Notre-Dame-des-Landes

Des heurts plus violents au deuxiĂšme jour des expulsions

  • PubliĂ© le 10 avril 2018 Ă  22:30
  • ActualisĂ© le 11 avril 2018 Ă  13:04
Un zadiste renvoit une grenade lacrymogĂšne avec une raquette de tennis, Ă  Notre-Dame-des-Landes, le 10 avril 2018

Des heurts violents ont éclaté mardi entre les occupants de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes et les forces de l'ordre qui ont entamé la destruction de lieux de vie ou de projets agricoles parfois implantés de longue date sur le site.


Lundi, au premier jour de l'opération, "ils (les gendarmes, ndlr) ont détruit la bergerie des 100 noms. Aujourd'hui, ils sont en train d'attaquer d'autres lieux agricoles, ils attaquent tous les projets agricoles contrairement à ce qu'ils avaient dit", a considéré Sarah, expulsée lundi du lieu-dit "Les 100 noms". "Si ce soir, la préfecture ne retire pas ses troupes, c'est la mobilisation générale", a annoncé l'agriculteur "historique" Julien Durand, porte-parole de la principale association d'opposants à l'ex-projet d'aéroport.

Au deuxiÚme jour de cette opération massive destinée à déloger les occupants, prÚs de trois mois aprÚs l'abandon du projet d'aéroport, les affrontements se sont durcis avec "au plus fort de la journée" en face des gendarmes "350 opposants violents, équipés et déterminés à l?affrontement", selon le patron de la gendarmerie, le général Richard Lizurey, sur BFM.

Dix gendarmes et un opposant ont Ă©tĂ© blessĂ©s, selon la prĂ©fĂšte de la rĂ©gion Pays de la Loire Nicole Klein. Selon l'Ă©quipe mĂ©dicale des zadistes, une trentaine d'opposants ont Ă©tĂ© blessĂ©s, dont deux blessĂ©s graves hospitalisĂ©s. Les heurts ont commencĂ© vers 07H30, un peu plus d'une heure aprĂšs la reprise des opĂ©rations. En dĂ©but de soirĂ©e, des affrontements continuaient encore prĂšs de la D281, aux Fosses noires, avec des tirs en continu de grenades lacrymogĂšnes, a constatĂ© un journaliste de l'AFP. Aux "100 noms", dĂ©truit lundi, une vingtaine de zadistes rĂ©cupĂ©raient ce qui pouvait l'ĂȘtre dans les dĂ©bris de leur maison: photos, linge, livres, meubles, etc.

L'intervention pourrait "durer jusqu'à la fin de la semaine", a indiqué le ministre de l'Intérieur Gérard Collomb.

- "Tout détruire" -

"Il y a des gens qui n'étaient pas là pour refuser la construction d'un aéroport mais pour refuser toutes les rÚgles de la vie en société, ou en tout cas de la vie en société et dans un Etat de droit", a affirmé le Premier ministre Edouard Philippe en fin de journée. "Nous voulons récupérer les terrains pour que des projets agricoles puissent s'y développer, nous le faisons avec beaucoup de maßtrise dans l'emploi de la force mais aussi avec beaucoup de résolution, beaucoup de fermeté", a-t-il dit.

Le 17 janvier, lorsqu'il a mis fin au projet d'aéroport à Notre-Dame-des-Landes, il s'était engagé à éradiquer la "zone de non droit" que constituait la Zad.
Lors d'un point presse à Nantes à 17h00 Nicole Klein a assuré mardi qu'il n'y aurait "pas d'évacuation totale" de la Zad, précisant: "on ne touche pas au bùti". "On ne s'est occupé que des squats, qui étaient des planches".

L'objectif annoncé est "de 30 à 40" sites à démanteler, a-t-elle rappelé. "On ira jusque-là, sauf s'il y a un changement d'objectif". "Pour moi, la négociation ne peut que continuer. Ce n'est pas une +tabula rasa+", a-t-elle dit lors du point presse, réaffirmant que la main de l'Etat restait tendue. "Le dialogue n'est absolument pas interrompu. Il reprendra, je l'espÚre, aussi vite que ce sera possible", a-t-elle déclaré ensuite à l'AFP.

Le ministre de l'Intérieur a rappelé avoir donné pour consigne aux forces de l'ordre "la plus grande retenue". "Nous ne voulons pas d'un Rémi Fraisse (un jeune tué par une grenade offensive lors d'affrontements à Sivens en 2014, ndlr)", a-t-il affirmé.

En dĂ©but d'aprĂšs-midi mardi, une quinzaine de tracteurs "vigilants" sont arrivĂ©s sur la zone pour encercler les Fosses noires, lieu emblĂ©matique de la ZAD oĂč plusieurs projets agricoles se sont installĂ©s, dont des activitĂ©s de boulanger et de brasseur dĂ©clarĂ©es Ă  la MSA comme paysans cĂ©rĂ©aliers.

"Ils (les gendarmes) continuent à vouloir tout détruire. Les tracteurs vigilants sont là pour protéger tous les lieux de vie", a déclaré à l'AFP Cyril Bouligand, membre de Copain 44, collectif d'organisations agricoles.

Cette opération de grande ampleur prévoit d'expulser toute personne n'ayant pas régularisé sa situation en déclarant de nouveaux projets agricoles individuels.
Les forces de l'ordre seront déployées "le temps de s'assurer que la phase de stabilisation soit bien entamée", que "la déconstruction ait lieu et que le déblaiement de cette zone soit mis en ?uvre", a insisté le général Lizurey.

AFP

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