Une vraie catastrophe humanitaire

"Descente aux enfers" Ă  Alep, des milliers de civils fuient

  • PubliĂ© le 30 novembre 2016 Ă  07:12
Des civils fuient les quartiers d'Alep-Est, le 29 novembre 2016

L'ONU condamne la "descente aux enfers" vĂ©cue par les civils Ă  Alep-Est, oĂč des milliers d'entre eux fuient les combats et les bombardements Ă  mesure qu'avancent les forces du rĂ©gime syrien face Ă  des rebelles aux abois.

Alors que le régime du président syrien Bachar al-Assad semble proche de sa plus grande victoire depuis le début du conflit en 2011, une réunion urgente du Conseil de sécurité de l'ONU, réclamée par la France qui dénonce une "catastrophe humanitaire", se tiendra mercredi matin à New York (Etats-Unis), selon des diplomates.

L'armée syrienne et les milices qui la soutiennent se sont emparées de plus de 30% du territoire rebelle ces trois derniers jours dans la deuxiÚme ville du pays, principal enjeu du conflit qui a fait plus de 300.000 morts en plus de cinq ans.
Cette avancée rapide a provoqué la fuite d'Alep-Est, aux mains des rebelles, de prÚs de 20.000 personnes ces derniÚres 72 heures, a annoncé le Comité international de la Croix-Rouge (CICR).
Cet exode s'est poursuivi mardi, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), qui a fait état de combats dans plusieurs quartiers. Dix civils ont été tués par un bombardement dans l'un d'entre eux.
Selon l'ONU, 10.000 habitants ont rejoint Alep-Ouest, contrÎlé par le régime, tandis que 4.000 à 6.000 ont trouvé refuge dans un quartier Nord aux mains des forces kurdes.
Des milliers d'autres familles fuient vers les quartiers méridionaux d'Alep-Est toujours contrÎlés par les rebelles mais doivent affronter le froid et la faim, selon un correspondant de l'AFP.


- 'Descente aux enfers' -


La situation est "alarmante et effrayante", a résumé le patron des opérations humanitaires de l'ONU, Stephen O'Brien. Outre "l'intensification des combats au sol et les bombardements aériens aveugles", plus aucun hÎpital ne fonctionne et "les stocks alimentaires sont pratiquement épuisés".
"C'est une lente descente aux enfers", a renchéri Bettina Luescher, porte-parole du Programme alimentaire mondial (PAM).
Le ministre français des Affaires étrangÚres Jean-Marc Ayrault doit recevoir mercredi à Paris le président du conseil local d'Alep, Brita Hagi Hassan.
L'armée syrienne mÚne depuis le 15 novembre une nouvelle offensive sur Alep-Est qui a brisé les défenses rebelles, incapables de résister à la puissance de feu déployée par Damas et ses alliés étrangers (Russie et Iran).
L'offensive a provoqué la mort de plus de 250 civils en prÚs de 15 jours à Alep-Est, selon l'OSDH. Les rebelles ont parallÚlement tué au moins 40 civils en bombardant les zones gouvernementales d'Alep-Ouest.
A Alep-Est, "il n'y a ni nourriture, ni eau, ni abri, ni moyens de transport", a résumé Ibrahim Abou Laith, porte-parole des Casques blancs, les secouristes du secteur rebelle.
Une chute totale d'Alep-Est infligerait aux groupes insurgĂ©s leur pire dĂ©faite depuis 2011 et permettrait au rĂ©gime de se lancer dans la conquĂȘte d'autres villes qui lui Ă©chappent, comme Idleb (nord).


- Soldats turcs disparus -


Le régime tente également de se débarrasser des rebelles autour de Damas. Au moins 1.200 personnes, des insurgés et leurs familles, ont été évacuées depuis lundi soir de l'un des derniers bastions des insurgés à l'ouest de la capitale, selon des ONG.
A l'instar d'autres opérations similaires, les personnes évacuées de Khan al-Chih ont été conduites dans une province aux mains des rebelles.
La guerre en Syrie est devenue de plus en plus complexe depuis 2011, avec l'intervention de multiples acteurs, comme les grandes puissances ou des groupes jihadistes, notamment le groupe Etat islamique (EI).
La coalition internationale menée par Washington qui lutte contre l'EI a reconnu mardi avoir bombardé par erreur des forces loyalistes en septembre prÚs de Deir Ezzor, une ville de l'Est divisée entre secteurs aux mains de l'EI et quartiers contrÎlés par le régime.
L'EI est Ă©galement prĂ©sent dans le Nord, prĂšs de la frontiĂšre avec la Turquie oĂč le groupe extrĂ©miste est combattu par l'armĂ©e turque. Cette derniĂšre a annoncĂ© mardi soir avoir perdu tout contact avec deux soldats en Syrie, dont l'agence de presse affiliĂ©e Ă  l'EI a revendiquĂ© l'enlĂšvement.
La France et le Royaume-Uni ont par ailleurs annoncé qu'ils allaient soumettre à leurs partenaires du Conseil de sécurité de l'ONU un projet de résolution prévoyant des sanctions contre des responsables syriens coupables d'avoir utilisé des armes chimiques.

Par Angus MACKINNON - © 2016 AFP

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