La grande explication. Cinq jours aprÚs les accusations de violences sexuelles dans le patinage artistique, la ministre des Sports, Roxana Maracineanu, reçoit lundi aprÚs-midi le président de la fédération Didier Gailhaguet, inamovible à son poste mais désormais sous pression.
Principal sujet de ce face-Ă -face, qui risque d'ĂȘtre houleux, le rĂŽle que la fĂ©dĂ©ration française des sports de glace (FFSG) a pu avoir dans le maintien, dans les annĂ©es 2000, de l'entraĂźneur Gilles Beyer, accusĂ© trente ans aprĂšs les faits de viol par la championne Sarah Abitbol, mais dĂ©jĂ soupçonnĂ© d'attitudes peu appropriĂ©es Ă l'Ă©poque.
Dans son livre (Un si long silence, Plon), les accusations d'Abitbol portent sur les années 1990 à 1992, une période prescrite. Gilles Beyer, champion de France 1978, est alors un entraßneur de haut niveau, avant de succéder en 1998 à Gailhaguet au poste de directeur des équipes de France, quand ce dernier devient pour la premiÚre fois président de la FFSG.
Mais au dĂ©but des annĂ©es 2000, il est visĂ© par la plainte d'une autre patineuse, classĂ©e sans suite, puis au centre d'une enquĂȘte administrative, menĂ©e par des inspecteurs gĂ©nĂ©raux de la jeunesse et des sports, aprĂšs un signalement de parents.
Cette enquĂȘte a conduit Ă l'Ă©poque le ministĂšre des Sports Ă mettre fin Ă ses fonctions de cadre technique Ă la fĂ©dĂ©ration des sports de glace. Pourtant, Gilles Beyer va garder une place centrale au club parisien des Français volants, dont il apparaissait encore la semaine derniĂšre comme manager, ainsi qu'Ă la fĂ©dĂ©ration, oĂč il a occupĂ© un poste au bureau exĂ©cutif jusqu'en 2018. Les Français Volants sont basĂ©s Ă Bercy, place forte du haut niveau français. En 2006, Gilles Beyer intervenait aussi comme coordinateur d'une tournĂ©e de galas de l'Ă©quipe de France de patinage artistique.
DÚs mercredi soir, le ministÚre des Sports a fait savoir que Roxana Maracineanu attendait que Didier Gailhaguet lui explique comment Beyer "a pu se retrouver dans l'écosystÚme", alors qu'"il est tout à fait improbable que la fédération n'ait pas eu connaissance des mesures prises à son encontre".
- "Arme atomique" -
Dans une déclaration à l'AFP vendredi, Gilles Beyer, 62 ans, a concédé des "relations intimes" et "inappropriées" avec Sarah Abitbol, en lui présentant des excuses que cette derniÚre a immédiatement refusé. Dans L'Equipe, l'ancien entraßneur a aussi été accusé par une autre ancienne patineuse, HélÚne Godard, d'avoir eu des rapports sexuels avec elle, alors qu'elle avait 13 et 14 ans, à la fin des années 70.
"J'attends de lui qu'il assume", a affirmé la ministre à propos de Didier Gailhaguet, lundi matin, en déplacement à Créteil. Sa prédécesseure, Marie-George Buffet, a appelé l'insubmersible président de la fédération, à la démission. Sur internet, une pétition réclamant aussi son départ avait été signée plus de 3.000 fois lundi à la mi-journée.
ConcrÚtement, Roxana Maracineanu ne peut pas limoger Gailhaguet, 66 ans, mais elle a rappelé que les fédérations recevaient de l'argent public et a aussi évoqué "l'arme atomique", celle du retrait de la délégation de l'Etat, une mesure rarissime qui mettrait au ban la FFSG.
Mais dans le milieu sportif, beaucoup pensent que Gailhaguet, à qui le ministÚre a refusé qu'il soit accompagné de son avocat lundi, en a vu d'autres.
L'ancien patineur, qui fut l'entraĂźneur de Surya Bonaly (1985-92), est devenu prĂ©sident de la fĂ©dĂ©ration en 1998, l'annĂ©e oĂč Roxana Maracineanu devenait la premiĂšre Française championne du monde de natation. Depuis, treize ministres et secrĂ©taires d'Etat aux Sports se sont succĂ©dĂ©s.
Ce n'est pas la premiĂšre fois que Didier Gailhaguet est dans le collimateur. EclaboussĂ© par une affaire de tricherie aux JO de Salt Lake City en 2002, il avait Ă©tĂ© interdit de toute fonction dans le patinage international pendant trois ans. Il avait Ă©galement dĂ» dĂ©missionner en 2004 de la prĂ©sidence de la FFSG, aprĂšs un rapport de la Cour des comptes dĂ©nonçant des dĂ©rives de gestion, mais il avait retrouvĂ© la tĂȘte de la fĂ©dĂ©ration en 2007.
AFP

