"Liberté d'importuner..."

Deneuve présente ses excuses aux victimes

  • PubliĂ© le 15 janvier 2018 Ă  07:50
  • ActualisĂ© le 15 janvier 2018 Ă  07:55
L'actrice française à Monaco le 9 décembre 2017

Catherine Deneuve, signataire d'une tribune sur la "liberté d'importuner" à l'origine d'une polémique enflammée en France comme à l'étranger, a dit assumer ce texte tout en présentant ses excuses aux "seules" victimes d'agression.


"Je salue fraternellement toutes les victimes d'actes odieux qui ont pu se sentir agressées par cette tribune parue dans le Monde, c?est à elles et à elles seules que je présente mes excuses", écrit l'actrice dans une lettre publiée par le quotidien Libération sur son site internet.
La tribune parue mardi dans Le Monde défend "la liberté d'importuner" pour les hommes, l'estimant "indispensable à la liberté sexuelle" à contre-courant de l'élan né de l'affaire Weinstein. Si le texte était signé par une centaine de femmes, c'est la plus célÚbre de ses signataires qui a concentré les critiques.
"Catherine Deneuve et d?autres femmes françaises racontent au monde comment leur misogynie intériorisée les a lobotomisées au point de non-retour", avait notamment fustigé l'actrice Asia Argento, qui a accusé le producteur américain Harvey Weinstein de l'avoir violée.
"J'ai effectivement signĂ© la pĂ©tition (...). Oui, j'aime la libertĂ©. Je n'aime pas cette caractĂ©ristique de notre Ă©poque oĂč chacun se sent le droit de juger, d'arbitrer, de condamner", explique Catherine Deneuve, qui s'exprime pour la premiĂšre fois depuis la parution de la tribune.
"Une Ă©poque oĂč de simples dĂ©nonciations sur rĂ©seaux sociaux engendrent punition, dĂ©mission, et parfois et souvent lynchage mĂ©diatique. (...) Je n?excuse rien. Je ne tranche pas sur la culpabilitĂ© de ces hommes car je ne suis pas qualifiĂ©e pour. Et peu le sont", poursuit-elle.
"Il y a, je ne suis pas candide, bien plus d?hommes qui sont sujets à ces comportements que de femmes. Mais en quoi ce hashtag (#Balancetonporc, ndlr) n'est-il pas une invitation à la délation ?", s'interroge-t-elle, s'inquiétant en outre du "danger des nettoyages dans les arts".
"Va-t-on brûler Sade en Pléiade? Désigner Léonard de Vinci comme un artiste pédophile et effacer ses toiles? Décrocher les Gauguin des musées? Détruire les dessins d'Egon Schiele? Interdire les disques de Phil Spector? Ce climat de censure me laisse sans voix et inquiÚte pour l'avenir de nos sociétés".
Avant cette tribune, l'actrice s'était déjà attiré les foudres de féministes en soutenant Roman Polanski, accusé de viol, un réalisateur avec qui elle tourna "Répulsion".

-'Je ne suis pas dupe'-

Rappelant son engagement féministe à l'époque de la signature du manifeste des "343 salopes", revendiquant en 1971 un avortement alors criminalisé, Deneuve se désolidarise toutefois des propos tenus par certaines de ses co-signataires: "Dire sur une chaßne de télé qu?on peut jouir lors d'un viol est pire qu'un crachat au visage de toutes celles qui ont subi ce crime", estime-t-elle en référence à des déclarations de l'animatrice de radio et ancienne star du porno Brigitte Lahaie.
"Evidemment rien dans le texte ne prétend que le harcÚlement a du bon, sans quoi je ne l'aurais pas signé", assure Deneuve, qui confie avoir été durant sa carriÚre "témoin de situations plus qu'indélicates".
Mais pour elle, "la solution viendra de l?éducation de nos garçons comme de nos filles. Mais aussi éventuellement de protocoles dans les entreprises, qui induisent que s?il y a harcÚlement, des poursuites soient immédiatement engagées", car elle croit "en la justice".
Les rédactrices de la tribune co-signée par l'actrice, Sarah Chiche, Catherine Millet, Catherine Robbe-Grillet, Peggy Sastre et Abnousse Shalmani, ont salué le texte de Catherine Deneuve, qui "réaffirme la nécessité de préserver la liberté sexuelle et de combattre le lynchage médiatique" et souligne que leur tribune "ne prétend pas que le harcÚlement ait du bon".
La rĂ©ponse de Deneuve, attendue ce lundi Ă  Angers (ouest) au festival "Premiers plans", oĂč elle prĂ©side le jury, Ă©tait guettĂ©e aprĂšs les nombreuses rĂ©actions cette semaine en France comme Ă  l'Ă©tranger.
En France, la tribune avait été critiquée par des militantes féministes et de personnalités politiques.
En Italie, l'ancien chef du gouvernement Silvio Berlusconi, dont le goĂ»t pour les jeunes femmes lui a valu d'ĂȘtre impliquĂ© dans une affaire de prostitution de mineure, a au contraire saluĂ© ce texte.
"Je voudrais dire aux conservateurs, racistes et traditionalistes de tout poil qui ont trouvé stratégique de m'apporter leur soutien que je ne suis pas dupe. Ils n'auront ni ma gratitude ni mon amitié, bien au contraire", écrit l'actrice dimanche.
Le Monde a lui aussi justifié ce week-end dans ses colonnes la publication de la tribune, au nom de la "défense du pluralisme des idées".
La romanciĂšre canadienne Margaret Atwood, auteur de "La Servante Ă©carlate", s'est Ă©galement expliquĂ© dimanche aprĂšs avoir soulevĂ© de vives critiques Ă  la suite d'une chronique oĂč elle argumentait que le mouvement #Metoo est le reflet d'une justice qui ne fonctionne pas.
"La condamnation sans procĂšs, c'est le dĂ©but de la rĂ©ponse Ă  un manque de justice, que le systĂšme soit corrompu comme dans la pĂ©riode prĂ©-rĂ©volutionnaire en France, ou qu'il n'y en ait simplement pas comme au Far West, alors les populations prennent elles-mĂȘmes les choses en mains", a-t-elle Ă©crit.
 

2018 AFP

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