"DÚs que vous voyez du jaunissement : clac !", les tuyaux d'eau s'enfoncent au pied des ceps. Au Chùteau Picque Caillou, prÚs de Bordeaux, les jeunes vignes mal en point sont arrosées depuis juillet, une pratique proscrite en viticulture sauf, sur dérogation, en cas d'intense sécheresse.
Dans les allées de ce vignoble de Mérignac (Gironde), cultivé sous l'AOC Pessac-Léognan, deux ouvriers viticoles à la peau roussie par le soleil s'affairent, un tuyau d'arrosage à la main.
Ils ferment la marche d'un tracteur vert, généralement destiné à l'épandage de traitements mais qui, depuis mi-juillet, occupe une toute autre fonction : celle de transporter de l'eau.
En début de matinée, dans des nuages de fumée dégagés par une terre sÚche et sablonneuse, le thermomÚtre frÎle déjà les 30 degrés au Chùteau Picque Caillou.
"Nous irriguons chaque matin, de 6h30 à midi", indique Paulin Calvet, propriétaire du domaine et président de la commission technique de l'appellation. Chaque pied de vigne reçoit un volume de cinq litres d'eau, via un tuyau relié à la citerne et enfoncé au plus prÚs des racines.
La dérogation exige que l'eau ne provienne pas du réseau, mais par chance, un puits en activité est situé à quelques centaines de mÚtres des parcelles. Sur les 25 hectares de vignoble, prÚs de 10% seront irrigués cet été pour limiter les effets de la sécheresse actuelle : les jeunes vignes "ùgées de trois à huit ans", précise Paulin Calvet, fragiles de par leurs racines trop courtes pour absorber l'humidité en profondeur.
Selon Météo France, l'Hexagone n'avait pas connu un mois de juillet aussi sec depuis 1959. "Zéro millimÚtre de précipitations, ça fait peur", déplore le viticulteur.
D'autant que la Gironde a cruellement manqué d'eau les saisons passées, laissant à l'été des sols desséchés en profondeur. Feuilles flétries, jaunies, brunies voire brûlées... bien que la vigne se plaise en climat aride, sur sol graveleux et pauvre en eau, elle ne peut supporter une trop forte déshydratation.
- "Chacun se débrouille" -
"Autour du 10 juillet, on a vu apparaßtre les premiers signes de sécheresse", explique M. Calvet. "On commençait vraiment à s'inquiéter, alors on a fait venir un agent de l'INAO".
En viticulture, l'irrigation est proscrite chaque année, du 1er mai jusqu'aux vendanges. Une dizaine d'appellations girondines peuvent toutefois demander une dérogation auprÚs de l'Institut national de l'origine et de la qualité (INAO), dÚs lors qu'un stress hydrique est "susceptible de remettre en cause la qualité de la production viticole", selon le code rural.
Cet Ă©tĂ©, alors que s'enchaĂźnent les pĂ©riodes de canicule en Gironde, ravagĂ©e en juillet par des feux de forĂȘt monstres, trois ont obtenu l'autorisation d'irriguer pour tenter de prĂ©server les vignes menacĂ©es : celles de Pessac-LĂ©ognan, Pomerol et Saint-Emilion.
Mais l'irrigation doit se faire avec parcimonie, uniquement sur les ceps dont la survie en dĂ©pend. "ArrĂȘtez l'eau !", lance M. Calvet Ă ses ouvriers. "Ici, les pieds sont vigoureux, cela n'a aucun intĂ©rĂȘt". Sur les autres ceps, il a fallu "Ă©claircir les grappes pour leur permettre de mieux supporter la rĂ©colte".
Du cÎté de Saint-Emilion, "chacun se débrouille", confie le président du Conseil des vins de l'AOC Jean-François Galhaud, car "personne n'est encore vraiment équipé pour l'irrigation".
Peu de dérogations ont pour l'heure été demandées mais à terme, si la sécheresse perdure, "c'est sûr qu'il faudra compenser", "encore faudra-t-il que les réserves d'eau soient suffisantes", ajoute M. Galhaud.
La profession, qui a subi ces derniers mois du gel et de la grĂȘle, et maintenant la sĂ©cheresse, espĂšre maintenant "deux ou trois orages ces prochaines semaines" qui promettront, assure l'interprofession des vins bordelais (CIVB), "un joli millĂ©sime".
AFP




