Saint-Denis : le service d’addictologie du CHU mise sur une prise en charge globale des patients

  • PubliĂ© le 25 juin 2026 Ă  05:15
  • ActualisĂ© le 25 juin 2026 Ă  05:16
mildeca addictologie

Ce mercredi 24 juin 2026, Nathalie Ramdjee, chargée de mission à la MILDECA (Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives), a visité le service d’addictologie du CHU de Bellepierre à Saint-Denis. L’occasion de découvrir une prise en charge globale des addictions qui y sont suivies. Si la consommation de cocaïne progresse à La Réunion, l’alcool reste la première cause d’hospitalisation dans le service. Selon le docteur David Mété, sur le territoire 10 % des Réunionnais consomment à eux seuls 69 % du volume total d’alcool vendu sur l’île. (Photos : Stephan Laï-Yu/www.imazpress.com)

Dans le service d’addictologie, presque sur le toit du CHU de Bellepierre, les soignants s’activent. Les patients participent à des ateliers, cuisine thérapeutique et diététique, sports, socio-esthétique, tout est mis en œuvre pour une prise en charge la plus globale possible des personnes qui franchissent les portes du service d'addictologie du CHU de Bellepierre.

Dans les couloirs, Géraldine Thomas a une énergie à toute épreuve. Infirmière addictologue depuis 10 ans, elle est l’une des premières voix que l’on entend avant même d’arriver dans ce service. Son métier l’emmène dans tous les services de l’hôpital : en pédiatrie auprès de jeunes âgés entre 14 et 17 ans, aux urgences ou dans le service de la maternité également. L’approche et l’écoute de Géraldine sont les premiers pas vers le service d’addictologie.

Ă€ ce poste, elle explique faire moins de gestes techniques et davantage de soins relationnels, motivationnels aussi : "Le service oĂą j'interviens le plus, c'est le service de cardiologie et aussi le service de neurologie et depuis deux ans je fais une grosse intervention maintenant au niveau des urgences".

Géraldine Thomas ajoute : "Avant je n'y allais pas beaucoup, mais c'est vrai que depuis deux ans, mon activité au niveau des urgences a beaucoup beaucoup augmenté, pour des des personnes qui viennent en demande de sevrage, qui sont en état d'ivresse, qui sont aussi avec les nouveaux produits, les urgences sont confrontées à des patients qui arrivent avec des énormes anxiétés parce qu'ils sont en descente des nouveaux produits (dont la cocaïne, les nouveaux produits de synthèse), donc je travaille beaucoup avec eux pour les orienter. Puis quand c'est possible j'aide les équipes à calmer un petit peu, on va dire, les symptômes de sevrage". Écoutez.

Autre service dans lequel Géraldine Thomas est appelée, la maternité : "Il y a aussi des mamans qui ont des troubles d'usage, et des conduites addictives. On a l'alcool avec le syndrome d'alcoolisation fœtale, et puis beaucoup de tabac, de cannabis aussi. Les sages-femmes de l'hôpital se sont formées à l'addictologie, elles peuvent aussi appréhender cette problématique des addictions, qui est souvent chez les femmes, un peu cachée. Souvent, les femmes, n'osent pas en parler. Avec les sages-femmes, je pense qu'il y a un courant qui passe un petit peu plus facilement". 

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Pour réussir à échanger sur les substances que l'on consomme ou le mal être qui les ronge, les patients sont accompagnés en créole. 

Sur une table placée dans les couloirs du service, des livres de poésie créole. Des fondkér, écrits par les patients, ont été publiés. C’est l’une des grandes fiertés du service, Plusieurs soignants témoignent de la force 

- Chaque usager réunionnais peut être accueilli, entendu et soigné dans sa langue maternelle - 

Parler créole ? Ici c’est une évidence. Le patient doit savoir que la langue n’est pas une barrière qui empêcherait l’accès aux soins, qu’il peut s’exprimer ici en créole répète t-on dans le service. 

Le service participe au concours d'écriture langkréol depuis 6 ans. Julien Coré est lui aussi soignant : "Ce qu'on veut dire aux patients c'est que ce n’est pas parce qu’ils n’arrivent pas à dire en français ce qu’ils ont sur le cœur qu’ils ne peuvent pas le dire du tout. Ils peuvent le dire en créole. Ici on est tous sentinelles du kér. Les patients sont fiers de ça, ils ont un livre avec des textes qu’ils ont écrit."

Il lance : "Kan bana i lire zot téx dovan nou, nou lé otan impresioné ke choké!"  Ce choc, est dû à la fois à la force des textes et à la violence des histoires que les patients racontent. 

Le docteur Bélall Rojoa, psychologue dans le service, insiste, cette initiative via le fonkér a permis aussi de réaliser "qu'il est important que chaque usager réunionnais soit informé qu'il peut être accueilli, entendu et soigné dans sa langue maternelle".

Il y voit plusieurs raisons, "un sentiment de sécurité pour le patient, qui est déterminant pour sa prise en charge. Cela permet de s'exprimer sans avoir le stress de la barrière de la langue et évite que le patient soit incompris, et se sente exclu".

Sur le sujet de l'usage du créole réunionnais dans les soins, le service invite à une réflexion institutionnelle qui se traduirait par la mise en place d’une charte linguistique au CHU de La Réunion semblable à celle développée par les collectivités locales.

Dans les couloirs, une représentante de la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives découvre le service et les problématiques locales liées à la prise en charge des patients. 

 Ici, on ne parle pas que de dou ou de cocaïne, la première cause de demandes de soin et de prise en charge reste l’alcoolisme, cela représente encore la moitié des lits occupés.  

- À La Réunion, 10 % des réunionnais boivent 69 % du volume total de l'alcool vendu  - 

Le docteur David Mété décrit plusieurs problématiques : il dénonce ce qu’il appelle "une alcoolisation massive de la population" qui prend son ancrage dans l’esclavage, s’est poursuivie pendant l’engagisme et perdure en 2026. Le docteur David Mété affirme que sur l'île, 10 % des réunionnais boivent 69 % du volume total de l'alcool vendu 

Lors de sa présentation, il explique : "À La Réunion, comme dans les autres DOM, il existe une fiscalité spécifique pour les rhums traditionnels, leurs dérivés et les autres spiritueux produits et vendus sur place. Ces produits sont 6 fois moins taxés que leurs homologues métropolitains. Cette fiscalité est une aberration au regard des données de santé publique locales. Elle constitue une inégalité majeure de santé".

Le docteur Mété insiste : à La Réunion tous les biens de consommation sont plus coûteux que dans l’Hexagone, mais pas l’alcool.

À Nathalie Ramdjee, chargée de mission santé à la MILDECA est la référente pour les territoires de l'Océan-Indien, il montre des affichages publicitaires, des photos de rayons de supermarchés avec, par exemple, la bouteille de 70 cl de rhum à 49 % à moins de 4 euros. Dans certaines brochures de catalogue publicitaires que le chef du service addictologie présente ce mercredi, un petit logo trône à côté des bouteilles "Je soutiens l’emploi" ou encore "Fier nout péi". 

Le docteur Mété lance : "C'est un sujet tabou ici. On accepte d’alcooliser massivement la population pour sauver 200 emplois". L’économie passe avant la santé publique, regrette-t-il encore. 

Alors qu'il faudrait, selon lui, augmenter les taxes sur l'alcool, c'est également ce que préconise l'Organisation Mondiale de La Santé. Selon le docteur Mété : "Lorsqu'on augmente les taxes de +10 %, on diminue la mortalité de -5 %"

Autre sujet de préoccupation dans le service addictologie nord, des produits alcoolisés, cette fois-ci des bières présentées comme extra fortes destinées aux plus jeunes. Des canettes roses, pour une boisson pétillante : un premier pas vers la consommation d’alcool. 

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Pour le docteure Nathalie Ramdjee, la visite est enrichissante, elle détaille : "Ce que j’ai beaucoup apprécié, c'est la multitude et la complémentarité des dispositifs dont ils disposent, à la fois l’hôpital de jour et l’hospitalisation totale, mais aussi la grande richesse des ateliers thérapeutiques. Ça se fait ailleurs, mais quelques fois c'est plus cloisonné, ici tout est au même endroit. Nous, quand on vient ici, le but c’est de soutenir les actions et de relever les besoins qu’il peut y avoir sur le territoire". 

Et des besoins, il y en a, des projets aussi.

Ici, on souhaite attirer l’attention des médecins, notamment aux urgences, sur le fait que les pathologies médicales ou psychiatriques qu'ils rencontrent puissent être induites par la consommation de substances : il faut désormais inclure cela dans la prise en charge d'un patient.

Du côté des plus jeunes, une étude montre que les adolescents âgés de 17 ans expérimentent la cocaïne à La Réunion, bien plus que les jeunes du même âge aux Antilles ou dans l'hexagone. Pour accompagner et accueillir les plus jeunes, la création d'un centre dédié aux adolescents et aux jeunes adultes est en réflexion. En tout cas, c'est un souhait des soignants.

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