AprĂšs quatre semaines au pouvoir, Donald Trump a laissĂ© Ă©clater sa frustration. Les murs de la prestigieuse "East Room" de la Maison Blanche ont tremblĂ© jeudi sous le torrent de paroles du prĂ©sident septuagĂ©naire qui s'en est pris tour Ă tour Ă la presse, Ă la justice ou encore aux dĂ©mocrates accusĂ©s d'ĂȘtres mauvais perdants et de lui savonner la planche.
Combatif mais visiblement blessé aussi, le magnat de l'immobilier a défendu ses débuts au pouvoir, pendant prÚs d'une heure et demi d'une conférence de presse décousue et à la tonalité inédite en ces lieux.
La nouvelle administration Trump fonctionne "comme une machine bien réglée", lance d'entrée le président républicain, contre toute évidence. A tous égards, les premiers pas au sommet de l'Etat de ce novice en politique furent agités: des millions de personnes dans les rues au lendemain de son inauguration, un cinglant revers judiciaire sur son décret immigration emblématique, la démission forcée de son principal conseiller diplomatique...
Assurant avoir hérité d'une situation "chaotique" il affirme, en énumérant les décrets signés dans le Bureau ovale, que jamais une présidence n'avait fait autant en si peu de temps. "Les gens le savent, la plupart des médias, non. Ou plutÎt, ils le savent, mais ils ne l'écrivent pas", ajoute-t-il, désignant le bouc émissaire du jour: la presse. La charge, assénée sur tous les tons, est violente, colérique par moments.
L'objectif est clair. Parler à ceux qui l'ont porté au pouvoir, les prendre à témoin: "Je suis ici pour faire passer mon message directement au peuple (....) car nombre de journalistes de notre pays ne vous diront pas la vérité et ne traiteront pas les gens formidables de ce pays avec le respect qu'ils méritent".
- "Vous ĂȘtes des gens malhonnĂȘtes" -
Evoquant "un niveau de malhonnĂȘtetĂ© hors-de-contrĂŽle", il reprend des expressions de campagne qui faisaient mouche devant ses partisans, stigmatise les Ă©lites des cĂŽtes Est et Ouest qui vivent dans une bulle et ne comprennent rien Ă la vraie AmĂ©rique. "La plupart des mĂ©dias, Ă Washington DC, mais aussi Ă New York et Los Angeles, ne parlent pas pour le peuple mais pour des intĂ©rĂȘts particuliers et pour les profiteurs d'un systĂšme qui est cassĂ©", dit-il, index dressĂ©.
"Je vous dis simplement que vous ĂȘtes des gens malhonnĂȘtes", lance-t-il un peu plus tard. "Le public ne vous croit plus". "Asseyez-vous !", lance-t-il Ă l'attention d'un journaliste qui tente une relance aprĂšs sa question. "Taisez-vous !", lĂąche-t-il Ă un autre. BombardĂ© de questions sur les liens de son Ă©quipe avec la Russie de Vladimir Poutine, et d'Ă©ventuels contacts durant la campagne avec les services secrets russes, Donald Trump s'emporte. "Je n'ai rien Ă voir avec la Russie !"
"Les fuites sont rĂ©elles, les informations sont fausses", ajoute-t-il Ă propos de l'avalanche de rĂ©vĂ©lations qui dressent chaque jour un tableau un peu plus troublant de ses relations avec le maĂźtre du Kremlin. Un journaliste s'Ă©tonne, dans un indescriptible brouhaha, de cette Ă©trange formule. Si les fuites sont bien rĂ©elles et portent sur des faits avĂ©rĂ©s, comment les informations peuvent-elles ĂȘtre fausses ? C'est le "ton", rĂ©pond le prĂ©sident amĂ©ricain, qui dĂ©nonce "la haine" dont il fait objet, tout un Ă©pargnant, comme Ă chaque fois, un seul mĂ©dia: Fox News, la chaĂźne de tĂ©lĂ©vision favorite des conservateurs amĂ©ricains
Parfois, le président de la premiÚre puissance mondiale prend des libertés avec la réalité historique. Il affirme, en introduction, avoir remporté la plus grande victoire en nombre de voix du collÚge électoral depuis Ronald Reagan. Un journaliste lui fait remarquer que c'est faux. "C'est ce qu'on m'avait dit", balbutie-t-il en regardant ses notes avant de passer à une autre question.
- Pas une mauvaise personne -
"J'ai gagné, j'ai gagné", martÚle-t-il un peu plus tard, comme pour exprimer sa frustration face aux critiques, avant de s'attarder longuement sur des polémiques liées à l'un de ses débats face à Hillary Clinton. "Vous savez, je ne suis pas une mauvaise personne", glisse-t-il entre deux flÚches décochées contre les membres de l'administration Obama qui disséminent de "fausses informations". "Ce n'est pas Donald Trump qui a divisé le pays", lance-t-il. "Nous vivions déjà dans un pays divisé".
MĂȘme s'il rĂ©pĂšte Ă l'envi que les sondages ne sont pas des indicateurs fiables, Donald Trump, trĂšs sensible Ă son image comme tous ses prĂ©dĂ©cesseurs, garde un oeil sur ces derniers. Et les chiffres du dĂ©but de sa prĂ©sidence sont mauvais, trĂšs mauvais. Selon une enquĂȘte du Pew Research Center publiĂ©e jeudi, sa popularitĂ© aprĂšs un mois au pouvoir est nettement plus basse que celle des cinq hommes qui ont occupĂ© le Bureau ovale avant lui, qu'ils soient dĂ©mocrates ou rĂ©publicains.
A total, 39% seulement des AmĂ©ricains interrogĂ©s approuvent son action Ă la tĂȘte de l'Etat (56% dĂ©sapprouvent).
Samedi, le prĂ©sident rĂ©publicain participera Ă un grand rassemblement Ă Orlando, en Floride, durant lequel il devrait, pour quelques heures, retrouver l'ambiance d'une campagne oĂč, des primaires rĂ©publicaines Ă son duel face Ă Hillary Clinton, rien ne lui aura rĂ©sistĂ©. Un rendez-vous presque nostalgique qui vient renforcer le sentiment que si l'exubĂ©rant homme d'affaires a aimĂ© la conquĂȘte du pouvoir, il a du mal Ă trouver un rythme - et un ton - dans l'exercice de celui-ci.
AFP

