A quelques jours de l'investiture d'Emmanuel Macron, les syndicats ont commencé à multiplier les mises en garde face à des réformes qui risquent, selon eux, de raviver la crise sociale née de la loi travail.
Parmi les mesures proposées par Emmanuel Macron, les syndicats s'inquiÚtent de la réforme du droit du travail par ordonnances. Ils évoquent également le référendum à l'initiative de l'employeur, le plafonnement des indemnités prud'homales ou l'étatisation de l'assurance chÎmage. "S'il veut rassembler, il faut qu'il évite les clivages, il faut qu'il soit capable de modifier les choses, de réviser certaines annonces", a prévenu mardi Jean-Claude Mailly, secrétaire général de FO.
AprÚs avoir appelé à voter pour le candidat d'En Marche ! et l'avoir félicité dÚs son élection dimanche, la CFDT, elle aussi, a mis en garde Emmanuel Macron mardi : "Monsieur le président, dans le contexte qui est le nÎtre, vous devez le pressentir, vous ne bénéficierez d'aucun état de grùce", écrit son secrétaire général, Laurent Berger, dans une lettre ouverte publiée dans lemonde.fr.
Pour ce syndicat, qui a accompagnĂ© toutes les rĂ©formes sociales du quinquennat Hollande, y compris la trĂšs contestĂ©e loi travail, "une nouvelle rĂ©forme du code du travail", souhaitĂ©e par le futur prĂ©sident, "surtout si elle est menĂ©e sans concertation", ne peut pas ĂȘtre "une recette miracle".
Dans les esprits est encore vivace le spectre de la crise qui a accompagné le vote et la promulgation de la loi travail - la plus longue qu'ait connu un gouvernement de gauche. Ce texte, présenté par certains (CGT, FO, Solidaires, FSU) comme "ultra libéral" et par d'autres comme un "progrÚs social (CFDT, CFTC) a fortement divisé les syndicats, la gauche et mis des dizaines de milliers de manifestants dans dans la rue en 2016.
- 'A la schlague' -
Les syndicats qui l'ont soutenu ont fait "beaucoup de pĂ©dagogie pour expliquer pourquoi il fallait aller aussi loin, mais pas plus loin", souligne Philippe Louis, prĂ©sident de la CFTC. "Si on bat en brĂšche toute cette pĂ©dagogie, on va avoir un peu de mal de se justifier auprĂšs des troupes", s'inquiĂšte-t-il. Il invite donc l'Ă©quipe Macron Ă poursuivre l'application de la loi, rappelant qu'elle prĂ©voit dĂ©jĂ la réécriture du code du travail, mĂȘme si elle va "prendre un peu de temps". PubliĂ© au lendemain de l'Ă©lection du nouveau prĂ©sident, un rapport de France StratĂ©gie, une entitĂ© rattachĂ©e Ă Matignon, prĂ©conise que cette réécriture se fasse en concertation avec les partenaires sociaux.
Car l'idée d'une réforme du code du travail par ordonnances passe mal, aprÚs les recours pour la loi travail à l'article 49-3, permettant l'adoption sans vote au Parlement. "Je ne vois pas quelle est l'organisation syndicale, quelle qu'elle soit aujourd'hui, sans parler du fond, qui peut accepter que ça passe à la schlague avec des ordonnances", a dit M. Mailly.
Autre point d'inquiĂ©tude, le plafonnement des indemnitĂ©s prud'homales pour licenciement sans cause rĂ©elle et sĂ©rieuse, hormis les cas de discrimination, de harcĂšlement. C'est un casus belli pour tous les syndicats: il y a un an, face Ă la bronca syndicale, le gouvernement avait dĂ» abandonner cette mesure, initialement prĂ©vue dans la loi travail, et que la loi Macron avait tentĂ© de mettre en place, avant d'ĂȘtre retoquĂ©e par le conseil constitutionnel.
Avec le plafonnement, "on rÚgle la conséquence (du licenciement), sans régler la cause", souligne François Hommeril, président de la CFE-CGC. Pour lui, M. Macron doit "prendre de la hauteur pour rassembler l'ensemble des forces vives du pays".
La CGT quant à elle prévoit de s'exprimer de maniÚre "plus approfondie" mercredi, aprÚs avoir prévenu dimanche qu'elle oeuvrera "par la mobilisation sociale", pour "rompre avec les politiques libérales".
TrÚs remontée, une partie de la base composée de syndicats Sud, CGT et Unef, qui n'a jamais digéré la fin de la bataille contre la loi travail, a d'ores et déjà voulu montrer que M. Macron devait compter avec elle, en organisant la premiÚre manifestation du quinquennat à Paris lundi.
AFP

