L'approche de la machine est difficile, mais en quelques minutes, une fois convaincu de monter dessus, Antonio se détend: polyhandicapé, il va, pendant une petite heure, pouvoir se promener dans les Vosges grùce aux accompagnateurs qui le poussent sur un fauteuil de randonnée.
Avec trois autres patients d'un institut suisse, il est venu passer trois jours au Refuge du SotrĂ©, posĂ© sur la route des crĂȘtes, entre les Vosges lorraines et alsaciennes. L'une des deux seules structures de loisirs sportifs labellisĂ©es par la fĂ©dĂ©ration française de Handisport de France.
En ce mercredi matin de la fin du mois de juillet, ils montent, par groupes de deux, sur des joelettes, sortes de fauteuils à une roue, et à deux "porteurs": l'un tire, l'autre pousse et assure la stabilité de l'équipage.
En un peu moins d'une heure, la petite équipe fait le tour du lac de Blanchemer, sous une bruine persistante mais sans se départir d'un sourire. Que ce soit celui des portés qui, aprÚs l'appréhension, rient à gorge déployée quand on passe dans les sous-bois, la joelette en mode tout terrain. Ou celui des accompagnateurs.
Tous formés à l'accueil d'un public handicapé, les moniteurs savent qu'ils offrent des instants de liberté, un pas de cÎté par rapport à la vie de tous les jours.
"Nous, on est là pour le bon cÎté. Les soignants qui, toute la journée, alternent les soins et l'accompagnement, c'est bien plus dur", explique Yannick Holtzer, moniteur, et chargé de la communication du refuge.
C'est le cas de Debbie, 23 ans, qui accompagne le groupe suisse. Pour elle, sans aucun doute, ce genre d'excursion fait du bien Ă tout le monde.
"Ils sont plus détendus. C'est simple: quand on prend les valises, tout change. Antonio, par exemple", qui ne parle pas du tout, "dÚs qu'on lui a montré une valise, il est allé chercher celles de tous les autres".
Le retour, du coup, est souvent difficile. "Il faut reprendre le rythme, se lever, mais pas forcément pour aller faire des activités", explique la jeune femme.
- 'Pur bonheur' -
Le refuge, tout en bois, et dont la vue - quand elle n'est pas obscurcie par le brouillard qui tend à s'accrocher au sommet - offre montagnes et lacs, accueille 6.000 nuitées par an.
Un peu moins de 50% de personnes handicapées sont accueillies, comme le stipulent les statuts de l'association qui gÚre le refuge.
Chaque piÚce est entiÚrement adaptée: portes larges, salle médicalisée, espaces accessibles à tous... le Refuge du Sotré permet à tout le monde de venir. Les groupes n'ont rien besoin d'apporter, ce qui permet de vraies vacances, souligne Yannick Holtzer.
"On offre des vacances, normales, comme tout le monde a le droit d'en avoir", dit le moniteur.
L'adaptabilité totale de l'endroit permet non seulement aux groupes, mais aussi aux familles, de venir, n'emportant que le minimum avec elles. Sur place, tout est fait pour l'accueil des handicapés.
C'est le cas de Patrick Vaucourt, venu en famille profiter des Vosges, aprÚs une tentative ratée cet hiver - car le refuge offre aussi beaucoup de sorties en ski.
"Il y a beaucoup d'endroits oĂč, avec le fauteuil Ă©lectrique, je ne pouvais pas aller", explique-t-il, bien calĂ© sur sa joelette.
"LĂ , ça m'a permis un peu de revivre ma passion. Faire du chemin de forĂȘt, c'est quand mĂȘme autre chose que de faire du macadam et compagnie. C'Ă©tait un pur bonheur !".
Par HélÚne COLLIOPOULOU - © 2017 AFP


