Rugby

Coupe d'Europe : Clermont, alors ce mental ?

  • PubliĂ© le 12 mai 2017 Ă  17:18
Les joueurs de l'ASM Clermont, lors d'un match de Top 14 contre La Rochelle au stade Michelin, le 6 mai 2017

Chaque annĂ©e ou presque, c'est la mĂȘme rengaine: Clermont perd en finale. MalgrĂ© fatalisme, superstition et moqueries, le travail de son prĂ©parateur mental Denis Troch vers une approche positive des grands soirs pourrait enfin payer samedi (18h) contre les Saracens.

Finaliste des Coupes d'Europe 2013 et 2015, demi-finaliste 2014, finaliste du Top 14 2015, demi-finaliste 2013 et 2016, barragiste 2014... Les doigts d'une main ne suffisent pas à comptabiliser les échecs de l'ASM sur les phases finales de ces derniÚres années.

Des dĂ©sillusions en sĂ©rie qui s'inscrivent dans la longue histoire du club: 11 finales de championnat de France perdues depuis 1936 pour seulement... une gagnĂ©e, en 2010. Un "palmarĂšs" unique dans le sport français, et une Ă©tiquette de perdant qui colle Ă  la peau des joueurs, gĂ©nĂ©ration aprĂšs gĂ©nĂ©ration. "Il faut sortir de ce discours qui minimise le travail fait chaque jour au sein du club", explique Ă  l'AFP Denis Troch, Ă  l'Ă©coute du groupe clermontois depuis 2014. "En disant "ils vont perdre", on oublie mĂȘme qu'ils sont allĂ©s en finale. Comme si c'Ă©tait facile. Il est nĂ©cessaire, pour gagner, de se servir des Ă©lĂ©ments prĂ©cĂ©dents", souligne l'ancien entraĂźneur adjoint d'Artur Jorge au PSG, avec qui il fut champion de France en 1994.

- Penser 'rationnel' -

Pour rester positif Ă  l'approche d'une Ă©chĂ©ance qui peut logiquement rappeler de mauvais souvenirs, "l'idĂ©e, c'est de travailler sur le rationnel. Est-ce mĂ©ritĂ©? On travaille sur ces choses-lĂ  pour Ă©viter d'ĂȘtre touchĂ© par l'extĂ©rieur", dĂ©veloppe Troch, qui a glissĂ© vers la prĂ©paration mentale en 2009. Sa marotte ? Une "boĂźte de confiance" qu'il faut "tous les jours remplir par des Ă©lĂ©ments positifs", Ă©dicte l'ancien gardien de but. "Il faut se disperser le moins possible et se recentrer sur soi. Savoir si on a bien fait, si on a bien travaillĂ©, si on a progressĂ©."

Plusieurs joueurs ont loué le travail mené par Troch, comme Wesley Fofana ou Noa Nakaitaci, qui déclarait cet hiver, un an aprÚs la leçon reçue des Néo-Zélandais en Coupe du monde (62-13): "Il m'a aidé dans les situations comme ça. Il fait travailler les points forts, les points faibles". "Soit on revient à des problématiques toxiques qui font mal, qui blessent et ne font pas avancer, c'est-à-dire à l'obsession de gagner, ou alors on en vient à l'intention de gagner, de bien travailler, de répéter les choses, d'observer, d'analyser. Il y a une différence énorme", estime Troch, qui se rend à Clermont-Ferrand une fois par semaine.

Mais en face, samedi en finale de Coupe d'Europe, c'est l'effrayante machine à gagner des Saracens qui s'avance. "On ne peut pas faire abstraction de l'adversaire. Il y a un temps pour le faire. Plus on se rapproche de l'événement, plus on doit se concentrer sur soi, sur son équipe, sur ses performances."

- Capacité de résilience -

Troch a en tout cas le mĂ©rite d'avoir libĂ©rĂ© la parole dans un groupe qui, saison aprĂšs saison, montre une indiscutable capacitĂ© de rĂ©silience. "Ils restent fiers et debout", se fĂ©licite-t-il. "Je les trouve extrĂȘmement courageux", abonde Meriem Salmi, psychologue des sportifs de haut niveau et qui a notamment accompagnĂ© Teddy Riner, Ladji DoucourĂ©, Romain Grosjean, mais aussi Mathieu Bastareaud ou Pascal PapĂ©. "S'ils perdent, ce n'est pas parce que ce ne sont pas des combattants, c'est parce qu'ils n'ont pas pour le moment trouvĂ© les rĂ©ponses", reprend la thĂ©rapeute, qui a longtemps travaillĂ© Ă  l'Insep (Institut national du sport, de l'expertise et de la performance).

"Il y a toujours une solution. C'est le temps que l'on va mettre qu'on ne peut pas Ă©valuer", rĂ©sume Salmi. Troch, qui a Ă©galement aidĂ© Vannes Ă  se maintenir en Pro D2, estime que les Clermontois ont avec lui "créé des anticorps pour que le jour oĂč il y a quelque chose de puissant qui arrive, on puisse agir et/ou rĂ©agir". Ce fut le cas, selon lui, en demi-finales contre le Leinster, auquel Clermont a su rĂ©sister en fin de match (27-22). De quoi faire dire aux supporters clermontois: "Cette annĂ©e, c'est la bonne!"

- Un groupe clermontois reconduit -

Les XV de départ

Clermont : Spedding - Strettle, Rougerie, Lamerat, Abendanon - (o) Lopez, (m) Parra - Yato, Lee, Chouly (cap.) - Vahaamahina, Iturria - Zirakashvili, Kayser, Chaume
Saracens: Al. Goode - Ashton, Bosch, Barritt (cap), Wyles - (o) Farrell, (m) Wigglesworth - Wray, B. Vunipola, Rhodes - Kruis, Itoje - Koch, George, M. Vunipola

Remplaçants - Clermont: Ulugia, Falgoux, Jarvis, Jedrasiak, Lapandry, Radosavljevic, P. Fernandez, Penaud
Saracens: Brits, Lamositele, P. Du Plessis, Hamilton, Burger, Spencer, Lozowski, D. Taylor
Arbitre: Nigel Owens (WAL)
 

AFP

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