Commerce international

Dans un "message" Ă  Trump, UE et Japon signent un vaste accord commercial

  • PubliĂ© le 17 juillet 2018 Ă  15:42
  • ActualisĂ© le 17 juillet 2018 Ă  15:50
Le Premier ministre japonais Shinzo Abe (C), le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker (G) et le président du Conseil européen Donald Tusk (D) tout sourires aprÚs la signature d'un accord de libre-échange, à Tokyo le 17 juillet 2018

L'Union europĂ©enne et le Japon ont signĂ© mardi Ă  Tokyo un vaste accord de libre-Ă©change qui se veut un "message fort contre le protectionnisme" de Donald Trump. "Nous cĂ©lĂ©brons la signature d'un accord commercial extrĂȘmement ambitieux entre deux des plus grandes Ă©conomies du monde", ont dĂ©clarĂ© le Premier ministre japonais Shinzo Abe, le chef de la Commission europĂ©enne Jean-Claude Juncker et le prĂ©sident du Conseil europĂ©en Donald Tusk dans un communiquĂ©, en saluant un "jour historique".

Lors d'une confĂ©rence de presse commune, sans jamais mentionner le nom de M. Trump, les trois dirigeants ont longuement insistĂ© sur leur rĂŽle de porte-drapeau du libre-Ă©change au moment oĂč le prĂ©sident amĂ©ricain fait planer la menace d'une guerre commerciale. "La signature de cet accord de partenariat Ă©conomique montre au monde la volontĂ© politique inĂ©branlable du Japon et de l'Union europĂ©enne de se faire les champions du libre-Ă©change et de guider le monde dans cette direction alors que s'est rĂ©pandu le protectionnisme", a insistĂ© M. Abe.

"Nous envoyons un message clair disant que nous faisons front commun contre le protectionnisme", a renchĂ©ri M. Tusk, tandis que M. Juncker poursuivait sur la mĂȘme note: "Nous montrons que nous sommes plus forts et mieux positionnĂ©s quand nous travaillons ensemble (...). Il n'y a pas de protection dans le protectionnisme".

C'est au contraire dans "l'incertitude politique, la rhĂ©torique agressive, l'imprĂ©visibilitĂ©, l'irresponsabilitĂ©" que reposent "les risques rĂ©els pour nos entreprises, pas dans les accords commerciaux", a conclu Donald Tusk. Le texte, qui marque l'aboutissement de discussions ouvertes en 2013, doit ĂȘtre soumis d'ici la fin de l'annĂ©e au Parlement europĂ©en en vue d'une entrĂ©e en vigueur en 2019, si le Parlement japonais le vote lui aussi rapidement. Contrairement Ă  l'accord UE-Canada (CETA), actuellement contestĂ© par l'Italie, il ne doit pas ĂȘtre ratifiĂ© par chacun des Parlements nationaux.

- Fromages et automobiles -

Baptisé Jefta (Japan-UE free trade agreement), ce pacte, le plus important jamais négocié par l'UE, porte sur une zone de libre-échange couvrant prÚs d'un tiers du produit intérieur brut (PIB) mondial et plus de 600 millions d'habitants. CÎté européen, le secteur agroalimentaire sort grand vainqueur des discussions. Au final, 85% des produits agroalimentaires de l'UE pourront entrer au Japon sans droits de douane, mais parfois à l'issue de périodes de transition. D'autres, comme le boeuf, verront les taxes imposées progressivement réduites. Le riz, un produit hautement symbolique pour les Japonais, est exclu de l'accord.

Tokyo s'engage Ă  reconnaĂźtre plus de 200 indications gĂ©ographiques comme le Roquefort, le Tiroler Speck autrichien, le Jambon d'Ardenne belge ou la Polska WĂłdka (vodka polonaise), qui bĂ©nĂ©ficieront "du mĂȘme niveau de protection qu'en Europe". Les nĂ©gociations ont Ă©tĂ© particuliĂšrement complexes sur les produits laitiers, secteur sensible pour Tokyo. L'accord Ă©liminera les droits de douanes trĂšs Ă©levĂ©s sur plusieurs fromages, avec une pĂ©riode de transition pouvant atteindre 15 ans.

Les Japonais obtiennent de leur cÎté un libre accÚs au marché européen pour leur industrie automobile, mais seulement à l'issue d'une période transitoire de plusieurs années. Cet accord comprendra aussi un chapitre sur le développement durable.

- 'Indifférence générale' -

La protection des investissements a constitué le principal point d'achoppement des discussions et n'est pas comprise dans l'accord signé mardi. La plupart des ententes commerciales du monde laissent la possibilité à une entreprise qui s'estime lésée par la politique d'un Etat aprÚs y avoir investi de l'attaquer pour obtenir réparation. Ces différends sont généralement tranchés via un systÚme d'arbitrage dont les Européens ne veulent plus entendre parler.

C'est l'absence de ce volet qui évite à l'accord de passer par les Parlements nationaux, précisent des sources européennes. Si d'autres traités ont soulevé des critiques, le Jefta a été validé "dans l'indifférence générale", ont dénoncé mardi des ONG françaises. "Comme dans le CETA, les seuls chapitres qui ne sont pas contraignants sont ceux qui portent sur le développement durable", relÚvent dans un communiqué la Fondation pour la nature et l'homme (ex-Hulot) et l'Institut Veblen.

Elles critiquent aussi l'opacitĂ© des nĂ©gociations et l'absence de ratification par les Parlements nationaux, "ce qui empĂȘche tout dĂ©bat sur le sujet". Cette entente se fait "aux dĂ©pens de la dĂ©mocratie, des droits sociaux et de la protection de l'environnement et du climat", a jugĂ© pour sa part l'organisation Greenpeace.

AFP

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