Pollution

Dans les Cornouailles, l'invasion silencieuse des microbilles de plastique

  • PubliĂ© le 9 avril 2023 Ă  09:45
  • ActualisĂ© le 9 avril 2023 Ă  10:02
Des bénévoles nettoient la plage à la recherche de microplastiques, le 26 février 2023 à Tregantle, dans la baie de Whitesand, au sud-ouest de l'Angleterre

Il est 14h en ce dimanche printanier, le soleil illumine la baie de Whitsand dans les Cornouailles.

En contrebas des falaises, la plage spectaculaire de Tregantle. La lumiĂšre Ă©blouissante rappelle un tableau de Turner: mer, ciel, soleil, tout se mĂ©lange dans ce cadre Ă  l’apparence paradisiaque.

"C'est beau hein ? Mais regarde sous tes pieds", lùche Rob Arnold, 65 ans, militant écologiste, ingénieur et artiste engagé. Il s'accroupit et extrait du sable de minuscules billes de plastique, des "nurdles", parfois surnommées "larmes de sirÚne".

Le plus souvent transparentes, de la taille d'une lentille, ces microbilles servent en principe Ă  fabriquer des objets en plastique.
Mais comme le pĂ©trole brut, elles s’échappent facilement lors de leur transport et manipulation, et sont des polluants persistants, absorbant par ailleurs d'autres polluants.

Quelque 11,5 trillions de nurdles finissent dans l'océan chaque année, selon l'association britannique Fauna & Flora. Une fois dans la nature, elles circulent dans les courants océaniques et s'échouent souvent sur les plages et autres rivages.

"A cause de leur taille et de leur forme, les oiseaux et autres crĂ©atures maritimes les confondent avec des Ɠufs de poissons et les mangent. Si un animal qui a ingĂ©rĂ© des nurdles est Ă  son tour mangĂ© par une autre, c’est toute la chaĂźne alimentaire qui est affectĂ©e", explique Rob Arnold.

Ce jour-lĂ , une dizaine de personnes participent au nettoyage de la plage, dont Rob et la machine spĂ©ciale qu'il a inventĂ©e, composĂ©e d’une grosse bassine en plastique, d’une grande grille et d’un systĂšme de tube.

"Elle sĂ©pare les dĂ©chets plastiques des dĂ©chets naturels et du sable grĂące Ă  un systĂšme de filtrage et de flottaison d’eau", explique Ă  l'AFP l'ancien ingĂ©nieur au regard espiĂšgle, qui utilise ensuite les nurdles et autres microplastiques pour rĂ©aliser des Ɠuvres d'art.

Jed Louis, 58 ans, pull Ă  capuche kaki floquĂ© du nom de l’association locale de nettoyage des plages, observe la scĂšne.

"Cette plage est particuliĂšrement polluĂ©e Ă  cause de sa situation gĂ©ographique, des courants et de sa forme trĂšs ouverte sur la mer", explique-t-il. "C'est Ă  l'automne et en hiver, Ă  cause de la mĂ©tĂ©o, qu'on trouve le plus de microplastiques sur les plages: tempĂȘtes, orages et vents les font remonter Ă  la surface. Malheureusement le plastique reste, il ne disparaĂźt pas".

- archéologie -

Pour Claire Wallerstein, 53 ans, "parfois, c’est un peu comme faire de l’archĂ©ologie. Si on creuse le sable, on va trouver diffĂ©rentes strates de plastique".

Une partie de ces microbilles est donnée à Rob Arnold pour ses créations artistiques. Une autre est utilisée pour faire de la sensibilisation dans les écoles.

Mais le reste, impossible Ă  recycler, finit Ă  la poubelle et est incinĂ©rĂ©. "Ainsi le plastique et ses produits chimiques se retrouvent dans l’air", dĂ©plore Claire.

Au bout de trois heures, les volontaires n'auront nettoyé que quelques mÚtres carrés de la plage de Tregantle, qui en fait des centaines.
Rob Arnold regarde son butin : une grande bĂąche de plusieurs mĂštres remplie de nurdles et autres microplastiques.
Une fois sĂ©chĂ©s et retriĂ©s il pourra les ajouter aux 20 millions de nurdles qu’il a collectĂ©s en six ans, et qu'il stocke dans le garage d’un ami.

- L’art pour dĂ©noncer-

De ces nurdles, Rob Arnold fait des Ɠuvres d’art. Avec prĂšs d’un million de nurdles et petits bouts de plastique collectĂ©s sur la plage, il a notamment créé une sculpture de plus d’1m70, semblable aux statues moaĂŻ de l'Ăźle de PĂąques, au passĂ© mystĂ©rieux.

Elle est exposée au Musée maritime national de Cornouailles à Falmouth sous le titre "Une leçon d'histoire".

"C’est une mĂ©taphore de ce que nous sommes en train de faire Ă  notre planĂšte terre. Nous la polluons, utilisons toutes ses ressources. Si nous la dĂ©truisons, nous n’aurons nulle part oĂč aller", dit-il.

Pour sa prochaine crĂ©ation, il voudrait rĂ©aliser en nurdles une mĂ©tĂ©orite qui se dirige sur la terre "comme un clin d’Ɠil Ă  la mĂ©tĂ©orite ayant provoquĂ© l’extinction des dinosaures, car (...) c'est exactement ce que nous sommes en train de faire. Telle la mĂ©tĂ©orite, on dĂ©truit notre planĂšte".

AprĂšs le nettoyage de la plage, alors qu’il range ses sacs, il semble dĂ©sillusionnĂ©.
"Parfois je pense Ă  jeter tous mes sacs de nurdles dans la riviĂšre depuis un pont. Ce serait tellement choquant que, peut-ĂȘtre, enfin, les gens rĂ©aliseraient".

AFP

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