180 migrants recueillis en mer

Des geĂŽles libyennes aux portes de l'Europe, improbables retrouvailles sur l'Ocean Viking

  • PubliĂ© le 2 juillet 2020 Ă  09:39
  • ActualisĂ© le 2 juillet 2020 Ă  10:36
L'un des 47 migrants secourus par l'ONG SOS Méditerranée au large de l'ßle italienne de Lampedusa, le 30 juin 2020

Ils s'appellent Taieb, Noman ou Hafiz, se sont connus dans les geÎles libyennes, se sont perdus de vue, et le "destin" les a rassemblés sur le navire humanitaire Ocean Viking, qui a recueilli en Méditerranée 180 migrants fuyant essentiellement la Libye.

"Ces visages qu'on voit Ă  l'intĂ©rieur, on ne les oublie pas", soupire Arslan Ahmid, un Pakistanais de 24 ans, sur le pont du bateau-ambulance qui attendait toujours jeudi de se voir attribuer un port pour dĂ©barquer les personnes secourues parfois depuis une semaine. Sur l'embarcation en bois d'une dizaine de mĂštres dans laquelle les passeurs les avaient entassĂ©s, leurs regards n'avaient pas pu se croiser. Et mĂȘme une fois Ă  bord, entre le masque chirurgical imposĂ© par l'ONG SOS MĂ©diterranĂ©e - craintes d'une contagion de coronavirus obligent - et la fatigue extrĂȘme des premiers jours, ces improbables retrouvailles ont pris du temps.

On les retrouve dĂ©sormais Ă  l'arriĂšre du bateau, Ă  se taquiner avec quelques mots de vocabulaire commun. OĂč Ă©tait cette prison ? L'endroit exact, sur la cĂŽte libyenne, leur Ă©chappe, mais ils sont unanimes: il y a 4 ou 5 mois encore, ils se croisaient dans la courette oĂč ils prenaient un maigre repas quotidien. "Il y avait des Libyens, des gens de partout. On se disait bonjour, on se faisait des signes de la tĂȘte mais avec l'ÉrythrĂ©en, par exemple, on ne se comprenait pas, je ne parle pas anglais. A l'Ă©poque, c'Ă©tait dur, on baissait vite les yeux. Quand je l'ai revu, je me suis dit que c'Ă©tait le destin!", poursuit Arslan, qui retrouve peu Ă  peu le sourire, aprĂšs avoir Ă©tĂ© emprisonnĂ© car il Ă©tait en situation irrĂ©guliĂšre en Libye.

- "Célébrer la vie" -

L'ÉrythrĂ©en, c'est Hafiz, 30 ans, T-shirt bleu, jogging noir, pieds nus. "Quand je le vois sourire, maintenant, ça me fait plaisir. Avant, on ne souriait jamais", raconte-t-il Ă  un journaliste de l'AFP embarquĂ© Ă  bord de l'Ocean Viking. Il se souvient qu'un groupe de Pakistanais a quittĂ© la dĂ©tention avant lui, "ils en ont fait sortir deux, trois, mais moi je suis restĂ© jusqu'au bout". "Quand je suis sorti, j'ai pris le bateau quelques jours aprĂšs" pour quitter le pays, complĂšte-t-il. "Le froid, la chaleur, la faim, la soif, on a tout traversĂ© ensemble", abonde Noman, 30 ans Ă©galement.

En prison, "quand on se voyait, on se disait qu'on allait mourir de faim ou de soif", livre ce Pakistanais qui a passĂ© 8 mois en Libye, dont la moitiĂ© en prison aprĂšs une premiĂšre tentative de traversĂ©e vers l'Europe avortĂ©e, lors de laquelle les garde-cĂŽtes libyens l'ont arrĂȘtĂ©. "Ils nous ramenaient de l'eau de mer Ă  boire. On avait les boyaux retournĂ©s", se remĂ©more-t-il, en croquant dans un biscuit salĂ©. Il en convient, aujourd'hui, "ça fait bizarre" de se retrouver sur ce bateau.

Maintenant que la Libye est derriĂšre eux, mais que l'avenir reste incertain, aux portes de l'Europe, "ça fait du bien" d'ĂȘtre entourĂ© par des visages familiers, se fĂ©licite Taieb, autre Pakistanais de 29 ans, qui prĂ©fĂšre se projeter: "On se retrouve ici. C'est incroyable. Peut-ĂȘtre qu'on se retrouvera aprĂšs, quelque part en Europe".

Hafiz y croit. "On est sortis de l'enfer ensemble, maintenant on commence une deuxiĂšme vie ensemble", acquiesce-t-il, persuadĂ© que "ça ne peut ĂȘtre que mieux". "Si je le vois quelque part, en Italie, ou ailleurs", fait-il en pointant du doigt un ancien compagnon d'infortune, "on va sortir, on va faire la fĂȘte ensemble, on va cĂ©lĂ©brer la vie!".

Avec la barriÚre de la langue, son "nouvel ami" pakistanais n'a pas compris ces mots. Mais les deux hommes lÚvent le pouce et se tiennent par les épaules. Dans un éclat de rire.

AFP

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