La violence se poursuit

Des morts et des blessés au Nicaragua

  • PubliĂ© le 3 juin 2018 Ă  09:43
  • ActualisĂ© le 3 juin 2018 Ă  10:07
Des manifestants s'abritent derriĂšre des barricades de fortune lors de heurts avec les forces de police, le 2 juin 2018 Ă  Monimbo, prĂšs de Masaya, Ă  40 km de Managua, au Nicaragua

Six morts, dont un AmĂ©ricain de 48 ans, plusieurs blessĂ©s, des arrestations et des dĂ©gĂąts matĂ©riels: la violence s'est poursuivie samedi au Nicaragua, oĂč la ville de Masaya, prĂšs de la capitale Managua, a connu de nouveaux et violents affrontements entre manifestants et police anti-Ă©meute, a constatĂ© une Ă©quipe de l'AFP.

Cinq personnes, dont un jeune homme de 15 ans, ont été tués samedi à Masaya, a rapporté à l'AFP le président de l'Association du Nicaragua pour la protection des droits de l'homme (ANPDH), Álvaro Leiva, selon qui la ville, autrefois un bastion sandiniste, a connu "une journée de deuil et de douleur".

Plus d'une centaine d'habitants ont trouvé la mort dans tout le pays depuis la vague de manifestations déclenchées le 18 avril pour exiger le départ du président Daniel Ortega, un ancien guérillero sandiniste de 72 ans, au pouvoir depuis 2007, qui a dénoncé une "conspiration de l'opposition".

Samedi, Masaya s'est transformé en champ de bataille dÚs les premiÚres heures, quand les forces de l'ordre aidées de groupes de civils --apparemment mobilisés en milice par le pouvoir sandiniste -- ont tenté de dégager les rues de la ville, l'une des principales du pays avec quelque 100.000 habitants, à 30 kilomÚtres au sud-est de Managua.

Depuis une camionnette, une "attaque accompagnée de tirs vers les barricades" installées par les manifestants dans le parc San Miguel a été repoussée par ces derniers, qui ont fait usage de mortiers artisanaux, a indiqué à la presse un manifestant via la messagerie Whatsapp.

Snipers

La ville résonnait des coups de feu, des tirs de grenades lacrymogÚnes et des détonations des mortiers artisanaux, a constaté l'AFP, tandis que la population prévenait que plusieurs snipers étaient positionnés depuis le siÚge de la police locale, proche du parc en centre-ville.

"Ils attaquent la population. Un voisin à moi s'est pris une balle dans la poitrine. Ca venait d'un franc-tireur, parce que c'était un tir d'AK-47, vu la taille de l'orifice" provoqué par la balle, a déclaré Jonathan José, un habitant de Masaya. Le marché, deux fois incendié durant les manifestations --l'oeuvre de "groupes de délinquants", selon la police-- était jonché d'objets artisanaux en bois, de poupées de toile ou de fruits décoratifs en argile.

La police a fait état de 11 arrestations et dénoncé des "actes terroristes" et l'usage d'"armes à feu" et de "mortiers". "A aucun moment les habitants n'ont incendié le marché (...) C'est eux (les unités anti-émeute) qui sont venus tÎt ce matin, ils ont embarqué un jeune qui était là" pour protéger son quartier, a raconté Jonathan José.

La population "s'est organisée dans les quartiers pour protéger ses rues" des unités anti-émeute et des partisans du pouvoir, a-t-il expliqué.

Tocsin, barricades et autodéfense

AprĂšs deux attaques de ces "groupes de choc", la population s'est organisĂ©e en autodĂ©fense en dressant des barricades pour gĂȘner leurs mouvements, sonnant l'alerte avec les cloches de l'Ă©glise pour prĂ©venir d'une attaque. Plusieurs commerces ainsi que des banques ont baissĂ© le rideau dĂšs vendredi aprĂšs des actes de vandalisme dans la nuit de jeudi.

"C'est un désert, il n'y a plus de commerce, plus rien. Je suis désespérée, la situation est horrible", raconte en pleurs Vanesa, qui ne sort plus de chez elle avec ses trois enfants et son neveu.

Des incidents ont Ă©galement Ă©tĂ© signalĂ©s samedi dans les municipalitĂ©s voisines de La ConcepciĂłn et DirĂ­a, oĂč la salle municipale et l'Ă©cole ont Ă©tĂ© incendiĂ©s, ainsi que trois vĂ©hicules du parti sandiniste au pouvoir, selon la police qui attribuĂ© les dĂ©prĂ©dations Ă  la "droite". Alvaro Leiva, le responsable de l'ANPDH, a Ă©galement indiquĂ© que 21 personnes avaient Ă©tĂ© remises en libertĂ© Ă  la suite d'interventions d?ecclĂ©siastiques auprĂšs des autoritĂ©s, mais que 11 autres personnes interpellĂ©es avaient Ă©tĂ© transfĂ©rĂ©es Ă  la prison de Managua.

La contestation populaire est partie au Nicaragua d'une rĂ©forme des retraites --abandonnĂ©e depuis --, mais a vite tournĂ© Ă  un mouvement gĂ©nĂ©ral de rejet du chef de l?État, accusĂ© de confisquer le pouvoir.

Dans ce contexte, un citoyen amĂ©ricain de 48 ans a Ă©tĂ© tuĂ© dans des circonstances controversĂ©es samedi Ă  Managua, ont annoncĂ© plusieurs sources dont l'ambassade des États-Unis.

 - © 2018 AFP

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