"Anticasseurs"

De Courson, fils de résistant brandit le spectre de Vichy

  • PubliĂ© le 5 fĂ©vrier 2019 Ă  22:41
  • ActualisĂ© le 6 fĂ©vrier 2019 Ă  06:05
Charles de Courson s'adresse à l'Assemblée nationale le 18 décembre 2018

En comparant la loi "anticasseurs" au régime de Vichy, le député Charles Amédée du Buisson de Courson, 66 ans, aristocrate et fils de résistant, a marqué les débats de l'Assemblée, se posant en gardien des libertés publiques.

"OĂč en sommes-nous mes chers collĂšgues, c'est la dĂ©rive complĂšte ! On se croit revenu sous le rĂ©gime de Vichy", lançait mercredi 30 janvier l'Ă©lu de la Marne, lors de l'examen de la mesure clĂ© sur les interdictions administratives de manifester, suscitant de vives protestations dans la majoritĂ©.

"Mais oui, je dis bien le rĂ©gime de Vichy. RĂ©veillez-vous, parce que le jour ou vous aurez un gouvernement diffĂ©rent (...) avec une droite extrĂȘme au pouvoir, vous verrez mes chers collĂšgues", a-t-il insistĂ©.
"Il y a des moments oĂč il faut taper fort pour rĂ©veiller les consciences", a justifiĂ© par la suite sur TMC ce centriste en rupture de ban, qui siĂšge depuis octobre au groupe "LibertĂ©s et territoires".
Et de rappeler, les larmes aux yeux, son héritage familial: "Mon pÚre a été proscrit, poursuivi par la police de Vichy, qualifié de terroriste alors qu'il était un patriote. Quand vous commencez à toucher aux libertés publiques, il faut faire bien attention".
Le dĂ©putĂ© a reçu, dans Le Monde, le soutien appuyĂ© de l'avocat François Sureau, un proche d'Emmanuel Macron : "Dans cette assemblĂ©e de suce-pied, la libertĂ© a pris le visage de ce vieil enfant tĂȘtu qui parlait d'honneur, un visage d'un autre temps, d'une autre France peut-ĂȘtre."

Moine soldat

Ce n'est pas la premiÚre fois que le député, connu pour sa liberté de parole, évoque ainsi ses racines familiales pour défendre ses valeurs républicaines.
En 2016, alors qu'il s'opposait à la déchéance de la nationalité proposée par François Hollande, il avait évoqué avec émotion la mémoire de son grand-pÚre maternel, Léonel de Moustier, "député de la Nation, mort à Neuengamme (camp de concentration nazi proche de Hambourg, ndlr), qui, parce qu'il était contre le sabordage de la République, n'avait pas voté les pleins pouvoirs à Pétain".
Pro-européen, catholique convaincu, assumant des positions sociétales conservatrices, l'aristocrate à lunettes, toujours tiré à quatre épingles, a été souvent comparé à un "moine soldat" pour sa combativité, sa rectitude et son intégrité.

En premiĂšre ligne en 2008 contre l'arbitrage de l'affaire Tapie, il avait obtenu en 2012 le prix de l'Ă©thique de l'association Anticor pour son action en faveur de la justification des frais professionnels des dĂ©putĂ©s, avant de prĂ©sider la commission d'enquĂȘte parlementaire sur l'affaire Cahuzac.
Major de sa promotion à l'ESSEC, énarque, ancien de la Cour des comptes et de la Direction du budget, Charles de Courson est également respecté à l'Assemblée pour son expertise en finances publiques.

En octobre dernier, aprÚs l'examen de sa 20e loi de finances, il confiait à l'AFP son absence de lassitude : "Comme je suis un vieux célibataire, je me fais pas engueuler en rentrant".
Pilier de la commission des Finances, connu pour traquer sans relùche les dépenses inutiles, il sait aussi manier les formules chocs, comme lorsqu'il avait comparé en 2017 une demande budgétaire de LR à une prise de cocaïne qui fait se sentir mieux "une fois" mais mÚne ensuite à "la déprime".
"Je suis un libĂ©ral mais aussi un vieux rĂ©publicain", a rĂ©cemment expliquĂ© le dĂ©putĂ© aprĂšs s'ĂȘtre opposĂ© Ă  un amendement LREM qu'il jugeait trop favorable "aux trĂšs hauts salaires".

"Je connais le monde de l'argent, j'en suis issu, j'en connais les limites", avait un jour confié cet électron libre en appelant à "ne pas succomber aux pressions, y compris celles de vos amis qui veulent vous faire faire des choses contraires à vos convictions et à vos consciences".

AFP

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