Syrie

Des centaines de personnes, dont des jihadistes, quittent l'ultime poche de l'EI

  • PubliĂ© le 20 fĂ©vrier 2019 Ă  23:23
  • ActualisĂ© le 21 fĂ©vrier 2019 Ă  06:10
Des combattants du groupe Etat islamique qui se sont rendus aux Forces démocratiques syriennes (FDS), sont transportés en camioin hors de Baghouz, le 20 février 2019

Des centaines d'hommes, de femmes et d'enfants ont quitté mercredi l'ultime poche du groupe Etat islamique (EI) dans l'est de la Syrie, une évacuation qui rapproche les forces arabo-kurdes soutenues par Washington de la victoire face aux jihadistes.

Un "nombre important" de civils sont néanmoins encore retranchés avec les derniers jihadistes dans la petite poche de Baghouz, une zone d'un-demi kilomÚtre carré tout prÚs de la frontiÚre irakienne, selon des responsables de l'alliance arabo-kurde. Depuis une position des Forces démocratiques syriennes (FDS) prÚs du village de Baghouz, une journaliste de l'AFP a vu passer mercredi une dizaine de gros camions et remorques recouverts de bùches. Elle a aperçu des dizaines d'hommes, mais aussi des femmes en niqab et des enfants, dont des fillettes voilées.

Parmi eux, un enfant a fait le V de la victoire aux combattants des FDS et aux journalistes. Dans l'un des camions, des dizaines d'hommes avaient le visage couvert d'un keffieh rouge et blanc, ou d'une écharpe.

Les Ă©vacuĂ©s ont Ă©tĂ© transportĂ©s vers une zone d'accueil des FDS, oĂč ils sont gĂ©nĂ©ralement soumis Ă  des fouilles et des interrogatoires poussĂ©s, pour identifier les Ă©ventuels jihadistes parmi eux, a dĂ©clarĂ© un porte-parole des FDS, Mustefa Bali. Il n'Ă©tait pas possible dans l'immĂ©diat de dĂ©terminer le nombre exact d'Ă©vacuĂ©s, ainsi que le nombre de jihadistes, Ă©trangers ou non, parmi eux.

Accusant l'EI d'utiliser les civils comme "boucliers humains", les FDS et la coalition internationale emmenée par Washington ont ralenti ces derniers jours leurs opérations, le temps de faire sortir les civils du réduit de l'EI. "AprÚs plusieurs jours de vaines tentatives, nous avons réussi à évacuer une premiÚre vague aujourd'hui", a indiqué à l'AFP M. Bali.

"Il existe des civils et des combattants de nombreuses nationalités", a indiqué à l'AFP un autre porte-parole des FDS, Adnane Afrine, précisant que certains jihadistes étaient "dissimulés" parmi les civils tandis que d'autres "s'étaient rendus" aux FDS. "Il existe encore un nombre important de civils à l'intérieur (de la poche jihadiste) en plus des combattants", a-t-il ajouté, disant s'attendre à de nouvelles évacuations dans les prochains jours.

L'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH) a fait état de "négociations" en cours entre les FDS et l'EI pour obtenir une "capitulation" des jihadistes retranchés. Son directeur, Rami Abdel Rahmane a évoqué un possible "accord aux contours encore vagues".

- Casse-tĂȘte -

Depuis début décembre, prÚs de 40.000 personnes, principalement des familles de jihadistes, ont fui le secteur, selon l'OSDH. A Baghouz, l'EI ne tient plus que quelques pùtés de maisons. Les irréductibles du "califat" sont retranchés dans des tunnels, au milieu d'un océan de mines enfouies pour entraver l'avancée des FDS.

En 2014, l'EI avait conquis de vastes territoires en Syrie et en Irak, proclamant un "califat" sur un territoire vaste comme le Royaume-Uni.
Les jihadistes y avaient établi leur propre administration, exécutant et torturant ceux qui ne respectaient pas leur loi et fomentant des attentats meurtriers y compris à l'étranger.

Mais l'EI a Ă©tĂ© mis en dĂ©route et au fil des batailles en Syrie, les forces kurdes ont arrĂȘtĂ© des centaines d'Ă©trangers. Ces derniĂšres semaines, les Ă©quipes de l'AFP dans l'est syrien ont rencontrĂ© des Françaises, mais aussi des Allemandes et des Russes, fuyant le dernier rĂ©duit jihadiste. Ces Ă©trangers reprĂ©sentent un vĂ©ritable casse-tĂȘte pour les Occidentaux, qui rechignent globalement Ă  les rapatrier, malgrĂ© les appels des Kurdes et des Etats-Unis.

- Déchéance de nationalité -

La Britannique Shamima Begum, partie rejoindre l'EI en Syrie en 2015 et aujourd'hui retenue dans un camp de déplacés dans le nord-est de la Syrie, a dénoncé mercredi la décision du ministre britannique de l'Intérieur de la déchoir de sa nationalité. Sa famille a annoncé examiner "toutes les voies légales pour contester cette décision", qui peut faire l'objet d'un appel.

Le président américain Donald Trump avait récemment exhorté les pays européens à rapatrier leurs ressortissants en Syrie. Mais Paris, Londres, Berlin et Bruxelles ont rétorqué qu'un tel retour n'était pas, pour l'instant, à l'ordre du jour. De son cÎté, Washington a déclaré mardi examiner les cas d'Américains se trouvant en Syrie, dont Hoda Muthana, une jeune femme originaire de l'Etat américain d'Alabama ayant rejoint les rangs de l'EI en 2015, alors qu'elle était ùgée de 19 ans.

Si l'EI est sur le point de perdre son ultime territoire en Syrie, des jihadistes de l'organisation ultraradicale sont disséminés dans le vaste désert central de la Badiya et revendiquent des attaques menées par des "cellules dormantes" dans les régions des FDS. Déclenché en 2011 par la répression sanglante de manifestations pro-démocratie par le régime, la guerre en Syrie a fait plus de 360.000 morts et des millions de déplacés et réfugiés.

AFP

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