Vendeurs-influenceurs

Dites-le avec des fleurs, mais en ligne, nous sommes en Chine

  • PubliĂ© le 6 dĂ©cembre 2021 Ă  20:48
  • ActualisĂ© le 6 dĂ©cembre 2021 Ă  22:28
Une influenceuse propose en direct via son smartphone des bouquets aux internautes depuis le marché aux fleurs de Dounan à Kunming, en Chine, le 22 octobre 2021

La scĂšne se passe en Chine dans le plus grand marchĂ© aux fleurs d'Asie. Dans un hangar oĂč des cartons d'expĂ©dition sont remplis Ă  la chaĂźne, une vendeuse-influenceuse propose en direct aux internautes roses, lys et oeillets.

"Les cinq bouquets que voici, seulement 39,80 yuans (5,50 euros) pour ceux qui commandent tout de suite!" scande Caicai devant deux grands projecteurs qui donnent Ă  son coin de hangar l'aspect d'un studio photo. Caicai parle Ă  son smartphone, via lequel des centaines voire des milliers de clients la suivent en vidĂ©o, prĂȘts Ă  cliquer sur la bonne affaire.

Dans un pays oĂč le commerce en ligne a pris une place prĂ©pondĂ©rante, particuliĂšrement chez les jeunes, certains influenceurs et instavidĂ©astes (ou livestreameurs) deviennent des cĂ©lĂ©britĂ©s.

Les plus connus peuvent accumuler une fortune, notamment ceux qui travaillent pour le compte des grandes marques de luxe et de cosmétiques.

L'horticulture, soutenue par la hausse du niveau de vie, profite aussi du boom du commerce électronique, qui représente désormais plus de 51% du chiffre d'affaires du secteur. Mais ces animatrices de vente n'en sont pas encore à compter les millions.

Debout huit heures par jour, bien maquillée, Caicai garde invariablement le sourire aux lÚvres en vantant sa marchandise avec un discours bien rodé qu'elle débite à la vitesse d'une mitraillette. "Quand on fait ce métier depuis longtemps, les mots viennent à l'esprit naturellement", explique Caicai (prononcer: "Tsaille-tsaille"), 23 ans.

Quant aux revenus, ils varient. "Il y a beaucoup d'incertitudes dans le salaire d'une animatrice de vente en ligne", témoigne-t-elle. "Tout ce que je peux dire, c'est que plus on travaille, plus on gagne".

- EnchÚres électroniques -

A cĂŽtĂ© d'elle, ses collĂšgues remplissent des cartons rectangulaires oĂč s'entassent roses multicolores et tournesols, alors que tombent les commandes dans un ordinateur qui imprime les Ă©tiquettes avec l'adresse de destination. Les clients seront livrĂ©s au plus tard dans les 48 heures aux quatre coins de la Chine.

Kunming, capitale de la province méridionale du Yunnan, se vante de posséder le plus grand marché aux fleurs d'Asie, le deuxiÚme du monde aprÚs celui d'Aalsmeer aux Pays-Bas.

Dans des hangars à perte de vue, des dizaines de camions déposent de bon matin leur chargement sur des tapis roulants, avant un passage au tri manuel. A 15H00, c'est l'ouverture des enchÚres des roses dans l'une des deux salles de ventes électroniques du marché. Dans un immense amphithéùtre, 600 acheteurs se répartissent les livraisons du jour derriÚre leur écran.

"Le Yunnan représente environ 80% de la production de fleurs en Chine et 70% à 80% des fleurs du Yunnan passent par notre salle des ventes", se félicite Zhang Tao, responsable de la logistique du marché -- une fonction cruciale pour des denrées périssables.

"Cela représente en moyenne plus de 4 millions de fleurs vendues chaque jour. Pour la Saint-Valentin chinoise, nous sommes montés à 9,31 millions en une journée..."

- "Un besoin vital" -

En plus du marché de gros, le site compte un marché au détail. C'est le terrain de jeu de Bi Xixi (prononcer: Bi Sisi), une influenceuse vidéo qui achÚte et expédie fleurs et bouquets pour le compte de ses abonnés en ligne.

VĂȘtue d'une robe traditionnelle chinoise ("hanfu"), passant d'un stand Ă  l'autre avec son tĂ©lĂ©phone au bout d'une canne, elle s'extasie devant les orchidĂ©es, pendant que s'accumulent les commandes passĂ©es Ă  distance. A 32 ans, Mme Bi revendique environ 60.000 abonnĂ©s.

Dans les bons jours, elle dit arriver à vendre pour 150.000 yuans (21.000 euros) de fleurs en trois heures de direct quotidien. Une fois payés les fournisseurs, elle évalue sa commission à environ 10% du total, soit plus de 2.000 euros.

Bi Xixi compte sur les jeunes gĂ©nĂ©rations pour soutenir les ventes. "Les gens apprĂ©cient de plus en plus les rituels. Les fleurs leur donnent le sentiment d'ĂȘtre heureux et apprĂ©ciĂ©s et les jeunes commencent Ă  aimer acheter des fleurs", explique-t-elle.

Avec un PIB par habitant de plus de 9.000 euros par an, la Chine est encore trÚs loin de la saturation, observe Qian Chongjun, le patron de Dounan Flower Corporation, l'une des principales plateformes du marché.

Aujourd'hui, chaque Chinois achÚte en moyenne 10 fleurs par an alors qu'à niveau de vie équivalent la consommation devrait atteindre 30 à 40 unités, calcule-t-il. Le marché était évalué en 2019 à 160 milliards de yuans, soit 22 milliards d'euros. "Acheter des fleurs chaque semaine est devenu une habitude dans de nombreuses familles", remarque M. Qian. "Je pense qu'un jour elles deviendront un besoin vital, comme l'air et l'eau".

AFP

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