Carnage

CrimĂ©e : le tueur voulait se venger des "humiliations" de ses camarades

  • PubliĂ© le 18 octobre 2018 Ă  17:48
  • ActualisĂ© le 18 octobre 2018 Ă  18:13
Deux jeunes femmes participent Ă  une messe en hommage aux victimes de la tuerie de Kertch,  le 18 octobre 2018

L'ex-petite amie du tueur du lycée de Kertch en Crimée, qui a tué 20 personnes avant de se suicider, a dressé jeudi le portrait d'un jeune homme voulant se venger des "humiliations" de ses camarades, Vladimir Poutine préférant de son cÎté blùmer la "mondialisation".

Selon M. Poutine, cette tragédie est "le résultat de mondialisation" et des "réseaux sociaux et internet", qui ont selon lui permis l'importation en Russie du phénomÚne des tueries de masse à partir des Etats-Unis.

"Nous ne créons pas le bon contenu pour les jeunes. Cela mÚne à des tragédies dans ce genre", a-t-il déclaré jeudi, alors que les autorités russes ont renforcé ces derniÚres années leur tour de vis sur l'internet.
Ces dĂ©clarations interviennent au moment oĂč les enquĂȘteurs russes tentent de comprendre ce qui a poussĂ© Vladislav Rosliakov, 18 ans, Ă  commettre la pire tuerie en milieu scolaire de l'histoire de la Russie, que la presse a qualifiĂ©e de "Columbine russe".

Son ex-petite amie, interrogée par la chaßne de télévision RT, a expliqué sous couvert d'anonymat que le jeune homme racontait "ne plus faire confiance aux gens depuis que des personnes dans sa classe avaient commencé à l'humilier parce qu'il n'était pas comme les autres".
"Vladislav me disait tout le temps qu'il se disputait souvent avec son entourage", a-t-elle dit, affirmant qu'il "ne voulait plus vivre" et entendait se venger des humiliations subies.
"Lorsque nous étions ensemble, tout allait bien. Il était gentil et sensible. Il m'aidait lorsque ça n'allait pas", a ajouté la jeune fille.
Selon elle, Vladislav Rosliakov était passionné de tir et "aimait différent type d'armes".

"Passion pour les armes"

Selon le quotidien Kommersant, le jeune homme a "grandi dans une famille assez pauvre" : son pÚre, handicapé, ne vivait pas avec sa mÚre, qui travaille dans une clinique médicale et est membre des Témoins de Jéhovah, une organisation considérée comme "extrémiste" et interdite en Russie.
Plusieurs médias ont fait le rapprochement avec la tuerie dans un lycée aux Etats-Unis qui avait fait 13 morts en 1999, tandis que des photos présumées du tueur de Kertch diffusées mercredi sur internet le montrent portant une tenue similaire à celle d'Eric Harris, l'un des deux auteurs du massacre de Columbine.
Selon les enquĂȘteurs, le tueur, qui Ă©tait armĂ© d'un fusil et avait apportĂ© avec lui deux bombes artisanales, fabriquait chez lui des engins explosifs et s'en vantait auprĂšs de son entourage.
"DĂšs l'enfance, il avait une passion pour les armes et le tir. Il y a mĂȘme eu un incident une fois quand il m'a tirĂ© dans le pied", a racontĂ© Ă  RT l'une de ses voisines.
Le mobile de cette tuerie est pour le moment inconnu. Selon le dirigeant de la Crimée, Sergueï Aksionov, l'assaillant, qui recevait une bourse pour ses études, n'avait jamais fait preuve d'agressivité dans son établissement scolaire.
Le corps du jeune homme a Ă©tĂ© dĂ©couvert dans la bibliothĂšque du lycĂ©e, oĂč il s'est donnĂ© la mort, ont annoncĂ© les autoritĂ©s. Il avait obtenu lĂ©galement un permis de port d'arme en passant avec succĂšs tous les tests psychologiques, d'aprĂšs une source des services de sĂ©curitĂ© citĂ©e par l'agence de presse RIA Novosti.

"Tendance dangereuse"

Selon M. Aksionov, le tueur pourrait "ne pas avoir agi seul". "Un tel Ă©vĂ©nement prĂ©parĂ© Ă  l'avance, Ă  mon avis et de l'avis de mes collĂšgues, ne pouvait ĂȘtre rĂ©alisĂ© en solitaire", a-t-il dĂ©clarĂ©.
Le dernier bilan du massacre diffusé par les autorités fait état de 20 morts, dont neuf mineurs, et d'une quarantaine de blessés, en majorité des élÚves de ce lycée de Kertch, qui accueille des adolescents suivant des cursus techniques.

Des soldats de la Garde nationale ont Ă©tĂ© dĂ©ployĂ©s dans tous les Ă©tablissements scolaires de la pĂ©ninsule, annexĂ©e par la Russie en 2014, oĂč un deuil de trois jours a Ă©tĂ© dĂ©crĂ©tĂ©.

Alors que certaines voix se sont élevées en Russie pour appeler à durcir la législation sur le port d'arme, le porte-parole du Kremlin a souligné que des "décisions impulsives" étaient à éviter, disant vouloir privilégier "une approche sérieuse et systémique" du problÚme des tueries dans les écoles.
"C'est une tendance trĂšs dangereuse qui demande une analyse profonde. Il faudra prendre des mesures pour minimiser ou exclure totalement de tels risques Ă  l'avenir", a poursuivi Dmitri Peskov.
"Personne ne peut garantir que cela ne se reproduira plus", relÚve pour sa part le journal Izvestia, relevant qu'"il n'existe toujours pas en Russie de service de psychologie de qualité en milieu scolaire, ni de systÚme de centres d'aide aux familles en cas de crise ou d'organisme fédéral chargé de la sécurité des établissements scolaires".

AFP

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