin de l'année.

Mais derriÚre cette façade, sa situation financiÚre a déjà viré au rouge, comme l'a révélé L'Informé. En cessation de paiement depuis le 9 août, la société d'exploitation de l'hÎtel particulier de Serge Gainsbourg et de ses annexes (SEHPSGA) a demandé un placement en redressement judiciaire, acté par le tribunal de commerce de Paris le 18 septembre, soit deux jours avant de souffler sa premiÚre bougie.

En mars 2023, le tribunal avait déjà dû statuer autour d'un litige entre les deux associés du projet - 50% chacun -, à savoir Charlotte Gainsbourg et Dominique Dutreix, promoteur immobilier via sa société Coffim, condamné à une peine avec sursis dans l'affaire Elf.

- Dette d'1,5 million d'euros -

Tous deux avaient pourtant validé "un accord de partenariat", en décembre 2019, convenant que Charlotte Gainsbourg ne donnerait "aucune garantie" dans l'obtention d'emprunts bancaires pour réaliser les travaux d'aménagement et les dépenses de fonctionnement de l'hÎtel et du musée.

Le fonds de roulement de la SEHPSGA devait ĂȘtre alimentĂ© par des "comptes courants d'associĂ©s mis en place exclusivement par Dominique Dutreix", prĂ©cise l'accord, soulignant que celui-ci s'engageait Ă  demander remboursement "lorsque les sociĂ©tĂ©s seront bĂ©nĂ©ficiaires".

Mais le tribunal relÚve que dÚs 2022, des "prélÚvements litigieux" de plus de 482.000 euros sont réalisés entre M. Dutreix comme président de la Coffim et M. Dutreix gérant de la SEHPSGA, "sans la moindre notification" et contrevenant au code du commerce.

Ces opérations financiÚres non conformes conduisent à une situation critique des comptes... au passage entachés d'irrégularités car n'ayant jamais été approuvés.

La société d'exploitation n'a pas non plus bénéficié du fonds de roulement nécessaire pour lancer l'activité, qui démarre sans payer ses fournisseurs et prestataires: gardiennage, nettoyage, syndic, électricité, expert-comptable...

La liste des impayés s'accumule et l'ardoise tombe: la SEHPSGA, "malgré un endettement bancaire à hauteur de 3,5 millions d'euros, montre une dette fournisseurs de 1,6 million d'euros" environ, comptabilise le tribunal de commerce.

Lors de la procĂ©dure, M. Dutreix a contestĂ© certaines dettes, expliquĂ© ĂȘtre en capacitĂ© d'apporter de nouveaux financements bancaires et estimĂ© in fine que l'accord de partenariat manquait de clartĂ© quant aux obligations des parties. Ce document est pourtant "parfaitement clair", selon le tribunal dans son ordonnance.

Les juges ont donc condamné le 28 mars l'associé Dutreix à rembourser à la société d'exploitation un montant total d'environ 1,5 million d'euros. Soit prÚs de l'équivalent du montant des dettes à court terme, qui ont conduit à la cessation de paiements.

Quid de l'avenir de la Maison Gainsbourg, désormais gérée par une administratrice judiciaire ?

"La société est rentable mais elle a accumulé une dette ancienne liée à son démarrage et elle ne peut pas faire face à cette dette à court terme", déclare à l'AFP Me Jean Aittouares, conseil de Charlotte Gainsbourg, balayant toute hypothÚse de fermeture.

"La rĂ©volution de ce dossier, c’est quand Charlotte Gainsbourg se rend compte des sommes dĂ©tournĂ©es et que des crĂ©anciers ne sont pas payĂ©s", souligne-t-il.

Contacté par l'AFP, l'avocat de Dominique Dutreix n'a pas donné suite.

Le tribunal de commerce doit observer dans quelle mesure et par quels moyens la Maison Gainsbourg peut s'extirper de ce mauvais pas: il statuera sur le maintien de la phase d'observation, prévue pour durer six mois, lors d'une audience début novembre.

AFP

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