Jeux Olympiques d'hiver

Diplomatie du kimchi pour le rapprochement olympique intercoréen

  • PubliĂ© le 10 fĂ©vrier 2018 Ă  10:42
  • ActualisĂ© le 10 fĂ©vrier 2018 Ă  10:45
Le président de Corée du sud Moon Jae-in accueille Kim Yo Jong, la soeur du leader nord-coréen au palais présidentiel de Séoul, le 10 février 2018

Le prĂ©sident sud-corĂ©en a mangĂ© du kimchi, le chou fermentĂ© traditionnel corĂ©en, avec le chef de l'Etat de CorĂ©e du Nord et la soeur de son dirigeant Kim Jong Un samedi Ă  SĂ©oul, alors mĂȘme que Washington mettait en garde contre "l'offensive de charme" olympique de Pyongyang.


Moon Jae-in a accueilli Kim Yo Jong, premiĂšre membre de la dynastie rĂ©gnant au Nord Ă  fouler le sol du grand rival depuis la fin de la guerre de CorĂ©e, Ă  la Maison Bleue, la prĂ©sidence sud-corĂ©enne. Kim Yong Nam, le plus haut dignitaire nord-corĂ©en Ă  s'ĂȘtre jamais rendu au Sud, Ă©tait Ă©galement de la partie.

Avant leurs entretiens officiels, M. Moon, tout sourire, a échangé des poignées de main avec chaque membre de la délégation nord-coréenne. Sur les images de la télévision, on pouvait voir que Yo Jong, dont les analystes s'attendent à ce qu'elle délivre un message personnel de son frÚre, portait un dossier bleu frappé d'un sceau.

Les spĂ©culations vont bon train dans les mĂ©dias sud-corĂ©ens sur le fait que Pyongyang pourrait inviter M. Moon Ă  se rendre au Nord dans le courant de l'annĂ©e. Cette dĂ©tente spectaculaire opĂ©rĂ©e Ă  la faveur des jeux survient aprĂšs deux annĂ©es de tensions extrĂȘmes sur la pĂ©ninsule.

Le Nord a effectuĂ© trois essais nuclĂ©aires - dont le dernier, son plus puissant, en septembre - et des dizaines de tirs de missiles, affirmant ĂȘtre en mesure d'envoyer une bombe atomique sur le territoire continental amĂ©ricain. M. Kim et le prĂ©sident amĂ©ricain Donald Trump se sont lancĂ©s en outre dans une surenchĂšre d'insultes personnelles et de menaces apocalyptiques.

- 'Etat nucléaire à part entiÚre' -

D'aprÚs certains analystes, le Nord cherche en participant aux "Jeux de la Paix" de Pyeongchang à obtenir un adoucissement des sanctions et à enfoncer un coin dans la relation entre Séoul et Washington. Lors de la cérémonie d'ouverture des JO vendredi, M. Moon a serré la main de Kim Yo Jong comme celle de Kim Yong Nam, saluant les athlÚtes du Nord et du Sud qui entraient de concert dans l'arÚne derriÚre le drapeau de l'unification dépeignant une péninsule sans frontiÚre.

Assis Ă  la mĂȘme tribune, le vice-prĂ©sident amĂ©ricain Mike Pence n'a eu aucune interaction avec la dĂ©lĂ©gation nord-corĂ©enne, selon les autoritĂ©s amĂ©ricaines. Lors de sa brĂšve apparition Ă  la rĂ©ception qui s'Ă©tait tenue auparavant en l'honneur des dirigeants, il n'a pas non plus serrĂ© la main de Kim Yong Nam. A la diffĂ©rence du Premier ministre japonais Shinzo Abe, dont le pays est Ă©galement rĂ©guliĂšrement menacĂ© par Pyongyang.

"Nous sommes dĂ©terminĂ©s Ă  nous assurer que mĂȘme dans le contexte puissant et l'idĂ©alisme des jeux Olympiques, le monde se rappelle de la vĂ©ritĂ© au sujet" du Nord, a dĂ©clarĂ© M. Pence sur Twitter. Il a Ă©galement rĂ©itĂ©rĂ© la position de l'administration Trump, Ă  savoir que Washington prendra toute "action nĂ©cessaire Ă  la dĂ©fense de notre patrie", y compris avec l'option militaire.

Les Etats-Unis sont déterminés à obtenir la dénucléarisation de la Corée du Nord, alors que son dirigeant Kim Jong Un proclame que son pays est désormais un "Etat nucléaire à part entiÚre".

- 'Famille royale' -

Le vice-président n'a de cesse de répéter qu'en cas de rencontre avec un représentant nord-coréen, c'est un message de fermeté qu'il ferait passer.
Ce qui tranche singuliÚrement avec les deux types de kimchi proposés à déjeuner à la Maison Bleue lors d'un repas arrosé de soju, l'alcool de riz traditionnel, selon un porte-parole: la version nord-coréenne de ce plat omniprésent sur la péninsule divisée, moins relevée, et la version sud-coréenne, plus épicée.

En Corée du Sud, une partie de l'opposition accuse le président Moon de faire trop de concessions à Pyongyang et le Nord de prendre les JO en "otage". De fait, la venue des Nord-Coréens domine les unes des médias. Et tous les regards se portent sur Yo Jong, qui a connu une ascension fulgurante au sommet du pouvoir, jusqu'à intégrer en octobre le puissant politburo du parti unique au pouvoir.

D'aprÚs Duyeon Kim, analyste au Korean Peninsula Future Forum, elle a une attitude bien différente que celle qu'on lui connaßt au Nord. Là-bas, elle est pleine de révérence, a-t-elle dit sur Twitter. "Ici, elle projette un air de famille royale, le nez en l'air, un sourire léger qui dit qu'elle est supérieure au Sud, et du charme".

Le dernier membre de la famille de Kim Jong Un Ă  ĂȘtre venu Ă  SĂ©oul Ă©tait son grand-pĂšre, Kim Il Sung, le fondateur du rĂ©gime, quand ses forces avaient conquis la capitale en 1950.
 

AFP

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