Italie

Des milliers de manifestants antifascistes Ă  Macerata

  • PubliĂ© le 10 fĂ©vrier 2018 Ă  20:42
  • ActualisĂ© le 10 fĂ©vrier 2018 Ă  21:45
Un manifestant tient une banderolle sur laquelle on peut lire "stop au fascisme et au racisme, arrĂȘtez de jouer avec la vie des migrants", lors d'une manifestation antifasciste Ă  Macerata, en Italie, le 10 fĂ©vier 2018.

Des milliers de personnes ont défilé samedi à Macerata contre le fascisme, une semaine aprÚs la fusillade à caractÚre raciste qui a fait six blessés dans cette petite ville du centre de l'Italie barricadée par crainte de débordements.


Sous un froid soleil perçant à travers les nuages, les manifestants venus parfois de loin ont commencé à défiler dans le calme à l'appel d'associations antifascistes, d'ONG, de syndicats mais aussi de quelques formations politiques de gauche. Beaucoup agitaient des drapeaux de leur mouvement, en chantant "Bella ciao" et d'autres classiques de l'antifascisme, mais certains avaient aussi apporté des drapeaux italiens.

"L'ambiance est lourde en Italie en ce moment et ces derniÚres années nous avons permis à la droite de se développer. J'ai toujours manifesté mais maintenant nous en avons plus besoin que jamais", a déclaré à l'AFP Mafalda Quartu, une retraitée venue de Florence. "S'il y a des chÎmeurs, c'est la faute du gouvernement, pas des migrants", ont scandé les manifestants.
Le maire de Macerata, Romano Carancini (centre-gauche), avait demandé l'annulation de tous les rassemblements pour laisser la ville souffler, mais la préfecture a donné son feu vert vendredi soir pour celui de samedi, à condition que le cortÚge longe les murs de la ville, sans pénétrer dans le centre historique.

Par crainte de dĂ©bordements, les Ă©coles sont restĂ©es fermĂ©es, la messe du samedi soir a Ă©tĂ© annulĂ©e et la plupart des commerces ont fermĂ© Ă  la mi-journĂ©e. Le dispositif policier Ă©tait discret, mĂȘme si un hĂ©licoptĂšre survolait la ville. Jeudi soir, des heurts ont Ă©clatĂ© quand plusieurs dizaines de militants du groupuscule d'extrĂȘme droite Forza Nuova ont manifestĂ© contre l'immigration et adressĂ© le salut fasciste Ă  la police.

- 'CrĂšve' -

Giuliano Denti, un jardinier de 40 ans venu de Pise avec une centaine de militants antifascistes pour manifester samedi, s'est emporté contre l'incident. "Nous avons une Constitution antifasciste par excellence et je voudrais que cette Constitution soit défendue et que les lois contre l'apologie du fascisme soient appliquées", a-t-il déclaré. Gennaba Diop, une jeune femme de 23 ans d'origine sénégalaise qui est née et a grandi à Macerata, est venue avec une pancarte sur laquelle on pouvait lire: "Ma couleur n'est pas un crime".

"Il y a beaucoup de tension et de racisme ici, les gens vous regardent bizarrement tout le temps. Ce n'est pas vrai que tout le monde est intĂ©grĂ©", a-t-elle dĂ©clarĂ©. "L'autre jour, les gens de Forza Nuova m'ont dit +crĂšve+. Je leur ai rĂ©pondu qu'ils n'avaient pas rĂ©ussi mĂȘme en me tirant dessus avec un pistolet. Il y a une semaine, Luca Traini, un jeune homme au crĂąne rasĂ© et aux tatouages d'inspiration fasciste, a tirĂ© sur une dizaine d'Africains Ă  travers la ville, faisant au moins six blessĂ©s.

Il a affirmĂ© avoir agi pour venger la mort de Pamela Matropietro, une jeune fille de 18 ans dont le corps a Ă©tĂ© retrouvĂ© dĂ©coupĂ© en morceaux, aprĂšs l'annonce de l'arrestation d'un dealer nigĂ©rian soupçonnĂ© d'ĂȘtre impliquĂ© dans ce crime. Deux autres NigĂ©rians ont Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©s depuis et le procureur a annoncĂ© samedi devant des mĂ©dias que l'enquĂȘte Ă©tait "close" et qu'il s'agissait probablement d'un homicide volontaire, alors que la thĂšse d'une overdose avait Ă©tĂ© Ă©voquĂ©e.

A trois semaines des élections législatives du 4 mars, ce fait divers et la fusillade raciste ont remis l'immigration au coeur d'une campagne désormais dominée par des discours trÚs à droite.
 

AFP

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