"De toute façon, ça ne dure que cinq ans"

Dans le Nord, le FN en campagne pour le 2e tour, "trĂšs loin de la haine de 2002"

  • PubliĂ© le 29 avril 2017 Ă  12:24
Des partisans de Marine Le Pen distribuent des tracts, le 28 avril 2017 Ă  Caudry

"En 2002, on se faisait courser, aujourd'hui, on nous réclame des tracts!", lance fiÚrement Charles Delhaye, militant frontiste depuis plus de 30 ans.

A Caudry (Nord), le Front national fait campagne pour le second tour de la présidentielle, "trÚs loin de la haine anti-FN" de 2002.
Drapeaux et écharpes bleu-blanc-rouge, badges "Marine présidente", une petite dizaine de militants frontistes tractent tout sourire sur le marché, face à la mairie tenue depuis 1995 par un maire DVD, Guy Bricout.

Dans cette ville de quelque 15.000 habitants, surnommĂ©e citĂ© de la dentelle, Marine Le Pen est arrivĂ©e en tĂȘte dimanche avec 35,77% des voix, devant Jean-Luc MĂ©lenchon (19,53%) et Emmanuel Macron (17,13%). En 2012, François Hollande avait virĂ© en pole position avec 32,55% des voix.

Au second tour de la présidentielle de 2002, lors du duel Le Pen-Chirac, "il y eut un déchaßnement de haine phénoménal, il fallait parfois recoller sept fois nos affiches dans la journée, nous étions considérés comme des sales fachos; maintenant, 90% du temps, on a un bon accueil", affirme Charles Delhaye, militaire à la retraite, sous la pluie.

"Allez les amis, faut y croire !", lance aux militants Philippe, producteur de fraises. "Je suis un convaincu. Il ne faut pas nous prendre pour des racistes. Ce qui me plaßt, c'est le discours sur la sécurité, l'immigration et contre l'islamisme, par contre, j'ai toujours été profondément européen, mais juste l'Europe, pas l'autre cÎté de la méditerranée !", dit-il, tout en servant ses clients. "On n'est pas contre l'Europe, pas question de fermer les frontiÚres, on nous caricature", réplique Mélanie Disdier, élue d'opposition à la mairie.

"Au fil des annĂ©es, nous sommes de plus en plus Ă©coutĂ©s. Quand j'ai commencĂ© Ă  militer en 1996, on nous lançait les tracts Ă  la figure, maintenant, il n'y en a plus aucun Ă  terre", se fĂ©licite cette "petite-fille d'industriel textile" nĂ©e Ă  Caudry. "Cette annĂ©e, je pense mĂȘme qu'on a moins souffert que les socialistes et les fillonistes !", glisse-t-elle.

- 'Ca ne dure que cinq ans' -

Voici Evelyne, 71 ans, retraitée, panier au bras: "avant, je votais communiste, mais cette année, je vote Front national pour que ça change, on a essayé la gauche, la droite, la demi-droite, mais jamais le FN. On peut essayer, de toute façon ça ne dure que cinq ans !".

La raison de la montĂ©e du vote FN Ă  Caudry ? "Les difficultĂ©s sociales des gens qui ont vu les usines textiles fermer les unes aprĂšs les autres, et mĂȘme si on est dans un milieu rural, avec peu d'immigration, les villages voient ce qui se passe dans les grandes villes et votent FN pour se prĂ©server", d'aprĂšs Mme Disdier, pour qui il ne s'agit pas d'un vote "contestataire", mais "d'adhĂ©sion".
Vendredi matin, en deux heures, les militants rencontrent de fait peu d'hostilité, à de rares exceptions.

La supposĂ©e "+fille du peuple+, sort d'un chĂąteau avec une cuillĂšre d'argent dans la bouche ! Je ne voterai jamais pour le FN, je prĂ©fĂšre me faire couper la tĂȘte !", lĂąche Raymond Pigois, "Ă©lecteur de gauche", en tapant sa canne par terre. "Les aigris, il y en a toujours", balaie un militant.

"Vous jouez sur les peurs, vous transpirez la haine !", lance encore Sophie Desreumaux, Ă©lue d'opposition PS Ă  la mairie, provoquant une vive altercation entre les deux partis en plein milieu du marchĂ©. "Avec vos 6% (Hamon a obtenu 6,36% des voix au premier tour) vous avez raison d'ĂȘtre en colĂšre", rĂ©pond avec sarcasme un militant frontiste. "Vous ĂȘtes un microbe qu'il faut Ă©craser", renchĂ©rit un autre, avant de quitter les lieux, avec les autres militants.
 

AFP

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