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Deux ans aprĂšs le lancement de la campagne contre l'EI, pas d'issue en vue

  • PubliĂ© le 9 aoĂ»t 2016 Ă  16:26
Cette photo diffusée par l'US Navy le 31 juillet 2016 montre un F/A-18F Super Hornet se préparant à décoller d'un porte-avions dans le Golfe arabique

Le combat devait ĂȘtre rapide et dĂ©faire le groupe Etat islamique en Irak et en Syrie.

Mais deux ans et 14.000 bombardements plus tard, les jihadistes n'ont pas été vaincus et la lutte engagée par Washington illustre les limites des campagnes militaires aériennes.
Durant l'été 2014, les Etats-Unis ont mis sur pied une coalition rassemblant une soixantaine de pays contre le groupe, auteur d'atrocités, qui s'était emparé en quelques semaines de pans entiers de territoires à travers les deux pays limitrophes.
Depuis, l'EI a perdu prÚs de la moitié du terrain conquis en Irak et environ 20% en Syrie. Les experts prévoient bien une chute du "califat" autoproclamé par les jihadistes en Syrie et en Irak mais le groupe s'est renforcé par ailleurs en incitant ses partisans à commettre des attaques isolées à travers le monde.
"Il s'agit d'une organisation qui a réalisé une transformation trÚs réussie vers une organisation terroriste traditionnelle qui n'a alors de cesse de reconstruire ses capacités", a expliqué à l'AFP Charles Lister, analyste au Middle East Institute.
L'EI a revendiqué cette année des attentats en France, en Belgique, ou encore aux Etats-Unis.
"On mÚne un combat perdu d'avance si on s'attend à détruire (l'EI) entiÚrement", a-t-il assuré. "Je pense que des décennies d'efforts nous attendent."
- 6.500 militaires déployés -
Pourtant, lorsque Washington s'Ă©tait lancĂ© dans la bataille, les responsables assuraient que l'engagement amĂ©ricain serait de courte durĂ©e. Et Barack Obama Ă©lu sur la promesse de mettre fin aux guerres en Irak et en Afghanistan, avait insistĂ© sur le fait que son pays pouvait apporter un soutien aĂ©rien et des conseils militaires, mais que la guerre devait ĂȘtre remportĂ©e par les forces locales.
Quelque 6.500 militaires de la coalition, principalement des AmĂ©ricains, sont dĂ©ployĂ©s. La plupart se trouvent en Irak, mĂȘme si des forces spĂ©ciales ont Ă©tĂ© dĂ©ployĂ©es aux cĂŽtĂ©s des combattants kurdes et arabes en Syrie, oĂč les frappes russes en appui au rĂ©gime de Bachar al-Assad ont complexifiĂ© un peu plus la guerre qui dure depuis plus de cinq ans.
"Les quelques-uns d'entre nous qui ont observĂ© le dĂ©veloppement de ce groupe entre 2010 et 2014 savaient pertinemment que ça allait ĂȘtre une bataille sur le trĂšs long terme, et l'idĂ©e qu'aucun soldat amĂ©ricain ne soit impliquĂ© Ă©tait de l'ordre du fantasme", estime Charles Lister.
En dĂ©pit du grand nombre de pays impliquĂ©s dans la coalition, les AmĂ©ricains et quelques Etats piliers rĂ©alisent l'essentiel du combat. Les bombardements ont aussi concernĂ© l'Afghanistan ou plus rĂ©cemment la Libye, oĂč le Pentagone a laissĂ© entendre la semaine derniĂšre que les raids se poursuivraient "pendant des semaines, pas des mois".
- milliards de dollars -
La coalition avait conduit au 6 août un total de 14.301 frappes aériennes, dont 9.514 en Irak et 4.787 en Syrie. Le coût de ses opérations représente environ 11,9 millions de dollars par jour, soit quelque 8 milliards de dollars jusqu'à présent.
Ces bombardements ont visé des chefs jihadistes, des combattants, des véhicules ou encore des installations pétroliÚres et d'énormes sommes d'argent liquide.
La campagne aérienne a aussi fait de nombreuses victimes civiles en Syrie et en Irak, 55 selon le Pentagone. Mais de nombreuses voix dénoncent ce bilan donné au 28 juillet, le jugeant largement sous-estimé.
Des incidents font encore l'objet d'enquĂȘtes par le Pentagone, comme les frappes en juillet prĂšs de Minbej, dans le nord de la Syrie, qui auraient fait des dizaines de victimes civiles.
Bien que les Américains assurent faire au mieux pour éviter de toucher des civils, leur mort a des répercussions désastreuses sur la lutte antijihadiste dans son ensemble, estiment des observateurs.
"Avec les campagnes de bombardements, vous tuez plus d'innocents, ce qui attire plus de nouvelles recrues et de sympathie" à l'égard du groupe ciblé, relÚve Howard Gambrill Clark, ancien Marine et analyste du renseignement qui dirige le Stability Institute à Washington.
"Je ne connais pas un seul analyste sérieux" en matiÚre de contreterrorisme, confie-t-il, "qui pense que les Etats-Unis font quoi que ce soit d'autre que de créer plus d'extrémistes violents".

Par Daniel LEUSSINK - © 2016 AFP
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