Un mois aprÚs la disparition d'Emiliano Sala dans le crash de son avion, Cardiff City évalue ses options juridiques pour savoir s'il est dans l'obligation de verser à Nantes les 17 millions d'euros convenus au moment du transfert.
Sur quelles bases se fondent les "Bluebirds" pour ne pas payer les "Canaris"?
Selon le Guardian, le club français avait laissé aux Gallois jusqu'à mercredi pour effectuer son premier versement de cinq millions de livres (5,75 M EUR). Mais selon BBC Wales Sport, Cardiff et Nantes se sont mis d'accord mercredi pour prolonger le délai d'une semaine, donnant aux Gallois jusqu'au 27 février pour commencer à payer.
QUELLE EST LA POSITION DE CARDIFF ?
Le principal argument du club gallois pour retenir le paiement est l'attente du rapport final de l'AAIB, l'organisme britannique qui enquĂȘte sur l'accident. Une premiĂšre mouture du rapport avait Ă©tĂ© promise dans le mois suivant le crash: l'AAIB devrait donc la publier d'ici vendredi.
Cardiff City insiste sur le fait qu'il n'a pas arrangé le voyage fatidique du joueur. En l'occurrence, le vol avait été organisé par Mark McKay, l'agent mandaté par le FCNA pour mener à bien le transfert de Sala.
Selon The Telegraph, Cardiff estime que si le pilote David Ibbotson ne disposait pas de la licence nĂ©cessaire pour transporter commercialement des passagers, une plainte pour nĂ©gligence pourrait ĂȘtre dĂ©posĂ©e contre les organisateurs du vol. Selon les mĂ©dias britanniques, le promu gallois viserait alors le clan McKay, et pourquoi pas, Nantes.
De son cÎté, le pÚre de Mark, Willie McKay, lui aussi agent et impliqué aux cÎtés de son fils, a accusé Cardiff de le "jeter aux lions" en en faisant une sorte de coupable idéal pour éviter de payer.
Dans des propos tenus dans le Times, il a indiquĂ© que son fils Mark avait organisĂ© tous les vols des parties intĂ©ressĂ©es dans le transfert, notamment les fois oĂč l'entraĂźneur Neil Warnock Ă©tait venu observer Sala en France. Au moment de l'organisation du vol, le club gallois n'a d'ailleurs rien trouvĂ© Ă redire et un reprĂ©sentant des "Bluebirds" attendait Sala Ă l'aĂ©roport de Cardiff.
QUELLE EST LA POSITION DE NANTES ?
Pour les Canaris, le Certificat international de transfert (CIT) a été reçu le lundi 21 janvier, avant l'accident d'avion, ce qui marque la fin de la relation contractuelle de Sala avec Nantes. Tout ce qui se passe aprÚs, et donc notamment la façon dont il rejoint Cardiff, ne les regarde plus.
Quant aux relations avec les McKay, s'ils ont bien eu un mandat, celui-ci a expiré avec la signature du contrat, puisque leur mission, trouver un club à Sala, était terminée.
Si le club français affirme avoir reçu le CIT, les autres instances du football ne se prononcent pas. La Premier League a indiqué à l'AFP ne pas vouloir émettre de commentaires en raison du caractÚre "sensible" du sujet. La Fifa a elle aussi regardé ailleurs, un porte-parole indiquant à l'AFP que l'instance mondiale n'avait "pas été contactée sur ce sujet".
POURQUOI CARDIFF S'INTERROGE SUR LE MONTANT DU TRANSFERT ?
Cardiff City a-t-il Ă©tĂ© dupĂ© sur la valeur de l'attaquant argentin? C'est l'autre piste poursuivie pour contester le transfert. Le club de Premier League se fonde sur la publication dans la presse d'un e-mail de Willie McKay adressĂ© Ă Sala. L'agent Ă©cossais basĂ© Ă Monaco explique: "C'est nous qui avons fait passer dans les mĂ©dias que d'autres clubs te voulaient, comme West Ham, Everton, etc. afin de crĂ©er de l'intĂ©rĂȘt. C'est comme ça que l'on fait".
L'idée pour Cardiff serait alors de plaider une forme de fraude de la part de l'agent (qui était censé toucher 10% du transfert): en faisant passer dans la presse britannique des intox, les McKay ont fait grimper le prix du joueur artificiellement.
L'argument tient difficilement, tant la pratique est courante. De plus, Neil Warnock et son staff sont venus observer Sala en personne Ă deux reprises lors de matches de Nantes.
Et ils ont à leur disposition, comme tous les clubs de ce niveau, les vidéos des matches de Sala et ses statistiques détaillées. Bref, ils n'étaient pas dans le flou du tout sur le profil de l'Argentin.
ET MAINTENANT ?
"Il y a, à mon avis, deux solutions possibles", estime l'avocat sportif Gianpaolo Monteneri, qui a dirigé le Département du statut des joueurs de la Fifa de 1997 à 2005.
"La premiÚre est que les parties se sont mises d'accord pour se rendre devant la Fifa et, dans ce cas, l'affaire est soumise au comité du statut des joueurs en premiÚre instance, avec la possibilité d'un appel devant le Tribunal arbitral du sport (TAS)", détaille-t-il. "Mais il est également possible que les parties aient décidé (...) de s'adresser directement au TAS. Pour ce genre d'affaire, il y a une obligation de s'adresser à des organismes liés au football ou au sport."
"Si certains délais, qui sont mentionnés dans le contrat de transfert, ne sont pas respectés, cela peut avoir des conséquences pour le club en question", ajoute Monteneri. "Cela peut aller d'un avertissement jusqu'à un retrait de points en championnat." Cardiff, qui lutte pour le maintien en Premier League, peut-il vraiment prendre ce risque?
AFP
