60 gendarmes étaient mobilisés

Dans la manifestation parisienne, avec les gendarmes mobiles au coeur de la tactique "anti-casseurs"

  • PubliĂ© le 13 dĂ©cembre 2020 Ă  18:48
  • ActualisĂ© le 13 dĂ©cembre 2020 Ă  19:31
Des gendarmes mobiles en position entre les CRS et les manifestants anti-proposition de loi Sécurité globale, le 12 décembre 2020 à Paris

Sous la bruine qui mouille la place du ChĂątelet, le briefing est studieux ce samedi midi pour les 60 gendarmes mobiles du capitaine Adrien.

Autour d'eux, les manifestants commencent à affluer pour le départ d'une nouvelle journée de mobilisation contre la loi Sécurité globale. Son escadron a été dérouté la veille pour venir encadrer le défilé prévu dans la capitale. Pour cette unité basée en Picardie, c'est la deuxiÚme fois ce mois-ci. Dans le véhicule de commandement, une équipe bien rodée. Le capitaine, 31 ans, et son pilote Kamel d'abord. Puis le transmetteur "Nounours", derriÚre l'ordinateur, un écran branché sur BFMTV, chargé de noter chaque ordre, déplacement, interpellation ou manoeuvre de l'escadron. Et il y a enfin "Spagget", qui reçoit dans son casque et partage en direct toutes les informations de la salle des opérations de la préfecture de police (PP), qui dirige la manoeuvre des forces de l'ordre.

Ce samedi, la tactique "anti-casseurs" retenue par la PP est claire: empĂȘcher toute formation des "blocs", ces petits groupes trĂšs mobiles qui, les deux derniĂšres semaines, se sont greffĂ©s sur le cortĂšge pour dĂ©truire des commerces et en dĂ©coudre avec les forces de l'ordre. Il s'agit donc pour l'escadron de filtrer et fouiller un maximum de manifestants dĂšs le point de dĂ©part. "On va s'intĂ©resser aux jeunes, Ă  ceux vĂȘtus de noir, mĂȘme si on sait maintenant qu'ils peuvent se changer en cours de manifestation, ainsi qu'aux Ă©quipements, casques, lunettes de protection, armes et projectiles", explique le capitaine Adrien. En cas de doute, l'identitĂ© du manifestant sera vĂ©rifiĂ©e, via une tablette numĂ©rique, dans le "fichier central".

- Pas de lacrymo -

Dehors, les slogans anti-police se déchaßnent dans les haut-parleurs. L'officier laisse glisser. "On est conscient que les gens sont à bout (...), qu'il peut y avoir des dérives. J'ai plus souvent des gens qui nous remercient que de gens qui montrent de l'hostilité. La haine anti-flic, c'est une minorité qui se fait entendre."
C'est l'heure de quitter le camion. "Un drapeau qui peut servir de point de ralliement à un bloc a été identifié", souffle le transmetteur. Son unité a pour mission d'appuyer les policiers de la BRAV (brigade de répression de l'action violente), chargés d'exfiltrer tout manifestant à l'attitude jugée "hostile".
"Casquez-vous!" En une fraction de seconde, deux colonnes de gendarmes mutiques se forment, prĂȘtes Ă  intervenir.

Un nouvel ordre tombe. Aujourd'hui, pas de gaz lacrymogÚne. "Il faut garder une visibilité totale" pour permettre cette stratégie de "bonds défensifs" dans la foule. La manifestation n'a pas encore bougé, et déjà 47 interpellations. En fin de journée, leur nombre avoisinera les 150. Le cortÚge s'ébranle enfin. Toutes sirÚnes hurlantes, les véhicules se repositionnent 500 mÚtres plus loin en appui de la "nasse mobile", ce déploiement des forces de l'ordre en forme de U devant et sur les cÎtés du cortÚge. La hantise des forces de l'ordre, "c'est que la manifestation se distende", explique le capitaine. "Si elle s'étend, les éléments hostiles peuvent profiter d'un étalement des forces de l'ordre pour créer des blocs".

- Pause "Whisky Charlie" -

L'omniprĂ©sence, spĂ©cialement ce samedi, des policiers et des gendarmes, mĂȘme s'ils ne sont pas "au contact", risque Ă  tout moment de dĂ©clencher des affrontements. Pour l'officier, c'est le moment de rappeler un principe-clĂ©: "montrer la force pour ne pas avoir Ă  l'utiliser". Sur le terrain, il veille Ă  l'image du dĂ©ploiement de ses hommes. Surtout pas de mur "qui peut attirer les curieux ou les hostiles et crĂ©er un point de crispation". Le capitaine vĂ©rifie aussi leur attitude et s'efforce de masquer tout signe de fĂ©brilitĂ©. Ils sont rares, s'empresse-t-il d'ajouter, "grĂące Ă  la discipline militaire et une formation en groupe, qui permet de bien se connaĂźtre, de bien maĂźtriser ses Ă©motions, qui permet d'Ă©viter tout geste malheureux qui peut provoquer chez l'adversaire une rĂ©action non dĂ©sirĂ©e".

AprĂšs une rapide pause "Whisky Charlie" dans une pharmacie qui a bien voulu prĂȘter ses toilettes aux gendarmes, retour au camion et direction place de la RĂ©publique, point d'arrivĂ©e du cortĂšge. Pour le capitaine Adrien, c'est sans doute le moment le plus "sensible de la journĂ©e". Il faut y faire le tri entre "bons et mauvais manifestants, Ă  savoir ceux qui ne veulent pas rĂ©pondre aux sommations de dispersion". Ce samedi, son escadron est stationnĂ© hors de la place de la RĂ©publique en "deuxiĂšme rideau", loin de l'action. "On est beaucoup utilisĂ©s en dĂ©fensif alors qu'on est trĂšs habituĂ©s Ă  la mobilitĂ©, Ă  la man?uvre", regrette le capitaine. D'autres unitĂ©s que la sienne se sont chargĂ©es de reprendre la place aux manifestants, sans incident majeur Ă  signaler.

AFP

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