Donald Trump sera, sauf surprise, renvoyé en procÚs pour destitution lors d'une vote historique au CongrÚs la semaine prochaine, une commission ayant approuvé vendredi deux chefs d'accusation contre lui.
Deux mois et demi aprÚs l'explosion du "scandale ukrainien", la commission judiciaire de la Chambre des représentants, a adopté, en suivant des lignes strictement partisanes, les chefs d'"abus de pouvoir" et d'"entrave à la bonne marche du CongrÚs" contre le président des Etats-Unis. Décrivant "un jour solennel et triste", le chef démocrate de la commission Jerry Nadler a promis que la Chambre allait désormais agir "au plus vite". Selon les médias, elle devrait se prononcer sur le texte mercredi en séance pléniÚre.
Compte-tenu de la majorité démocrate dans cette enceinte, Donald Trump devrait devenir le troisiÚme président de l'Histoire des Etats-Unis mis en accusation au CongrÚs ("impeachment") aprÚs Andrew Johnson en 1868 et Bill Clinton en 1998. Comme eux, il devrait toutefois échapper à une destitution, le Sénat, chargé de le juger, étant contrÎlé par les républicains qui font bloc autour de leur président.
Ce vote est "écoeurant", "une honte pour notre pays", mais "on dirait que c'est une bonne chose pour moi", a réagi Donald Trump, en assurant que sa cote de popularité "crevait le plafond".
Si cet "impeachment" menace de laisser une marque indélébile sur le bilan du 45e président des Etats-Unis, Donald Trump jouit toujours d'un large soutien dans les rangs républicains, et l'impact de cette procédure sur sa campagne de réélection est incertain. Quelque 47,3% des Américains soutiennent sa destitution et 45,9% sont contre, selon la moyenne des sondages établie par le site FiveThirtyEight.
Comme pour montrer qu'il restait concentrĂ© sur les affaires essentielles du pays, Donald Trump a tweetĂ© - au moment mĂȘme du vote en commission - sur le "fantastique accord" commercial tout juste conclu entre les Etats-Unis et la Chine.
- Pression -
Le prĂ©sident rĂ©publicain est dans la tourmente parce qu'il a demandĂ© Ă son homologue ukrainien d'enquĂȘter sur le dĂ©mocrate Joe Biden, bien placĂ© pour l'affronter lors de la prĂ©sidentielle de 2020. Or, une aide militaire cruciale pour Kiev, en conflit armĂ© avec la Russie, avait Ă©tĂ© bloquĂ©e quelques jours avant qu'il ne formule sa demande.
De ces faits incontestĂ©s, dĂ©mocrates et rĂ©publicains tirent des conclusions aux antipodes. Pour les premiers, Donald Trump a commis un "abus de pouvoir" pour s'assurer un avantage dans l'Ă©lection de 2020, mettant en jeu l'intĂ©gritĂ© du scrutin et la sĂ©curitĂ© des Etats-Unis. Les dĂ©mocrates lui reprochent aussi d'avoir "entravĂ©" le travail du CongrĂšs en refusant de participer Ă leur enquĂȘte.
Jugeant la procĂ©dure "inconstitutionnelle", la Maison Blanche a en effet interdit Ă des conseillers du prĂ©sident de tĂ©moigner ou de fournir des documents rĂ©clamĂ©s par la Chambre. Donald Trump et ses partisans jurent de leur cĂŽtĂ© qu'il n'y a eu "aucune pression" exercĂ©e sur l'Ukraine et que les demandes d'enquĂȘte Ă©taient lĂ©gitimes pour lutter contre des soupçons de "corruption" liĂ©s aux affaires du fils de Joe Biden, Hunter, dans ce pays. Pour eux, la procĂ©dure de destitution est motivĂ©e par l'aversion des dĂ©mocrates pour un prĂ©sident au style peu conventionnel, et par leur peur de perdre de nouveau contre lui en 2020.
- "Nous, le Peuple" -
Ces divergences se sont exprimĂ©es bruyamment depuis septembre dans les mĂ©dias et ont trouvĂ© un nouvel Ă©cho lors des dĂ©bats au sein de la commission judiciaire, oĂč siĂšgent plusieurs Ă©lus combatifs.
L'examen de l'acte d'accusation de Donald Trump, qui a duré une quinzaine d'heures mercredi et jeudi, leur a fourni l'occasion de s'affronter sans retenue. AprÚs ces échanges musclés, Jerry Nadler avait créé la surprise jeudi soir en ajournant le vote au lendemain, expliquant vouloir donner aux élus le temps d'"examiner leur conscience". "Tribunal fantoche", avaient répondu les élus républicains, l'un d'eux allant jusqu'à parler d'une procédure "stalinesque".
Vendredi, il n'a fallu qu'une dizaine de minutes pour que la commission se prononce. L'élue démocrate Pramila Jayapal a brandi une copie de la Constitution en exprimant son choix. "C'est un vote pour la Constitution et pour +nous, le Peuple+", a-t-elle expliqué ensuite, en référence aux premiers mots de la loi fondamentale.
Les démocrates "abusent de leurs pouvoirs" et "essaient de mettre la démocratie à genou", a rétorqué son confrÚre républicain Kevin McCarthy.
Le ton a peu de chances de s'apaiser avant le procĂšs au SĂ©nat, dont le dĂ©roulĂ© n'est pas encore connu. Les leaders rĂ©publicains semblent favorables Ă aller au plus vite mais Donald Trump pourrait ĂȘtre tentĂ© de se servir de cette tribune.
AFP



